Cinéma

‘Cause it’s a long way to go…

Il y a des films qui se méritent autant qu’ils s’apprécient. Il va sans dire que My Beautiful Boy de Felix van Groeningen avec Steve Carell et Timothée Chalamet dans les rôles principaux. Je voulais le voir parce que j’étais sûre de mon choix, sûre que j’allais adorer ce film. Le verbe adorer est un peu trop fort pour le coup, mais j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé. Mon instinct se trompe rarement : une petite pépite de perfection tout en émotions.

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En réalité, j’ai ressenti ce film comme étant parfait à cause de la justesse des émotions qui le traverse. C’est vraiment un film qui m’a bouleversé et va me marquer pendant longtemps : je pense que je m’en souviendrai sans avoir besoin de relire cet article. Je savais d’avance que ce serait un film dur et poignant – c’est presque toujours le cas lorsqu’il est question de drogues, peu importe laquelle il est question, parce que c’est un sujet violent et dur à aborder et le plus dur, c’est de raconter une histoire en évitant les clichés.

Inutile de vous dire que le pari est tenu pour le réalisateur. Certes, je m’attendais à un film poignant mais je ne m’attendais à ce qu’il déborde de tendresse ; je m’attendais à de l’amour et à de la tendresse comme on en voit dans toute relation parents/enfant mais là, Steve Carell, qui interprète David Sheff, y est désarmant de tendresse et ça m’a bouleversée, et je me suis accrochée à cela tout au long du film. Timothée Chalamet n’est pas en reste d’ailleurs, aussi solaire dans son sourire que crépusculaire dans sa détresse de junkie paumé, il est flamboyant et irradie le film du début à la fin.

Et puis surtout il y a cette relation fusionnelle entre un père et son fils qui oscille entre les moments de joie intense et la désillusion et le désespoir que cause la drogue de part et d’autre ; cette relation et ce lien père/fils sont  un peu à l’image de la chanson qui donne son titre à ce film : Beautiful Boy, composée par John Lennon pour son fils Sean, à la fois rassurante et lancinante presque douloureuse.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé également le traitement de l’image et de la lumière, plus ou moins lumineux selon ce que cela traduisait des personnages sans qu’ils aient forcément besoin de l’exprimer. On comprend et c’est d’autant plus puissant à regarder. Les plans « saccadés » par exemple, expriment soit le bordel dans la tête et dans la vie de ce pauvre Nic Sheff ou bien le parallèle entre le père et le fils, qui sont à l’opposés l’un de l’autre. Pour des raisons évidentes, les gros plans ou les plans rapprochés sont également très utilisés afin de permettre au spectateur de se représenter l’étendue et la force de la relation entre David et Nic, si le spectateur avait besoin de plus d’explications…

Néanmoins petit bémol : j’ai trouvé la mère de Nic, Vickie, très en retrait et presque passive dans l’épreuve que traverse son fils mais c’est vrai qu’étant une histoire vraie et racontée du point de vue de père et fils, le rôle de la mère parait un peu anecdotique, d’autant que le personnage n’arrive physiquement qu’assez tardivement dans le déroulement du film. Sans oublier qu’en réalité, la mère de Nic a peut-être eu beaucoup de mal à accepter et à comprendre ce qui se passait. Ce sont des suppositions mais il faut bien reconnaitre que ce film n’a pas beaucoup de personnages féminins forts et avec du caractère – l’exception à cela est à trouver chez la deuxième épouse de David Sheff et même si ce n’est pas le sujet du film, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y a au moins une femme qui tient la route dans un film centré sur deux hommes (bien que le film soit tendre au possible).

Conclusion

My Beautiful Boy fait partie de ces pépites indépendantes qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie et qui marque le spectateur. L’histoire et le sujet abordé sont certes très sombres mais cette relation profonde père/fils le rend chaleureux et lumineux et c’est aussi un film très humain et optimiste d’une certaine façon pour cette raison précise. Steve Carell et Timothée Chalamet y sont simplement fantastiques et emportent le spectateur dans des émotions fortes, souvent contradictoires, mais ce n’est jamais larmoyant ou pathétique (dans le sens de pathos) : pas besoin de mouchoirs pendant ou à la sortie de la salle. Malgré tout, c’est un film à digérer… comme souvent les merveilles.

Cinéma

De l’hypocrisie en Amérique

Je rassure tout le monde, je ne vais pas me lancer dans un essai ou une dissertation de philosophie de 3 heures sur le sujet, encore qu’il y ait des choses à dire sur le sujet… mais ce n’est pas mon propos ici. Je voulais juste partager avec vous mon dernier coup de cœur cinématographique dont le sujet de fond est justement l’hypocrisie ouvertement assumée par l’Amérique dans les années 1960.

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Green book : Sur les routes du Sud

Le film raconte l’histoire vraie (mais sûrement un peu arrangée pour les besoin du film), de Donald Shirley et Antony Vallelonga dit Tony Lip (traduit en français par Tony la Tchatche). Dans le détail, nous sommes à New York en 1962, Tony vit de magouilles et de débrouille suite à la fermeture temporaire du Copacabana, club de Jazz où il travaille en qualité de serveur/videur, jusqu’à ce que Donald « Docteur » Shirley, pianiste noir de génie l’engage pour qu’il devienne son chauffeur/garde du corps sur la prochaine tournée du pianiste qui se rend dans les Etats sudistes et ségrégationnistes. Un voyage à hauts risques pour le pianiste et pour Tony qui a besoin d’argent pour nourrir sa famille et qui devra mettre ses préjugés de côté…

Un petit bijou, comme à chaque fois avec Viggo Mortensen

Peter Farrelly signe un petit bijou. Bijou en lice pour le Meilleur film à la 91ème Cérémonie des Oscars et c’est mérité ; je ne sais pas s’il sera primé mais en tout cas, j’ai trouvé le film génial avec une belle histoire avec de la profondeur et je n’en attendais pas moins d’un film avec à l’affiche Viggo Mortensen et Mahershala Ali. C’est intelligent, bien raconté, joué à la perfection et avec justesse et les thèmes abordés résonnent encore de nos jours malheureusement…

J’ai adoré voir l’évolution et la progression du personnage de Viggo Mortensen qui blanc, d’origine italienne et vit dans cette communauté très soudée à New York. Il est également un peu ignare et beaucoup de choses sont des machins, des trucs et sa culture est populaire comme en témoigne ses goûts pour la musique de l’époque : le Jazz. Dernière chose, Tony est ce que je qualifierais de raciste par ignorance, du moins au début du film.

Docteur Shirley, lui, est l’exact opposé : noir, cultivé (Docteur en musique, en psychologie et en Arts lithurgiques et il parle plusieurs langues dont le russe et l’italien), pianiste de génie ; il subit de plein fouet la ségrégation dans les Etats du Sud en place à l’époque alors même que l’élite blanche de ces mêmes Etats se presse dans les lieux où le pianiste se produit. L’Amérique de l’époque était en pleine schizophrénie (c’est toujours le cas à propos) : les gens venaient voir le pianiste avec son trio, cependant une fois le concert terminé, il « redevenait » Donald Shirley, persécuté pour sa couleur de peau et devait se rendre dans les lieux autorisés pour lui. A cet effet, le Negro Motorist Green Book (le guide de l’automobiliste Nègre) recensait les lieux publics où les personnes de couleur ne risquaient rien et étaient autorisés, à l’époque des Lois Jim Crow (qui permettaient la ségrégation). Le Green Book a été publié entre 1936 et 1966.

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Conclusion

C’est un film fort et puissant de par les thèmes traités servi par deux acteurs extraordinaires, sans oublier une musique sublime et grandiose. Malheureusement, il y a une polémique qui est née sur le net à cause de certaines déclarations des membres de la famille Shirley qui accusent les scénaristes et le réalisateur (blancs) d’avoir trop romancé la vie du Docteur Shirley et d’avoir un point de vue blanc et donc condescendant sur les Noirs. En conséquence de quoi, ils ont appelé au boycott du film.

Pour avoir vu le film, je ne trouve pas que le film soit spécialement condescendant vis-à-vis d’une communauté ou d’une autre ; ce que je reconnais, c’est que la profondeur de la relation entre Tony Lip et le Docteur Shirley n’était probablement pas comme présentée dans le film mais c’est le travail Hollywood de raconter des jolies histoires, et elles sont d’autant plus jolies lorsque ces mêmes histoires sont joliment interprétées et n’épargnent personne. De mon point de vue, cette polémique n’a pas lieu d’être et la famille Shirley cherche juste à faire parler d’elle alors que le film et ses acteurs principaux sont dans la course pour les Oscars 2019.