Littérature

[Contemporain] 13 raisons

Vous avez sûrement entendu parler de ce livre ou si vous êtes un assidu de Netflix, de l’adaptation en série. J’ai décidé de comparer les deux en soulignant à mon sens, les points forts et les points faibles (s’il y en a) de chacun pour savoir si l’un l’emporte sur l’autre et pourquoi.

13 raisons, le livre.

Couverture 13 raisons

Autant être clair dès le début : c’est un livre que je n’ai pas lâché du début à la fin. J’ai lu les 276 pages du roman en 2 jours la semaine dernière. Dans l’ensemble l’intrigue se tient et est malheureusement tout à fait réaliste concernant certaines choses, pour d’autres c’est plus discutable mais je vais y revenir.

Pour moi, le point fort principal du livre réside essentiellement dans son intrigue. Le quotidien de Clay Jensen vole en éclat lorsque qu’il trouve une boite à chaussures contenant 7 cassettes audio (toutes numérotées de 1 à 13) quand il rentre du lycée. D’abord curieux, il ouvre le paquet et cherche comment écouter les cassettes puis c’est le coup de tonnerre quand il se rend compte que c’est sa camarade de classe Hannah Baker (qui s’est suicidée) qui les a enregistrées ; elle y mentionne 13 raisons qui ont de près ou de loin influencé son geste… Clay retrace alors avec elle les derniers mois de sa vie en se laissant porter par cette voix parfois heureuse, parfois triste mais souvent blessée et souvent résignée.

C’est un point fort parce que l’intrigue est construite comme un thriller ou un roman policier : au fur et à mesure que l’on avance, on a envie de savoir quelles sont ces 13 raisons et pourquoi elles figurent sur ces cassettes. De ce point de vue, le livre est très réussi et tient ses promesses. L’autre point fort, ce sont les thèmes abordés par Jay Asher qui sont malheureusement d’actualité, notamment chez les jeunes, public visé en premier lieu par l’ouvrage. Le suicide bien sûr, mais aussi et surtout le harcèlement moral et physique que subissent certaines personnes au lycée ou en dehors avec un focus sur les filles puisque le personnage principal de l’histoire est une ado de 17 ans, poussée à bout à cause de tout un tas de facteurs différents.

Malheureusement pour le livre de Jay Asher, il y a quelques points faibles qui découlent de ces points forts. Le premier étant bien sûr que ce n’est pas un livre tout public et qu’il faut absolument que le lecteur soit un lecteur averti. Il faut avoir du recul et un sens critique développé pour ne pas se retrouver « coincé » et submergé par ses émotions. Cependant, ce n’est pas vraiment un point faible puisqu’il suffit d’en être conscient et de ne pas lire n’importe quoi à n’importe quel âge. L’autre point faible du roman qui est cette fois plus problématique, c’est qu’il s’agit d’un huis clos entre adolescents qui se déroule sur une fin de journée/nuit. Cela m’a vraiment choquée parce que les problèmes et les thèmes abordés sont vraiment trop importants pour que les adultes soient mis de côté et n’interviennent pas plus… Après, qu’ils comprennent ou pas ce qu’il se trame c’est autre chose mais dans le livre en tout cas, les adultes sont quasiment inexistants et cela enlève grandement au réalisme selon moi, même si je comprends que le narrateur soit un ado avec ses problèmes. On a le point de vue équivalent mais normalement, ce n’est pas comme ça dans la réalité.

13 Reasons Why: la série.

Et la série dans tout ça ? Pour sûr un coup de maitre de Netflix. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, j’en suis la moitié ou peut-être un petit peu plus. Voilà donc mon ressenti sur la série, tout en ayant lu le livre avant.

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Premièrement et j’insiste dessus, ce n’est pas une série « Tout Public » et les scénaristes, producteurs et acteurs le soulignent également. Les thèmes abordés sont exactement les mêmes que dans le livres à la différence près que les mots sont remplacés par des images et que les images, par définition, retiennent plus l’attention que les mots, aussi violents soient-ils. Donc si vous vous sentez fragile psychologiquement, cette série n’est pas recommandée. De plus, je pense sincèrement que cette série n’est pas adaptée pour le « Binge watching » (phénomène qui consiste à regarder une saison ou plus en un minimum de temps) parce qu’il faut prendre le temps d’assimiler ce qu’il s’y passe pour en parler à quelqu’un si besoin. Personnellement, je n’en ai pas besoin et comme je suis loin d’être une adepte du « Binge watching », je crois que je ne crains rien.

Paradoxalement c’est un des points forts de la série : parvenir à aborder ces sujets, habituellement tabous en les rendant authentiques et sans tomber dans d’abominables clichés ou raccourcis qui enlèverait de sa puissance à la série. L’équipe s’est entourée de spécialistes afin de retranscrire le plus fidèlement possibles les différentes situations jusqu’à créer parfois un sentiment de malaise chez le spectateur. Cela se ressent mais encore une fois, le livre comme la série s’adresse à un public averti.

Autre point fort : les personnages. Bien entendu, on retrouve les mêmes que dans le livres, voire d’avantage puisque les parents de certains protagonistes sont clairement présents et remarquables. A ce propos, on retiendra la performance de Kate Walsh qui joue Olivia Baker, la mère d’Hannah. S’ils sont plus nombreux, ils sont aussi plus étoffés et c’est appréciable, même si on avait une vague idée du caractère de chacun dans le livre, tout devient plus net avec la série. Je ne peux pas trop me prononcer sur le physique des personnages puisque dans le livre, la description des différents protagonistes est très succincte voire inexistante à l’exception de deux ou trois traits de caractères ; ce n’est pas le but du livre de toute façon.

Le dernier point fort, c’est la cohérence temporelle. Dans le livre Clay Jensen arrive à écouter les 13 cassettes en une nuit, le tout en se baladant dans différents coin de la ville pour se rendre dans des lieux stratégiques de l’intrigue. Pas très cohérent tout ça mais à vrai dire, cela ne m’a dérangé lors de la lecture ; c’est seulement lorsque j’ai commencé la série que je me suis rendue compte du problème. Les scénaristes ont rétabli une temporalité cohérente avec l’action et c’est bien mieux comme ça. D’ailleurs pour les plus curieux, la série fait référence à cela avec beaucoup d’autodérision dans l’épisode 3.

Sinon évidemment, même avec des points forts, toute série a des points faibles. On peut d’abord considérer ou non, le fait que la série s’adresse à un public averti comme un point faible. J’ai lu quelques articles sur le sujet mais à vrai dire, je ne vois pas en quoi cela représente un point faible puisque les scénaristes, les producteurs (Selena Gomez en tête) et les acteurs ont bien précisés que la série ne s’adressait pas à n’importe qui et il me semble qu’il est important d’aborder certains de ces sujets pour faire réagir. Je reconnais malgré tout que je suis à cent lieues d’imaginer ce qui se passe dans la tête d’une victime de harcèlement mais je suppose que c’est déjà bien de pouvoir aborder le sujet d’un moyen ou d’un autre.

Un autre point faible c’est que la série, malgré les points forts cités ci-dessus, a du mal à démarrer et le spectateur n’embarque malheureusement qu’au bout de plusieurs épisodes. Personnellement, j’ai oublié de regarder l’heure au bout du 5ème épisode.

Dernier point que je range dans les points faibles pour le moment mais j’espère que l’avenir me contredira : le nombre de saison. Je n’ai pas encore fini la saison 1 mais je sais que Netflix a reconduit la série pour une saison et ça me fait peur… parce que je n’ai pas envie que la série soit dénaturée d’une manière ou d’une autre. D’autant que comme je le disais plus haut, c’est un huis clos entre adolescents un peu comme sur le mode de Pretty Little Liars qui est aussi une série visant un public adolescent. Série qui dure encore je crois, bien qu’elle arrive à sa fin. Je fais le parallèle entre les deux, justement parce que j’ai décroché de Pretty Little Liars parce que trop longue et trop répétitive (à mon goût) et je crains que 13 Reasons Why ne suive malheureusement le même chemin. Donc j’espère sincèrement que les scénaristes sauront s’arrêter au bon moment avec une fin adéquate et optimiste, et que les fans de la série quant à eux, sauront se montrer raisonnables.

Alors : livre ou série ?

Bien entendu, le livre et la série sont deux choses complémentaires et j’aime bien les séries en plus de la lecture mais pour cette fois, je vais rester avec l’œuvre de départ : le livre donc. Pas parce que l’adaptation est mal faite ou quoi que ce soit de négatif, c’est même plutôt le contraire. Je suis facilement impressionnable donc je pense pouvoir dire que la série n’est pas pour moi. A tel point que je ne suis pas sûre d’aller au bout de la première saison, et je ne veux pas m’infliger des cauchemars inutilement.

L’avantage avec le livre, c’est que même si l’on comprend l’atrocité des évènements qu’a vécu Hannah, cela reste très vague et ouvert à une interprétation plus ou moins trash des choses alors que justement, la série met en image ce vague et ce sentiment de flottement, ce qui peut accentuer le malaise du spectateur mais c’est le but des images dans une série comme celle-ci.

Et vous plutôt livre, plutôt série ?