Littérature

[Contemporain] Meurtres à Willow Pond

Couverture Meurtres à Willow Pond

A l’occasion de Quai du Polar, qui s’est tenu à Lyon début Avril (les 6 et 7 Avril je crois), j’ai eu une requête bien particulière : puisque ma mère se rendait sur place pour faire le plein de romans policiers, je lui ai demandé si elle pouvait me trouver un livre en particulier : Meurtres à Willow Pond de Ned Crabb dont j’avais lu le Prologue sur le site de l’éditeur et cette lecture a éveillé mon intérêt autant que ma curiosité.

Une fois le roman en ma possession, je n’ai pas résisté bien longtemps à l’appel des sirènes ; j’ai dû tenir un jour à tout casser et puis j’ai fini par mordre à l’hameçon (le jeu de mots est intentionnel), et je n’ai quasiment pas lâcher l’ouvrage. Au diable mes lectures en cours – de toute façon, il faudra que je reprenne La servante depuis le début parce que ma lecture s’est exagérément étendue dans le temps… Je ne sais pas si c’est navrant ou indécent de faire trainer une lecture autant… ? Mais bref, ce n’est pas le sujet de cet article ici présent.

Je vais plutôt vous parler de Meurtres à Willow Pond, livre devant lequel je suis quasiment en admiration que c’en serait presque ridicule si le livre n’était pas aussi captivant d’un bout à l’autre, autrement dit sur 405 pages.

« Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible jusqu’au jour où ils partent en week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer. Agée de soixante-dix-sept ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vielle dame a justement convoqué ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle s’apprête à modifier son testament. Au lodge, l’atmosphère devient électrique. Tandis qu’un orage se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtres »

Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb, Quatrième de couverture. Ed. Gallmeister ; 2014.

Il aura fallu attendre 2016 pour la traduction et 2018 pour la présente édition, que je trouve très soignée avec une superbe illustration qui colle aux propos et intrigue (ce qui donne envie d’en savoir plus). C’est seulement le deuxième roman de Ned Crabb, et son dernier aussi : il est mort l’année dernière, à l’âge de 78 ans.

 Six et Alicia Godwin donc, sont tous les deux professeurs d’université à la retraite et coulent des jours paisibles à Winsokett Pond dans le Maine, profitant d’un cadre de vie idyllique en bord de lac. Tous les deux s’adonnent à leur activité favorite : la pêche. D’ailleurs, qui a dit que la pêche était un loisir ou un sport relaxant ? C’est ce que je pensais avant d’avoir fait la connaissance de la famille Seldon mais… si vous lisez ce livre, vous verrez bien que la pêche, ce n’est pas si tranquille et reposant que ça en à l’air – surtout quand il est question d’un héritage colossal (plusieurs millions de dollars en question) dans une famille où les membres se détestent à s’étriper. Digne d’un Agatha Christie, avec quelque chose en plus !

Comme je vous le disais plus haut, j’ai littéralement dévoré ce livre. Je l’ai fini hier au soir, assez tard d’ailleurs, et il ne m’aura fallu que 8 jours pour le lire. C’est très bien écrit et très bien traduit pour le coup (enfin, ce n’est qu’une supposition mais au vu du nombre important d’insultes et autres passages assez explicites, je pense que la traduction française vaut le texte original), le rythme est suffisamment rapide pour que le lecteur ne s’ennuie pas mais suffisamment lent par moment pour suivre les réflexions et les pensées des personnages. De plus, tout ne tourne pas autour des meurtres et c’est appréciable. Il est beaucoup question de sexe et d’amour ; ces thèmes dérangeront peut-être certains d’entre vous mais ils apportent du relief à ce roman. C’est une des choses qui m’a le plus plu dans ce livre, sans parler de la nature évidemment.

La nature est omniprésente dans ce roman et Ned Crabb s’en amuse de la meilleure des façon. Le cadre de bien des atrocités est souvent enchanteur et bucolique. Cela dit, l’auteur prend également un malin plaisir à nous rappeler qu’en fin de compte, nous sommes bien peu de choses face à la puissance de Dame Nature.

Pour résumer et pour finir, ce livre est pétillant, rempli d’humour et d’amour, avec des scènes d’actions dignes des plus grands scénarios hollywoodiens. C’est également une ode à la tranquillité et aux bienfaits de la vie au grand air, mais vous en saurez plus si vous osez plonger dans les eaux troubles de Willow Pond…

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Dans la forêt

Après une pause de plus de deux mois concernant mes lectures, j’ai repris doucement mon rythme avec la lecture en deux semaines de Dans la forêt (Into The Forest en anglais) de Jean Hegland. Il a fallu attendre vingt ans pour que ce roman écrit publié en 1997 aux Etats-Unis paraisse en France aux Editions Gallmeister, spécialisée dans la littérature américaine qui met l’accent sur la nature et les grands espaces. Le premier roman de Jean Hegland n’y a que toute sa place.

Couverture Dans la forêt

Dans la forêt

Ce livre raconte la vie de deux sœurs, Eva et Pénélope « Nell » (Nellie parfois), après la mort tragique de leurs parents et comment les deux adolescentes tentent de survivre dans leur maison, perdue au milieu de la forêt californienne dans un monde progressivement dépourvu du confort que nous connaissons – plus d’essence, plus d’électricité et tout ce qui en découle.

Ecrit il y a vingt ans, ce livre pourrait avoir été écrit hier, tellement certains aspects de ce dernier font écho au monde de 2018. On finit par se dire que ce qui se passe dans ce roman pourrait bien arrivé dans la vie réelle – bien qu’on ne sache pas exactement quel évènement dramatique est à l’origine de ces pénuries successives. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre je crois, cet aspect profondément contemporain et moderne pour son temps.

Cela dit, comme beaucoup de roman d’anticipation, malgré ce côté plaisant et attrayant de cette modernité, le roman n’en demeure pas moins glauque, sombre voire effrayant – exactement comme les deux facettes d’une forêt ou d’un bois. C’est une lecture quelque peu dérangeante, déconcertante par moment. A ce propos, je suis plutôt mitigée en ce qui concerne l’avis final que j’ai sur cette histoire et j’ai beaucoup de mal à avoir un avis définitif et tranché sur ce livre. Je peux cependant vous expliquer pourquoi.

Des livres qui racontent des histoires glauques, des histoires sombres et dérangeantes, j’en lirai d’autres. Ce n’est pas cela le problème, ce n’est pas non plus le fait que ce soit un roman d’anticipation. Bizarrement c’est une petite phrase, une toute petite phrase, au milieu d’un roman de 300 pages qui a plombé mon enthousiasme et bien évidemment, je ne vais pas vous dire de quoi il s’agit par peur de vous gâcher votre envie de lecture mais on m’a toujours dit que tout ce qui se passait dans un roman devait servir l’histoire et être utile à l’évolution du ou des personnages à un moment ou à un autre. Or, dans ce cas précis il ne se passe rien. L’évènement découle du précédent mais ce n’est pas logique et de mon point de vue, cela n’enrichi en rien l’histoire d’une manière ou d’une autre. Je n’ai peut-être pas tout compris mais j’ai eu l’impression que l’auteur couchait sur le papier un de ses fantasmes et reprenait ensuite le cours de son récit où elle l’avait stoppé.

Hors mis ce petit détail que certains jugeront sans importance, j’ai beaucoup aimé le style d’écriture, d’une précision quasiment chirurgicale mais néanmoins très fluide, d’autant que le roman n’est pas très épais. J’ai réellement eu l’impression d’être entourée de séquoias par moment ou de me sentir menacée dans cette étendue immense d’arbres. Au final, je dirais que ce livre représente d’avantage une ode à la nature (imposante mais fragile) qu’un message d’espoir et qu’il faut le lire pour cette raison-là puisqu’en fin de compte nous sommes peu de chose à côté d’un arbre millénaire.

« Quelle que soit la façon dont nous mourrons, nous mourrons ici. Seules. Il n’y aura pas d’inscription à Harvard, pas de début avec le San Francisco Ballet. Il n’y aura pas de voyages, pas de diplômes, pas de rappels. Il n’y aura plus d’amants, pas de maris, pas d’enfants. Personne ne lira jamais ce journal sauf si ces fichues poules apprennent à lire.

 Bien sûr ce genre de choses arrive tout le temps. J’ai suffisamment étudié l’histoire pour le comprendre. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et refugiés, luttant pour trouver à manger, pour se défendre de la famine et des maladies et des maraudeurs tandis que les herbes folles poussent à travers les planchers des palais et que les temples tombent en ruine. Regardez Rome, Babylone, la Crète, l’Egypte, regardez les Incas ou les Indiens d’Amérique.

Et même si ce n’est pas une autre civilisation vieille de deux mille ans qui arrive à sa fin, regardez toutes les petites dévastations – les guerres et les révolutions, les ouragans et les volcans et les sécheresses et les inondations et les famines et les épidémies qui remplissaient les pages lisses des magazines que nous lisions autrefois. Pensez aux photos des survivants blottis les uns contre les autres au milieu des décombres. Pensez à l’Amérique du Sud, à l’Afrique du Sud, à l’Asie centrale, à l’Europe de l’Est, et demandez-vous comment nous avons pu être aussi suffisants. »

Jean Hegland, Dans la forêt, pp. 188-189. Ed. Gallmeister (2017)

Note : Pour ceux d’entre vous que ça intéresse, sachez qu’une adaptation cinématographique existe : Into the Forest réalisé par Patricia Rozema avec Ellen Page et Evan Rachel Wood dans les rôles titres. Le film est sorti en 2015.