Cinéma

Lord of the Dance

Mes goûts musicaux et cinématographiques sont très variés et à première vue, il n’y a pas tellement de rapport entre les deux. Sauf que pour ce film précis, il y a effectivement un rapport entre les deux puisqu’il s’agit d’un biopic sur Rudolf Noureev, célèbre danseur étoile russe. Noureev, réalisé par l’excellent Ralph Fiennes, est l’occasion parfaite d’évoquer mon grand intérêt pour la musique classique et les ballets classiques tout en parlant d’un film que je voulais absolument voir et que j’avais toutes les chances de rater, à cause de son étiquette ‘Film indé’…

Le Corbeau blanc

Avant d’être le titre du film dans sa version originale, c’était un des surnoms de Rudolf Noureev, danseur étoile et chorégraphe à l’Opéra de Paris (entre autre). Un corbeau blanc désigne quelqu’un qui ne rentre pas dans la norme ou qui refuse de s’y conformer. C’était le titre parfait pour ce film sur un des danseurs les plus talentueux, avant-gardiste mais aussi incroyablement subversif de son temps. On est bien loin des blockbusters du genre Marvel ou les films dits ‘grand public’…

J’ai plutôt bien aimé, même si je crois qu’en fait, j’aurais préféré regarder un documentaire sur le sujet. Le film donc, retrace la vie de Rudolf Noureev en se focalisant plus précisément sur l’année 1961, année durant laquelle le danseur se rend en Europe de l’Ouest avec la troupe de Ballet du Kirov pour une série de représentations et se retrouve à demander l’asile politique afin de pouvoir danser (et vivre) en toute liberté. Malheureusement, si Rudolf Noureev était génial, le film qui lui est consacré est dans la moyenne : c’est un bon film mais sans plus, rien d’extraordinaire. Néanmoins, ce film possède des points forts qu’il est important de noter.

Ainsi, on peut noter que le casting est international et c’est réellement un plus étant donné que l’histoire se passe entre l’URSS et Paris ; ensuite il y a l’atmosphère très réussie des années 60 et aussi contre-espionnage sur fond de danse classique, et puisqu’on parle de classique n’oublions pas la musique et les costumes évidemment.

En ce qui concerne le casting et les acteurs, pas de fausses notes bien que j’ai quelques doutes sur l’existence de Clara Saint, interprété justement par Adèle Exarchopoulos mais je ne suis pas une spécialiste de la vie d’André Malraux. Au moins, si Clara Saint n’a pas existé, l’actrice aura eu le mérite de rendre le personnage crédible. Pour le reste du casting, rien à signaler si ce n’est que Oleg Ivenko crève l’écran dans le rôle titre et que l’accent russe de Ralph Fiennes est quasiment parfait. Quand on sait que j’ai vu le film en VO et que l’acteur est britannique, c’est assez bluffant !

Ensuite, il y a cette atmosphère des années 60 si bien retranscrite à l’écran. C’est le gros point fort de ce long métrage selon moi. Le spectateur ressent la tension quasi-permanente dans laquelle est plongé le danseur à cause de la situation géopolitique de l’époque. Cette tension atteint son paroxysme avec cette scène à l’aéroport où la confrontation idéologique entre le bloc de l’Ouest et celui de l’Est manque de dégénérer de peu et devenir physique. A mon sens, c’est d’ailleurs la scène la plus marquante du film.

Enfin, un mot sur les costumes et la musique qui sont sublimes. Je suppose que la musique est tirée des ballets pour les parties dansées mais je n’ai reconnu aucun morceau bien qu’ils me fussent étrangement familiers à l’oreille… Au niveau des costumes, certains m’ont rappelés des pièces exposées au Centre National du Costume de scène à Moulins, lequel dispose d’une collection de costumes portés par le danseur. Petite parenthèse : cette exposition peut s’admirer toute l’année.

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En dépit de ces réussites, ce film comporte malheureusement des faiblesses importantes qui empêchent le spectateur d’apprécier pleinement l’histoire. Les faiblesses de ce long métrage résident dans les choix narratifs du réalisateur. La première chose que l’on remarque, c’est l’esthétisme et le travail apporté à certaines images avec des plans rapprochés sous un angle qui fait immédiatement penser à un film d’auteur. Je pense notamment à tous les plans où il y a un focus sur les corps sculptés ou peints que Noureev observe avec une attention presque chirurgicale. Rien de dérangeant en soi mais honnêtement cela plombe un peu le rythme du film, en plus de ne pas apporter grand-chose à l’histoire. D’autant plus que le rythme change parfois brusquement et cela peut devenir un problème pour le spectateur qui s’y perd et ne sait plus sur quel pied danser…

Cela s’explique en grande partie par le choix d’une chronologie non-linéaire avec la présence de multiples flashbacks sur l’enfance de Noureev tout au long de l’histoire. Ces derniers permettent d’éclairer le présent du danseur dans le film. Si je devais résumer, les bonnes idées de ce film sont largement plombées par le faux rythme beaucoup trop lent de l’histoire. A croire que le réalisateur a voulu exclure volontairement une partie du public intéressé par Rudolf Noureev et la danse classique afin de pouvoir faire entrer son film dans la case Indépendants et c’est un peu dommage.

Conclusion

C’est le troisième long métrage de l’acteur britannique Ralph Fiennes et si le sujet et la période sont captivants, on ne peut malheureusement pas en dire autant du film. Un documentaire aurait sans doute été plus pertinent et plus simple à réaliser, en terme de narration. Noureev se veut intellectuel et élitiste quand Rudolf Noureev est parvenu à démocratiser la danse classique à travers une plus grande liberté dans les mouvements. Cependant tout n’est pas à mettre à la poubelle puisque le jeu des acteurs y est éblouissant, de même que la musique et les costumes. Au final, je regrette surtout que ce film n’est pas été à la hauteur du Seigneur de la danse et de son génie, même si le film se laisse regarder.