Cinéma

Un hôtel pas comme les autres made in Netflix

Sorti le 31 juillet dernier sur la plateforme Netflix, The Red Sea Diving Resort (ou Operation Brothers en français) est un film réalisé par Gideon Raff et c’est un film que j’attendais de voir pour une seule et unique raison : Chris Evans. En définitif, je suis plutôt mitigée concernant cette nouveauté proposée par la plateforme de streaming et je vous explique pourquoi.

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Un film nécessaire

L’histoire est tirée de faits bien réels qui se sont déroulés au Soudan dans les années 80, à l’époque où la minorité juive d’Ethiopie était très fortement persécutée dans son propre pays et forcée à l’exil pour espérer survivre. Ari Levinson (Chris Evans) recrute une équipe pour une mission d’exfiltration sur place, sous l’égide du Mossad, les services secrets israéliens, afin de rapatrier les Juifs d’Ethiopie vers Israël en passant par le Soudan. Et la couverture idéale pour cette mission se trouve être le Red Sea Diving Resort, un hôtel abandonné depuis des années…

 La première chose que je veux souligner avant de parler du film en détail, c’est que c’est un film important. Le sujet est grave et malheureusement encore d’actualité : 65 millions de personnes sont réfugiées et vivent dans des camps partout dans le monde. Et puis c’est une histoire que je ne connaissais pas, j’ai d’ailleurs grandement apprécié apprendre au travers de ce film. Operation Brothers me marquera pour cette raison.

 Un ensemble déséquilibré qui en diminue l’impact

Gideon Raff aurait pu livré un film coup de poing, une claque cinématographique mais non. Bien qu’étant d’une longueur correcte (2h10), le long métrage présente plusieurs déséquilibres qui faussent tout le film et font retomber la tension comme s’il s’agissait d’un soufflé pas assez cuit… D’où mon sentiment mi-figue mi raisin sur ce film malheureusement. La tension que l’on est en droit d’attendre d’un thriller/film d’espionnage n’est pas là ou si peu ; au mieux, elle est sous-entendue avec plus ou moins de finesse par les bruits de tirs de mitraillettes et au pire, nous assistons à une scène d’exécution sommaire qui n’apporte pas grand-chose au film, si ce n’est donner l’impression que le réalisateur avait oublié quelque chose en cours de route et qu’il l’a rajouté au dernier moment… Personnellement, je suis facilement impressionnable et à part me couper dans mon élan de visionnage, ladite scène n’a rien fait d’autre. Et puis globalement, on n’a pas franchement l’impression que la petite bande menée par Ari soit réellement inquiétée alors qu’il est censé s’agir d’une mission périlleuse, en terrain hostile aux femmes et étrangers notamment. Bref, pas vraiment un thriller sous tension et qui manque un peu d’adrénaline, c’est un peu dommage. Mais l’ami du Blog L’Avis du Néophyte en parle mieux que moi dans l’article dédié.

L’autre déséquilibre concerne Chris Evans et dieu sait que j’adore Chris Evans ! Il est vrai que la fangirl que je suis en a eu pour son argent et en a pris plein les mirettes et j’en suis ravie. Seulement voilà : il n’y a quasiment pas une scène où il n’apparait pas à l’écran, comme si le film avait été écrit pour lui, ce qui je pense à été le cas ou au moins, le rôle qu’il campe. D’ailleurs puisqu’on parle du rôle, je ne suis pas certaine que ce fut une bonne opération pour l’acteur dont j’avais lu qu’il voulait se détacher du rôle qui l’a fait explosé aux yeux du grand public – je parle bien sûr de Captain America et tout le problème est là. Malheureusement, force est de constater qu’Ari Levinson a des petits côtés du Super soldat. Au début c’est drôle, on se dit « tiens, c’est marrant Captain America est au Soudan maintenant » et puis cela devient un peu agaçant à la longue… enfin, j’ai trouvé ça agaçant. Du coup, pas sûr que ce soit une bonne chose, et pour Chris Evans et pour le film surtout…

Sinon j’ai beaucoup aimé les autres acteurs, Alessandro Nivola en tête ; voir Ben Kingsley dans un rôle de gentil m’a un peu perturbée. Petit bémol aussi sur les rôles féminins : mis à part Haley Bennett, qui a un temps d’écran très limité, il n’y a pas grand monde. Après, je comprends – il s’agit d’un film d’espionnage et l’histoire ne se prête pas à pléthore de rôles féminins et puis les femmes n’avaient pas forcément la même mise en lumière qu’aujourd’hui. A ce propos, ce n’est pas une critique, juste le constat d’un élément minime qui participe sans le vouloir au déséquilibre global du film.

Un film qui passe bien malgré tout

En depit des éléments évoqués plus haut, Operation Brothers est plutôt bon dans l’optique du divertissement : on ne voit pas les deux heures passer et l’histoire racontée est très intéressante. J’ai du mal à me plaindre de ce film (même si j’aimerais bien parce qu’il y aurait pleins de choses à dire au niveau de la réalisation) à cause de ça justement. Il y a parfois un petit côté décalé qui m’a fait exploser de rire malgré le sujet on ne peut plus sérieux du long métrage et je ne sais pas si c’est une bonne chose… J’ai tellement appris grâce à ce film, et j’aime tellement Chris Evans, que c’est un peu difficile de rester objective et de mettre en exergue les points négatifs mais j’espère y être parvenue quand même.

Conclusion

Ce n’est pas le film indé, ni le film tout court, de l’année c’est certain et la plupart des gens le regarderont soit par curiosité soit pour Chris Evans qui porte véritablement le film à lui tout seul. Le reste passera à côté et c’est triste. Certes, le film a ses défauts et est bancal par moments mais il permet d’élargir ses horizons et d’en apprendre plus sur un épisode sombre de l’histoire contemporaine. Rien que pour cela, le film mérite d’être vu par le plus grand nombre. Merci Mr. Raff pour cet hôtel pas tout à fait comme les autres !

Cinéma

Lord of the Dance

Mes goûts musicaux et cinématographiques sont très variés et à première vue, il n’y a pas tellement de rapport entre les deux. Sauf que pour ce film précis, il y a effectivement un rapport entre les deux puisqu’il s’agit d’un biopic sur Rudolf Noureev, célèbre danseur étoile russe. Noureev, réalisé par l’excellent Ralph Fiennes, est l’occasion parfaite d’évoquer mon grand intérêt pour la musique classique et les ballets classiques tout en parlant d’un film que je voulais absolument voir et que j’avais toutes les chances de rater, à cause de son étiquette ‘Film indé’…

Le Corbeau blanc

Avant d’être le titre du film dans sa version originale, c’était un des surnoms de Rudolf Noureev, danseur étoile et chorégraphe à l’Opéra de Paris (entre autre). Un corbeau blanc désigne quelqu’un qui ne rentre pas dans la norme ou qui refuse de s’y conformer. C’était le titre parfait pour ce film sur un des danseurs les plus talentueux, avant-gardiste mais aussi incroyablement subversif de son temps. On est bien loin des blockbusters du genre Marvel ou les films dits ‘grand public’…

J’ai plutôt bien aimé, même si je crois qu’en fait, j’aurais préféré regarder un documentaire sur le sujet. Le film donc, retrace la vie de Rudolf Noureev en se focalisant plus précisément sur l’année 1961, année durant laquelle le danseur se rend en Europe de l’Ouest avec la troupe de Ballet du Kirov pour une série de représentations et se retrouve à demander l’asile politique afin de pouvoir danser (et vivre) en toute liberté. Malheureusement, si Rudolf Noureev était génial, le film qui lui est consacré est dans la moyenne : c’est un bon film mais sans plus, rien d’extraordinaire. Néanmoins, ce film possède des points forts qu’il est important de noter.

Ainsi, on peut noter que le casting est international et c’est réellement un plus étant donné que l’histoire se passe entre l’URSS et Paris ; ensuite il y a l’atmosphère très réussie des années 60 et aussi contre-espionnage sur fond de danse classique, et puisqu’on parle de classique n’oublions pas la musique et les costumes évidemment.

En ce qui concerne le casting et les acteurs, pas de fausses notes bien que j’ai quelques doutes sur l’existence de Clara Saint, interprété justement par Adèle Exarchopoulos mais je ne suis pas une spécialiste de la vie d’André Malraux. Au moins, si Clara Saint n’a pas existé, l’actrice aura eu le mérite de rendre le personnage crédible. Pour le reste du casting, rien à signaler si ce n’est que Oleg Ivenko crève l’écran dans le rôle titre et que l’accent russe de Ralph Fiennes est quasiment parfait. Quand on sait que j’ai vu le film en VO et que l’acteur est britannique, c’est assez bluffant !

Ensuite, il y a cette atmosphère des années 60 si bien retranscrite à l’écran. C’est le gros point fort de ce long métrage selon moi. Le spectateur ressent la tension quasi-permanente dans laquelle est plongé le danseur à cause de la situation géopolitique de l’époque. Cette tension atteint son paroxysme avec cette scène à l’aéroport où la confrontation idéologique entre le bloc de l’Ouest et celui de l’Est manque de dégénérer de peu et devenir physique. A mon sens, c’est d’ailleurs la scène la plus marquante du film.

Enfin, un mot sur les costumes et la musique qui sont sublimes. Je suppose que la musique est tirée des ballets pour les parties dansées mais je n’ai reconnu aucun morceau bien qu’ils me fussent étrangement familiers à l’oreille… Au niveau des costumes, certains m’ont rappelés des pièces exposées au Centre National du Costume de scène à Moulins, lequel dispose d’une collection de costumes portés par le danseur. Petite parenthèse : cette exposition peut s’admirer toute l’année.

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En dépit de ces réussites, ce film comporte malheureusement des faiblesses importantes qui empêchent le spectateur d’apprécier pleinement l’histoire. Les faiblesses de ce long métrage résident dans les choix narratifs du réalisateur. La première chose que l’on remarque, c’est l’esthétisme et le travail apporté à certaines images avec des plans rapprochés sous un angle qui fait immédiatement penser à un film d’auteur. Je pense notamment à tous les plans où il y a un focus sur les corps sculptés ou peints que Noureev observe avec une attention presque chirurgicale. Rien de dérangeant en soi mais honnêtement cela plombe un peu le rythme du film, en plus de ne pas apporter grand-chose à l’histoire. D’autant plus que le rythme change parfois brusquement et cela peut devenir un problème pour le spectateur qui s’y perd et ne sait plus sur quel pied danser…

Cela s’explique en grande partie par le choix d’une chronologie non-linéaire avec la présence de multiples flashbacks sur l’enfance de Noureev tout au long de l’histoire. Ces derniers permettent d’éclairer le présent du danseur dans le film. Si je devais résumer, les bonnes idées de ce film sont largement plombées par le faux rythme beaucoup trop lent de l’histoire. A croire que le réalisateur a voulu exclure volontairement une partie du public intéressé par Rudolf Noureev et la danse classique afin de pouvoir faire entrer son film dans la case Indépendants et c’est un peu dommage.

Conclusion

C’est le troisième long métrage de l’acteur britannique Ralph Fiennes et si le sujet et la période sont captivants, on ne peut malheureusement pas en dire autant du film. Un documentaire aurait sans doute été plus pertinent et plus simple à réaliser, en terme de narration. Noureev se veut intellectuel et élitiste quand Rudolf Noureev est parvenu à démocratiser la danse classique à travers une plus grande liberté dans les mouvements. Cependant tout n’est pas à mettre à la poubelle puisque le jeu des acteurs y est éblouissant, de même que la musique et les costumes. Au final, je regrette surtout que ce film n’est pas été à la hauteur du Seigneur de la danse et de son génie, même si le film se laisse regarder.

Cinéma

‘Cause it’s a long way to go…

Il y a des films qui se méritent autant qu’ils s’apprécient. Il va sans dire que My Beautiful Boy de Felix van Groeningen avec Steve Carell et Timothée Chalamet dans les rôles principaux. Je voulais le voir parce que j’étais sûre de mon choix, sûre que j’allais adorer ce film. Le verbe adorer est un peu trop fort pour le coup, mais j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé. Mon instinct se trompe rarement : une petite pépite de perfection tout en émotions.

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En réalité, j’ai ressenti ce film comme étant parfait à cause de la justesse des émotions qui le traverse. C’est vraiment un film qui m’a bouleversé et va me marquer pendant longtemps : je pense que je m’en souviendrai sans avoir besoin de relire cet article. Je savais d’avance que ce serait un film dur et poignant – c’est presque toujours le cas lorsqu’il est question de drogues, peu importe laquelle il est question, parce que c’est un sujet violent et dur à aborder et le plus dur, c’est de raconter une histoire en évitant les clichés.

Inutile de vous dire que le pari est tenu pour le réalisateur. Certes, je m’attendais à un film poignant mais je ne m’attendais à ce qu’il déborde de tendresse ; je m’attendais à de l’amour et à de la tendresse comme on en voit dans toute relation parents/enfant mais là, Steve Carell, qui interprète David Sheff, y est désarmant de tendresse et ça m’a bouleversée, et je me suis accrochée à cela tout au long du film. Timothée Chalamet n’est pas en reste d’ailleurs, aussi solaire dans son sourire que crépusculaire dans sa détresse de junkie paumé, il est flamboyant et irradie le film du début à la fin.

Et puis surtout il y a cette relation fusionnelle entre un père et son fils qui oscille entre les moments de joie intense et la désillusion et le désespoir que cause la drogue de part et d’autre ; cette relation et ce lien père/fils sont  un peu à l’image de la chanson qui donne son titre à ce film : Beautiful Boy, composée par John Lennon pour son fils Sean, à la fois rassurante et lancinante presque douloureuse.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé également le traitement de l’image et de la lumière, plus ou moins lumineux selon ce que cela traduisait des personnages sans qu’ils aient forcément besoin de l’exprimer. On comprend et c’est d’autant plus puissant à regarder. Les plans « saccadés » par exemple, expriment soit le bordel dans la tête et dans la vie de ce pauvre Nic Sheff ou bien le parallèle entre le père et le fils, qui sont à l’opposés l’un de l’autre. Pour des raisons évidentes, les gros plans ou les plans rapprochés sont également très utilisés afin de permettre au spectateur de se représenter l’étendue et la force de la relation entre David et Nic, si le spectateur avait besoin de plus d’explications…

Néanmoins petit bémol : j’ai trouvé la mère de Nic, Vickie, très en retrait et presque passive dans l’épreuve que traverse son fils mais c’est vrai qu’étant une histoire vraie et racontée du point de vue de père et fils, le rôle de la mère parait un peu anecdotique, d’autant que le personnage n’arrive physiquement qu’assez tardivement dans le déroulement du film. Sans oublier qu’en réalité, la mère de Nic a peut-être eu beaucoup de mal à accepter et à comprendre ce qui se passait. Ce sont des suppositions mais il faut bien reconnaitre que ce film n’a pas beaucoup de personnages féminins forts et avec du caractère – l’exception à cela est à trouver chez la deuxième épouse de David Sheff et même si ce n’est pas le sujet du film, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y a au moins une femme qui tient la route dans un film centré sur deux hommes (bien que le film soit tendre au possible).

Conclusion

My Beautiful Boy fait partie de ces pépites indépendantes qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie et qui marque le spectateur. L’histoire et le sujet abordé sont certes très sombres mais cette relation profonde père/fils le rend chaleureux et lumineux et c’est aussi un film très humain et optimiste d’une certaine façon pour cette raison précise. Steve Carell et Timothée Chalamet y sont simplement fantastiques et emportent le spectateur dans des émotions fortes, souvent contradictoires, mais ce n’est jamais larmoyant ou pathétique (dans le sens de pathos) : pas besoin de mouchoirs pendant ou à la sortie de la salle. Malgré tout, c’est un film à digérer… comme souvent les merveilles.