Littérature

[Contemporain] My Absolute Darling

Mon amour absolu. Ta déviance absolue. Son « Tallent » en devenir.

J’ai terminé My absolute darling hier après deux semaines intenses de lecture. Pour tout vous dire je suis soulagée d’en être venue à bout parce que ça n’a pas été chose aisée mais je ne regrette absolument pas ma lecture. Cela m’amène à redire ce que j’ai dit sur de précédents articles mais les éditions Gallmeister regorgent visiblement d’un nombre incalculable de pépites ; My Absolute Darling en fait partie bien que j’ai un peu de mal à considérer cette histoire comme un chef-d’œuvre. Voici pourquoi.

Un premier roman poignant

Est habituellement considéré comme un chef-œuvre quelque chose de visuellement beau, pour peu qu’une majorité de gens s’accorde sur les critères de cette beauté. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’histoire de Julia « Turtle » Alveston n’est pas belle du tout, elle est même plutôt horriblement répugnante – du genre à vous donner envie de vomir – et pourtant la magie des mots opère et il est alors facile de comprendre pourquoi un premier roman a reçu autant de distinctions en si peu de temps : la langue est belle, travaillée au mot près et au service d’une nature aussi sublime et impétueuse que le quotidien de l’adolescente est sombre et désespéré.

J’ai aimé aussi le parti pris de la traduction française, c’est assez rare pour être souligné. Le récit est écrit au présent, ce qui donne un sentiment d’urgence et accentue parfois cette lutte pour survivre dans un milieu très hostile, et je ne parle malheureusement pas de la nature magnifique présente d’un bout à l’autre du roman… Le choix de cette narration précise immerge véritablement le lecteur dans la vie de Turtle et cela permet de sentir un danger plus ou moins latent au fil des chapitres, ce qui en fait un roman extrême et extrêmement poignant et bouleversant.

Couverture My Absolute Darling

Lecture déstabilisante pour public averti

Ce livre et cette histoire sont poignants à cause du sujet abordé. Au moment où débute l’histoire, Turtle Alveston est une toute jeune adolescente de quatorze ans qui vit sous la coupe d’un père charismatique mais abusif au possible, bref une enflure finie quoi, un personnage que vous ne pourrez pas aimer quoi qu’il dise ou fasse. Gabriel Tallent fait tout pour rendre Martin Alveston détestable dès les premières pages. Pari gagné ! A chaque fois qu’il apparait ou qu’il est simplement mentionné les pages deviennent presque dangereuses tant la présence de la menace qu’il représente est palpable. Et puis comme un miroir parfaitement inversé de Martin, il y a Jacob Learner un adolescent de quelques années l’ainé de Turtle et qui représente cet inconnu lumineux si proche et pourtant lointain pour Turtle, un espoir fou de tout ce que Turtle ne possède pas malgré ce que son père tente de lui faire croire.

Pour autant malgré les pages crues et les passages difficiles à lire, je ne me suis jamais posée la question de l’abandon – c’était peut-être mon côté optimiste de la vie mais ce n’était simplement pas une option. Peut-être aussi parce que j’ai réussi à mettre la distance nécessaire entre moi et Turtle grâce à une petite discussion que j’ai eue avec ma mère concernant une gêne que j’éprouvais à l’égard du personnage de l’adolescente. Suite à cela, j’ai pu me rendre compte à quel point Turtle était décrite et dépeinte de manière juste. C’est un personnage tout en introspection qui peut potentiellement déstabiliser le lecteur puisqu’elle fait tout pour se rendre antipathique. Cependant il ne faut pas oublier qu’elle grandit dans un milieu tout sauf bienveillant, ce qui explique son comportement pour le moins déroutant… Turtle s’est forgée une carapace, une armure solide pour se protéger et en sortir pour accorder sa confiance lui demande énormément d’efforts et cette ambivalence la rend terriblement humaine et attachante.

En conclusion, My absolute darling est un livre dont je me souviendrai longtemps parce qu’il fait partie de ces ouvrages dont la lecture vous change, que vous ayez aimé ou non. Personnellement, je suis passée par tout les sentiments les plus forts qui existent, que ce soit la haine, l’amour, la tendresse, la compassion… Ceci est le résultat de huit années de travail pour Gabriel Tallent et on ne peut lui souhaiter que le même succès pour les autres histoires à venir ! A lire absolument.