Littérature

[Découverte] Les Enchantements d’Ambremer – Pierre Pevel

En ce moment je navigue d’un univers Fantasy à l’autre et ce n’est pas pour me déplaire. Il y a environ deux semaines, j’ai commencé Les Enchantements d’Ambremer de Pierre Pevel, acheté complètement par hasard en même temps que Résolution de Li-Cam. Ce livre fait partie d’une trilogie intitulée « Le Paris des Merveilles » et mêle intelligemment créatures fantastiques et le Paris du début du siècle dernier. Il ne m’en fallait pas bien plus pour me convaincre de plonger dans cet univers unique.

Le Paris merveilleux de Pierre Pevel

Grâce à cette lecture, j’ai découvert un univers insoupçonné et résolument « Steampunk » qui est une sous catégorie de la science-fiction. J’ai d’ailleurs été un peu surprise de trouver cet ouvrage classé en SF car pour moi, il s’apparente plus à de la Fantasy pure, que je considère davantage comme un genre littéraire à part entière et non pas comme une branche de la SF mais c’est un autre débat.

Pour en revenir au livre et à l’histoire donc, Les Enchantements d’Ambremer présente Louis Denizart Hyppolyte Griffon un mage dont l’existence parisienne paisible se voit quelque peu contrariée lorsqu’on lui demande d’enquêter sur une anodine affaire de tricherie dans une salle de jeux. Le mage accepte mais il se rend vite compte que cette banale affaire de tricherie dissimule en fait une réalité bien plus sombre et dangereuse. Au cours de son enquête, il sera amené à croiser la route de la belle et mystérieuse Isabel de Saint-Gil « une fée renégate que le mage ne connait que trop bien… »

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Le roman se lit très vite pour peu que l’on affectionne le genre. De plus, l’enquête policière si l’on peut dire, est un vrai plus selon moi. Cela change un peu et c’est un élément de surprise agréable mais ce n’est tout de même pas un roman policier. Il y a dans l’écriture et dans l’inspiration beaucoup de Maurice Leblanc et son célèbre Arsène Lupin ou encore Gaston Leroux et son non moins célèbre Rouletabille. Le narrateur des Enchantements est donc une sorte de chroniqueur qui apostrophe parfois le lecteur au gré des situations et le résultat est souvent assez comique.

Cependant certaines situations font penser à des Deus ex-machina et non pas que cela soit dommage (nous sommes dans un monde merveilleux après tout), j’ai quand même trouvé que cela cassait un peu le rythme du roman et lui donnait un petit côté simpliste par moment… Mais bon, on ne peut pas tout avoir tout le temps non plus.

L’intrigue suffisamment est bien ficelée pour être agréable et les personnages principaux sont également bien construits, avec suffisamment de profondeur pour les rendre intéressants – surtout dans la relation qui les unie. Enfin, Pierre Pevel a fait son maximum pour que les descriptions des lieux notamment soient le plus fidèles possibles en tenant compte de l’époque où se déroule l’histoire, c’est-à-dire 1910.

Conclusion

Cette découverte fut une bonne surprise et ma lecture fut agréable. J’ai trouvé Louis et Isabel charmants pour ne pas dire exquis dans la relation qu’ils entretiennent. Le Paris des Merveilles dans lequel les protagonistes évoluent est en effet bien enchanteur et évoque bien souvent un rêve éveillé. Mais comme bien des choses trop policées, ce monde entretient sa part d’ombre à l’abri des regards indiscrets… Dans la lignée des aventures d’Arsène Lupin ou de Rouletabille, c’est une lecture agréable remplie d’une atmosphère mystèrieuse parfois un peu tirée par les cheveux qui prête à sourire.

Pour tout vous dire, je suis indécise quant au tome 2 de cette trilogie. D’un côté, j’ai très envie de savoir ce qu’il se passe dans ce nouveau tome parce que suivre les aventures de Louis et Isabel m’est agréable mais d’un autre côté… Je me dis que ce n’est pas une trilogie qui mérite un achat, mais plus un emprunt. Affaire à suivre du côté de la bibliothèque donc.

Belles lectures à vous !

Littérature

[SF] [Découverte] Résolution – Li-Cam

Ce tout petit livre d’un récit fictionnel de 140 pages est un OLNI, comprenez Objet Littéraire Non Identifié ; il est indéfinissable et c’est véritablement le livre le plus étrange que j’ai lu depuis la création du blog. Je ne suis pas certaine d’avoir compris tout les tenants et les aboutissants tant ma lecture fut ardue tout en étant très intéressante malgré tout. Résolution ne m’a passionné autant que je l’aurais espéré mais je n’ai pas détesté non plus. Retour sur une lecture déstabilisante et chronique d’un match nul entre un gros point fort et un gros point faible.

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 La déroutante résolution

Je crois qu’en fin de compte c’est ce qui résume le mieux cet ouvrage. Déroutant, déstabilisant, intéressant et plutôt poétique également. Cependant le mélange de tout cela donne un résultat plutôt négatif en ce qui me concerne. La lecture fut compliquée – si compliquée parfois que les mots écrits sur les pages perdaient leurs sens. Pourtant ce tout petit livre de science-fiction ne manquait pas d’intérêt à mes yeux. Pas très épais, il semblait aborder et mêler des thématiques intéressantes : Intelligences Artificielles, Humanité, relations aux nouvelles technologies, sans oublier la thématique du handicap le tout dans un cadre utopique. Classé comme un roman d’anticipation, je me suis laissée tenter assez facilement : je cherchais un livre d’anticipation et je suis tombée dessus.

Ce récit c’est donc celui de Wen, une jeune femme dont les capacités intellectuelles lui permettent d’analyser le monde et les individus à la façon d’un ordinateur sans être dans une conception binaire pour autant. Par la suite, le lecteur apprend que c’est en fait une forme d’autisme et cette particularité lui permet d’imaginer toutes sortes de mondes intérieurs et d’avoir une réflexion plus poussée sur les interactions entre les individus ; sujets qu’elle aborde sur son blog : Le monde selon Wen (difficile de ne pas y voir un clin d’œil au Monde selon Garp). Arrive l’effondrement du monde et des sociétés actuelles ; c’est alors qu’un groupe de chercheurs décide de mener une expérimentation sur l’île de Saint-Pierre et Miquelon basée sur les travaux de Wen. Une poignée d’hommes et de femmes se retrouvent à vivre en communauté selon les règles édictées par la jeune femme sur son blog. Et pour veiller sur cette communauté d’un genre nouveau, il y a SUN, l’IA sorte de double immatériel de Wen.

Point fort : les thématiques

C’est un livre actuel, on ne peut plus contemporain. Il revient en détail sur la théorie de l’effondrement dont on entend parfois parler dans les médias et sur Internet. Certes, ce n’est pas très réjouissant, je vous l’accorde, mais cela permet d’aborder des sujets complexes mais très intéressants. On se rend aussi vite compte qu’ils sont liés entre eux. Il y a notamment de très belles pages sur le dérèglement du monde et de la perte de la notion de réalité qui va de paire avec la vérité avec les tristement célèbres fake news et autres vérités alternatives. C’est très éclairant, carrément angoissant et déroutant par moment – ce qui ne rend pas la lecture aisée. D’ailleurs, c’est un récit sombre et peu optimiste bien qu’il se termine sur une note plutôt gaie.

Ce qui m’a le plus marqué en plus de cette analyse plus que pertinente sur la relation qu’on peut avoir avec la vérité, c’est la réflexion qui traverse tout le texte entre la relation de dépendance que l’on a vis-à-vis des nouvelles technologies (plus précisément Internet) et de la haine la plus pure qui peut en découler – via les réseaux sociaux notamment – et l’escalade de violence physique que cela entraine dans la vraie vie. Bien entendu, on sait que des situations comme celles décrites sur ces pages peuvent arriver mais voir et lire le tout condensé en 140 pages, c’est simplement vertigineux et c’est tellement dommage qu’il soit si dur à lire, ce livre…

Sur une note plus positive, on peut noter l’omniprésence de l’imaginaire, principal moteur pour sauver l’Humanité qui fonce dans le mur et court à sa perte. Là encore, de très belles pages sur l’importance de l’Art sous toute ses formes, l’importance quasi vitale du théâtre comme vecteur pour retrouver la communication rompue à cause d’une trop grande utilisation des réseaux sociaux et ainsi entrer en communion avec un groupe et retrouver une appartenance. A ce propos, ce sont la danse, le chant et le théâtre qui sauvent cette communauté atypique qui vit en marge du reste du monde. A n’en pas douter, la partie la plus réjouissante à lire.

Point faible : la structure du récit

Ou plutôt l’absence de structure dans le récit. Je ne dis pas qu’il faut une structure bien définie mais cela participe à faciliter la lecture et cela manque cruellement ici. Le récit s’organise comme un enchevêtrement des pensées de Wen, avec sa vie présente sur l’île au sein de la communauté, sa vie sur le continent avant l’effondrement, des souvenirs de son enfance chaotique, des passages de son blog qui ont aidé pour la création de cette communauté sans oublier quelques compte-rendu des conversations des habitants avec SUN, l’Intelligence Artificielle qui fait office de psy, de confessionnal… et dont on ne sait pas ce qu’ils viennent faire là… Je n’ai pas trouvé que cela apportait véritablement quelque chose au récit, à part encombrer un texte déjà très emmêlé et très brouillon.

Je pense que l’auteur à fait cela pour que le lecteur se mette à la place de Wen et ait un accès direct à sa particularité qu’est son autisme. C’est un parti pris et c’est une bonne idée d’avoir voulu faire ça mais le texte devient tellement enchevêtré qu’il devient presque impossible à lire – les mots perdent leurs sens. Du coup, il m’est arrivé de reposer le livre complètement dépitée parce que j’arrivais à peine à me souvenir de ce que je venais de lire à l’instant. Très honnêtement, je ne sais pas ce qui m’a fait tenir cette lecture jusqu’à la fin ; la perspective de l’article y est sûrement pour quelque chose… Quoiqu’il en soit, Résolution n’est pas un livre dont je garderai un bon souvenir.

Conclusion

Grosso modo, ce fut une lecture chiante non dénuée d’intérêt de par les thèmes que le livre aborde. A ne surtout pas lire si l’état du monde vous angoisse vraiment beaucoup ; c’est une semi déception : j’ai le sentiment d’avoir perdu mon temps dans cette lecture que j’ai laissée volontairement trainer en longueur tout en ayant une autre vision des choses sur certains sujets passionnants.

Littérature

[Contemporain] Graine de sorcière – Margaret Atwood

Graine de sorcière, c’est la rencontre d’une grande dame des lettres canadiennes et un grand homme des lettres anglaises (si ce n’est le plus grand de son genre et de son époque). En effet, avec ce roman Margaret Atwood s’attaque à William Shakespeare lui-même en réécrivant une de ses pièces les plus célèbres, je veux bien sûr parler de La Tempête. Ce n’est pas un livre très long, il se lit très vite et j’ai adoré.

La magie de Margaret Atwood

Réécrire Shakespeare n’est pas donné à tout le monde ; l’art de la réécriture est complexe et compliqué. Il faut suivre la trame de l’œuvre tout en y incorporant son style et des éléments novateurs en veillant à ce qu’ils soient cohérents avec la trame de fond. Coordonner tous ces éléments ce n’est pas évident, et même s’ils y sont de manière rigoureuse, il arrive parfois que la réécriture ne fonctionne pas et qu’elle soit ratée. Ce n’est pas le cas ici. J’ai trouvé cette réécriture brillamment moderne, lumineuse et pleine d’espoir. Alors que pourtant, une des thématiques principale de ce roman c’est justement la vengeance et il n’y a rien de brillant ou de lumineux dans une telle entreprise… Mais c’est sûrement ça, la magie de Margaret Atwood : apporter de la lumière là où on pense de prime abord qu’il n’y en a pas.

« Injustement licencié de son poste de directeur du festival de Makeshiweg, au Canada, alors qu’il mettait en scène La Tempête de Shakespeare, Félix décide de disparaitre. Il change de nom et s’installe dans une maisonnette au cœur de la forêt pour y panser ses blessures, pleurer sa fille disparue. Et préparer sa vengeance.

Douze années passent et une chance de renaitre se présente à Félix lorsqu’on lui propose de donner des cours de théâtre dans une prison. Là, enfin, il pourra monter La Tempête avec sa troupe de détenus, et tendre un piège aux traitres qui l’ont détruit. Mais la chute de ses ennemis suffira-t-elle pour qu’il s’élève à nouveau ?

Le nouveau roman de Margaret Atwood, la grande dame des lettres canadiennes au succès phénoménal, est un hommage à Shakespeare à travers une prose sublime, déchirante et drôle à la fois »

Graine de sorcière, Margaret Atwood. Quatrième de couverture, éd. Robert Laffont/coll. Pavillons. avril 2019

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Les thématiques

C’est un livre extrêmement puissant et fort de part les thèmes et les sujets abordés. Ces thèmes sont d’ailleurs les mêmes dans la Tempête mais remis au goût du jour et modernisés, pour ne pas dire carrément dépoussiérés. Selon moi, c’est la grande force de cette histoire : les thématiques demeurent universelles et chacun peut s’y retrouver.

Comme annoncé dans la quatrième de couverture, on retrouve bien sûr la thématique de la vengeance (thème central de la pièce de théâtre) mais au fil de la lecture, on en découvre d’autres, toutes aussi importantes et universelles et qui changent radicalement le regard sur la pièce et les personnages de cette dernière. Ainsi Graine de sorcière aborde avec délicatesse la perte d’un être cher et le deuil plus ou moins long qui s’en suit, la folie qui peut survenir à la suite d’un choc ou d’un isolement prolongé ; la passion et l’utilité du théâtre (notamment dans les milieux dits « difficiles »), l’amour bien sûr et enfin le pardon et la quête de rédemption.

Tous ces thèmes ont toujours inspirés et William Shakespeare les a lui-même traités dans ses pièces les plus célèbres, qu’il s’agissent des tragédies ou des pièces historiques. Je pense que c’est d’ailleurs pour cette raison que cette réécriture fonctionne si bien : Margaret Atwood a repris exactement les mêmes thèmes sauf qu’au lieu d’en faire une copie, elle en approfondit certains plus que d’autres et de fait, elle livre sa propre version de La Tempête et devient donc metteuse en scène à son tour, comme Shakespeare avant elle.

Néanmoins l’auteur de la Servante Ecarlate n’en oublie pas un de ses thèmes de prédilection qu’est le féminisme en rapport à la domination masculine, consciente ou non. Ce n’est à mon avis pas si anodin si cette histoire se déroule dans un pénitencier et où les seules figures féminines se trouvent être des femmes avec des postes à responsabilités et/ou intouchables aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. Je me doute que ce n’est pas très clair et que ça ne vous évoque sans doute pas grand-chose mais si vous lisez ce livre, je pense que vous comprendrez où je veux en venir mais je ne vous en dis pas plus, au risque de vous dévoiler partiellement l’intrigue.

Conclusion

Coup de cœur inattendu pour cette réécriture dont je n’attendais rien en particulier. C’est un roman qui m’a donné envie de replonger dans l’univers Shakespearien, que ce soit en relisant certaines œuvres directement, en visionnant à nouveau des films que j’avais beaucoup à l’époque, comme Shakespeare in Love ou encore Anonymous ; je ne mets pas le film Romeo + Juliet de Baz Luhrmann (je l’ai revu il n’y a pas si longtemps) ; ou bien lire d’autres réécritures d’autres pièces de Shakespeare afin de pouvoir comparer, pourquoi pas… bref, si vous avez des pistes, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires et en attendant, je vous souhaite une agréable (re)découverte de La Tempête de William Shakespeare !

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Helena – Jérémy Fel

Gros coup de cœur de l’année 2019 pour cette lecture aussi déroutante que fascinante. Helena fait partie des romans que je ne peux que conseiller malgré son atmosphère dérangeante. Ne vous fiez pas à la connotation péjorative du « page-turner » ; ce livre en est un effectivement mais les arguments pour redonner ses lettres de noblesse à cette catégorie souvent mal-aimée sont bien là. Je vous emmène donc sur les traces d’Helena, faire l’autopsie d’un thriller très réussi !

 

The Sound of Silence

Helena ce sont les histoires mêlées de Tommy, Haley et Norma faites de rêves et d’espoir au milieu d’un Kansas isolé et désolé. Ces trois destins ont malgré tout quelque chose de commun qui les réuni : la solitude (qui entraine le silence). C’est un roman qui traite magnifiquement de la solitude et de la difficulté à sortir du silence. Et puis il y a les conséquences, souvent dévastatrices pour les personnages, de ces silences. Le tout admirablement décrit sous la plume de Jérémy Fel.

En réalité, il y a plusieurs solitudes. La première est géographique avec cet Etat du Kansas avec la petite ville d’Emporia où il ne se passe jamais grand-chose et où la jeunesse ne rêve que d’une chose : partir. Partir pour mieux revivre n’importe où ailleurs, à la poursuite de rêves plus ou moins inaccessibles. C’est dans ce contexte morbide que le lecteur suit les destins de Tommy, Hayley et Norma qui sont autant d’exemples de solitude.

La solitude des personnages est à la multiple et unique et c’est vraHelena_fel[1]iment le point central du roman. Chacun gère à sa façon cette solitude et les silences qui en découlent du mieux qu’il peut, avec les moyens du bord. Alors certes, des personnages qui souhaitent échappés au déterminisme ambiant dans un cadre isolé, on pourrait se rapprocher d’un cliché vu, revu et corrigé mais l’ambiance lourde et pesante qui se dessine au fil des pages parvient à faire oublier les quelques lieu-communs présents dans le roman ; je pense notamment à la panne de voiture qui oblige Hayley à rester sur le bord de la route. Un peu cliché mais la langue étant parfaitement maitrisée, cette panne devient autre chose qu’une simple panne de voiture.

Ce qui m’amène à évoquer la langue dans son ensemble. C’est le gros point fort de cette histoire selon moi. Tantôt crue et inquiétante, tantôt douce et lumineuse, cette maitrise de la langue sert des personnages énigmatiques et puissants que vous aimerez détester selon la situation. De plus, l’écriture est très fluide et cela facilite grandement la lecture de certains passages qui pourraient être difficile à lire parce que très crus, très bruts. C’est une écriture sans concessions mais également toute en nuances. Bref, une écriture qui vous fera passer par tous les états émotionnels, et pour ça : chapeau bas Monsieur Fel !

Conclusion

Helena fait incontestablement partie des livres qu’il faut lire absolument. La langue y est splendide et le style fluide ; les personnages pris dans des tourments qui paraissent insurmontables dans une atmosphère lourde et pesante comme un soir d’orage en plein été. 728 pages au compteur et autant de coups de poings et de nuances qui ne vous laisseront pas indifférents, que vous aimiez ou non l’ouvrage. Seul petit bémol me concernant : le traitement de certains personnages féminins qui n’est pas suffisamment approfondi et qui peut malheureusement donner une mauvaise ou une fausse image du personnage en question malgré de très fortes personnalités.

Une réussite signée Jérémy Fel, aux éditions Rivages poche.

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Les cygnes de la Cinquième Avenue – Melanie Benjamin

Roman que j’ai acheté l’année dernière parce que la critique en faisait un livre intéressant, voire passionnant ; sans oublier la quatrième de couverture, savamment construite, qui laisse entrevoir le récit d’une amitié passionnée entre une icône de la mode, Babe Paley, et une icône du monde littéraire, Truman Capote.

Babe Paley est la plus en vue des « Cygnes de la Cinquième Avenue », ces femmes de la haute société new-yorkaise des années 1950. Son atout indéfinissable : son style. Elle incarne l’élégance, fait souvent la une de Vogue, mais ce que personne ne voit, c’est le sentiment de solitude qu’elle laisse dans son sillage, en dépit de sa fortune, de ses enfants, de son mari riche et puissant. Jusqu’au jour où Truman Capote surgit dans sa vie. Leur amitié est instantanée et fulgurante. Babe trouve chez l’écrivain prodige, aussi génial qu’extravagant, la passion qui manquait à son existence. Grâce à elle, Truman accède à cette élite qui le fascine tant. Et à ses secrets, ses rumeurs, ses scandales, y puisant son inspiration, au risque de trahir Babe.

Les cygnes de la Cinquième Avenue, Melanie Benjamin, Quatrième de couverture. Ed. Le livre de poche, 2018

Sensationnel selon Elle

Heureusement que je n’ai pas acheté ce livre sur ce seul critère parce que je n’ai rien trouvé dans ce roman qui justifie un tel qualificatif. Ni dans l’histoire, ni dans les personnages, ni dans le style l’auteur. Je suis peut-être passée à côté du propos mais pourtant je n’en ai pas l’impression puisque si je devais faire un autre résumé de l’ouvrage je dirais qu’il est question d’amitié certes profonde mais également profondément toxique entre deux personnes qui n’étaient pas censées se rencontrer. De plus, j’ai appris deux, trois choses sur une époque désormais révolue. Cependant, je ne crois pas que cela suffise pour recommandé un livre…couv67236070[1]

J’ai trouvé l’histoire intéressante, les personnages aussi. C’est vrai qu’il y a quelque chose de fascinant dans cette amitié presque morbide entre Truman et Babe mais à part cet élément central et moteur, force est de reconnaitre qu’il m’aura fallu 200 pages pour véritablement rentrer dans l’histoire et dévorer les 200 dernières… Pour un roman qui compte 470 pages (si l’on exclu la note de l’auteur), c’est quand même un sacré déséquilibre ! Remarquez, c’était peut-être cela le sensationnel dans l’histoire finalement ?… Ou peut-être que les romans qui traitent des apparences d’une manière ou d’une autre ne sont simplement pas fait pour moi.

Le style est plutôt simple et compréhensible tout en retranscrivant cette élégance des Cygnes dont parle Melanie Benjamin. Néanmoins, la structure m’a laissée perplexe plus d’une fois et c’est sûrement la raison pour laquelle je ne suis pas rentrée dans cette histoire pourtant non dénuée d’intérêt.

Conclusion

Ce n’est certainement pas un livre qui me laissera un souvenir impérissable. J’aurais aimé l’apprécier d’avantage, ne serait-ce que pour Barbara Paley, cette femme extrêmement tout mais surtout extrêmement fragile et seule derrière les apparences. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Je ne peux pas être totalement négative, je suis peut-être passée à côté de cette lecture-ci. A ce propos si vous l’avez lu, je serai curieuse de savoir ce que vous en avez pensé, ce que vous avez aimé ou non…

Littérature

[V.O] [Contemporain] Brooklyn – Colm Tóibín

Nous sommes au début des années cinquante, et c’est l’histoire d’Eilis Lacey, jeune fille irlandaise qui vit dans une petite maison avec sa mère et sa sœur ainée, Rose. La perspective d’un avenir heureux en Irlande pour Eilis est faible voire inexistant. C’est pourquoi, lorsque l’occasion se présente, Rose arrange pour sa sœur un allé simple pour New-York et c’est ainsi que la pauvre Eilis se retrouve bien malgré elle à faire un voyage qu’elle n’a pas choisi, pour le meilleur et pour le pire…

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Ce livre c’est en fait un peu de meilleur pour beaucoup de pire. Pour vous la faire courte une déception totale et complète, pratiquement du début à la fin. Heureusement que le livre ne comptait que 250 pages et qu’il était en version originale, sinon je l’aurais abandonné sans le moindre scrupule… mais comme je voulais absolument relire quelque chose en V.O, ça m’a permis de tenir le cap et de me rendre compte que cet auteur n’était pas du tout pour moi. Un style très descriptif avec trop de tournures de phrase en indirect libre, très peu pour moi en français mais alors en anglais c’est vite devenu un calvaire pour moi alors que j’ai un assez bon rythme de lecture, habituellement, même en anglais. Donc j’ai laissé Brooklyn trainé en longueur, malgré ses 250 pages…

Il faut dire qu’il ne s’y passe pas grand-chose et aussi que je m’attendais probablement à autre chose, ayant déjà lu quelques récits traitant du même sujet auparavant. J’ai trouvé l’atmosphère du livre globalement déprimante mais paradoxalement très irlandaise aussi. Une sorte de joie dans le désespoir, comme c’est souvent le cas dans la littérature irlandaise. C’aurait pu être une bonne chose, d’autant que le sujet de l’immigration s’y prête bien mais malheureusement le style de l’auteur m’a sorti du roman et je n’ai pas pu me remettre complètement dedans, malgré une troisième partie absolument réussie.

Conclusion

Brooklyn de Colm Tóibín n’est pas sans rappeler des auteurs tels que Frank McCourt ou encore Edna O’Brien, dont le Country Girls m’a donné bien des sueurs froides lors de mes deux premières années de Licence, et s’il est certain que l’on retrouve cette atmosphère si particulière des auteurs irlandais en général, on ne peut pas dire que je me sois passionnée pour cette traversée outre-Atlantique. Pour moi, ce livre n’a eu aucun intérêt et je suis même impatiente de commencer autre chose pour oublier ce désastre, alors que j’avais sélectionné ce livre pour sa longueur, son sujet et aussi à cause de l’adaptation cinématographique qui en a été faite, avec Saoirse Ronan dans le rôle titre. Autant vous dire que je ne suis pas du tout certaine de visionner le film tant cette lecture s’est apparentée au calvaire pour moi…

Littérature

[Contemporain] Le nœud de la sorcière – Deborah Harkness

C’est de loin celui que j’ai le moins aimé malheureusement. Pourtant, c’était très bien parti avec un début de tome en fanfare, digne du premier volume mais cela n’a pas duré et mon enthousiasme est vite retombé. Résultat : ma lecture a trainé en longueur et m’a laisser un peu d’amertume au moment de faire mes adieux à mes compagnons de route…

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Un tome plein de nœuds…

Une fois n’est pas coutume, nous retrouvons nos héros et leurs amis où nous les avions laissés pour suivre la suite et la fin de leurs aventures. L’élément à retenir c’est que la menace qui planait au dessus de Diana et Matthew se concrétise enfin, puisqu’à leur retour du passé, les deux tourtereaux apprennent avec effroi qu’un membre de leur entourage est mort afin de protéger Diana. Outre cela, les enjeux ont encore évolués puisque la jeune femme est désormais enceinte de Matthew. Ce qui fait que c’en est trop et que cette fois la Congrégation a décidé d’agir pour sauver le Pacte signé il y a bien longtemps…

Si cette partie là est intéressante et se lit d’une traite, on ne peut pas en dire autant de la partie suivante qui voit Matthew tenter de régler un problème familial qui court depuis plusieurs siècles et qui doit être résolu au plus vite pour la sécurité de tous. Les enchainements sont logiques mais l’ensemble est loin d’être aussi captivant que les deux précédents tomes, malgré un assez bon rythme malgré tout. Pour une raison qui m’échappe, j’ai parfois eu l’impression que tout était brouillon et mélangé ; c’était peut-être volontaire mais les deux premiers tomes m’avaient habituée à ce que les choses soient claires et précises, en plus d’être carrées.

Cela dit, mon ressenti ne me surprend pas. Il s’agit du dernier tome de la saga, c’est un tome de résolution : tout est censé rentrer dans l’ordre à la fin et c’est effectivement le cas. Il est donc normal qu’il se passe un peu moins de choses et que le rythme du livre soit un peu différent.

Conclusion

Si vous avez lu et aimé, je l’espère, les tomes 1 et 2 de cette trilogie, vous ne pouvez pas faire l’économie de celui-ci. Bien qu’il soit moins bon que le reste, ce tome reste dans la lignée des deux autres : il boucle l’histoire et lui apporte une fin définitive bienvenue. On peut déplorer que le rythme soit un peu inégal avec une sorte de ventre mou où l’intrigue à tendance à partir un peu dans tous les sens, quand elle ne s’enlise pas. Mais le début flamboyant et la dernière partie (qui correspond au dernier tiers du livre) réussissent à captiver suffisamment le lecteur pour lui laisser un bon souvenir de lecture. Cela est resté un plaisir de découvrir cet univers qui peut faire peur avec environ 2700 pages à lire, réparties en trois volumes.

D’un point de vue général, Deborah Harkness a donné à découvrir au lecteur un univers complexe et très bien construit qui repose sur les thèmes fascinants que sont l’alchimie, l’histoire de l’évolution au travers de la recherche scientifique et la génétique. L’auteur est parvenue à rendre compréhensible par tout un chacun ces sujets d’ordinaire complexes et obscures, parce qu’elle y a mêlé une part de rêve et de fantastique. L’ensemble est tellement logique et réaliste que le lecteur se prend à croire à l’existence de la pierre philosophale et autres procédés alchimiques, et c’est ce qui fait la beauté de cette trilogie. Trilogie littéraire qui restera une de mes meilleures expériences de lecture pendant encore un moment.

Trilogie All Souls

Littérature

[Contemporain] [Découverte] Le Livre perdu des sortilèges – Deborah Harkgness

Ne jamais faire de promesses inutiles que l’on pense tenir. Les deux promesses que je m’étais faite se résumaient à peu de choses près à cela : 1- Ne plus lire de séries littéraires, faute de place et parce que je trouve que c’est une contrainte en soi (les premiers tomes de la série étant généralement les meilleurs de la saga). 2- Ne plus rien lire qui fasse mention de vampires depuis le canon imposé par Stephenie Meyer et de ce fait, tous les buveurs de sang modernes se ressemblent tous plus ou moins, in fine.

Promesses non tenues. Quoique la première promesse plus vite à cause de Stephanie Garber et sa flamboyante série Caraval. La seconde promesse aura tenue un peu plus longtemps, avant que Deborah Harkness ne réduise tout à néant, sans me demander mon avis évidemment.

Je voudrais également rendre hommage au vendeur de chez Decitre qui a parfaitement su que j’allais engloutir ce pavé en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Un conseil : ne mettez jamais en doute les conseils d’un vendeur qui vous a repérez et qui connait vos goûts en matière de littérature. Le sourire en coin d’un vendeur qui parle en connaissance de cause est redoutable : Oh… Lisez-le. On en reparle volontiers quand vous repasserez au magasin, si je travaille, le fameux sourire. Et le mal était fait.

Ceci dit, une fois acheté (en format poche) le livre ne m’a pas séduite immédiatement et est resté un petit http___4.bp.blogspot.com_-vNfGwKtFnBA_T3nN-VleJHI_AAAAAAAAAUE_fIJgg967KOs_s1600_le-livre-perdu-des-sortileges[1]moment de côté, le temps que je me décide que c’était le bon moment. Le bon est arrivé plus vite que prévu, lundi 3 juin 2019, en fin d’après-midi par curiosité et également un peu par défi ; pas à cause de ses 832 pages et 43 chapitres (j’ai lu bien d’autres pavés avant celui-ci, avec un enthousiasme différent à chaque fois). Pour le coup, je crois qu’il était plus question d’orgueil et d’amour propre avec un soupçon de curiosité : je voulais montrer au vendeur et à moi-même que ce n’était pas parce que j’avais lu la trilogie du Seigneur des Anneaux et les deux premiers tomes de Caraval en un temps record que j’allais forcément apprécier cette nouvelle saga littéraire. EPIC FAIL, GAME OVER. Moralité : Ne soyez jamais trop sûrs de vous.

Voilà pour le côté « anecdote » sur comment cet ouvrage est arrivé entre mes mains. Nous sommes le samedi 8 juin 2019, je viens de terminer ma lecture depuis quelques heures et à l’heure où j’écris ces lignes, la question que je me pose le plus concernant ce livre c’est : Qu’est-ce qui m’a tellement plu dans ce livre, pour que je n’ai que cela en tête depuis ces derniers jours ?…

Le Livre perdu des sortilèges, chronique d’un amour interdit

La réponse la plus spontanée et aussi la plus honnête est celle-ci : à peu près tout. C’est pourtant une histoire assez classique d’un amour interdit entre deux êtres que normalement tout oppose. Bref, un schéma vu, revu et corrigé depuis des siècles, depuis Roméo & Juliette… Et comme dans tout livre mettant en scène des créatures issues de la mythologie ou de l’univers fantastique, il y a des poncifs et quelques lieux communs dans celui-ci aussi, et je comprends parfaitement que cela agace et dégoute le lecteur. Après tout, les deux personnages principaux sont clairement stéréotypés puisque lui est grand, brun, taillé dans un corps d’Adonis et elle, est plutôt petite, blonde avec de grands yeux bleus et farouchement indépendante. De plus, le lecteur se doute assez rapidement de comment va évoluer la relation entre les deux ; c’est attendu sans vraiment l’être en même temps et clairement, c’est un des meilleurs livres traitant de fantastique que j’ai lu récemment, malgré tous les stéréotypes et toutes les caractéristiques que l’on retrouve d’un livre à l’autre.

Les lieux et les ambiances qui en découlent sont décrits à la perfection, les personnages sont extraordinaires, au sens premier du terme, et complexes avec une réelle profondeur psychologique qui dépasse le stade de : il/elle m’est interdit et du coup il/elle me fascine et je finis par en tomber amoureux/euse, même si ce schéma est bien présent attention ! J’ai dit qu’il y avait des poncifs dans ce livre.

Néanmoins malgré ces poncifs et autres stéréotypes qui caractérisent les personnages, ils évoluent dans un univers aussi simple que complexe : simple parce qu’on part de notre réalité et complexe parce qu’il y est question de créatures surnaturelles, d’alchimie, de légendes, le tout mêlé avec des recherches scientifiques bien réelles sur les origines de l’humanité et son évolution. Je crois justement que mon enthousiasme débordant concernant ce roman est dû à son intrigue époustouflante remplie de rebondissements, qui, bien qu’ils soient plutôt classiques, ne donnent pas l’impression d’être attendus. Il faut ajouter que cette complexité dans l’intrigue tient au fait que Deborah Harkness est professeur d’université en Californie du sud et que son domaine de recherches comprend l’histoire des sciences et de la magie en Europe du XVI au XVIII siècle, et le moins que l’on puisse dire c’est que cela imprègne véritablement son roman sans en faire une thèse académique universitaire. Mais ses recherches servent grandement son œuvre : tout y est calculé, réfléchi, logique même alors que l’alchimie et la magie sont au cœur de ce roman. Personnellement, j’appelle cela un coup de maitre.

L’autre aspect intéressant de ce roman fantastique est lié aux personnages eux-mêmes et aux différentes thématiques qu’ils permettent d’aborder et qui sont malheureusement encore d’actualité. Je trouve que c’est bien fait et cela permet de faire passer un message bien précis sous couvert d’une œuvre fantastique. Ainsi sont traités pêle-mêle l’homosexualité et le droit d’aimer la personne que l’on désire, la relation entre science et « spiritualité », le rejet de l’autre pour sa différence etc, etc…

Conclusion

Deborah Harkness signe un premier roman envoûtant que j’ai eu bien du mal à lâcher. C’est un savant mélange de réalisme et de fantastique ; assez étrangement, on en deviendrait presque convaincus que l’alchimie et la sorcellerie sont des sciences à part entières, grâce au travail titanesque de l’auteur sur le sujet. Les thématiques abordées participent aussi à la richesse de cette œuvre bien trop complexe pour être résumée sans tomber dans des clichés sans saveurs. Une chose est sûre : si vous aimez ce genre de littérature, allez-y les yeux bandés, vous ne regretterez pas le voyage. Je vous le garantis ! En ce qui me concerne, j’attends de commencer le Tome 2, L’école de la nuit, dans l’espoir que ma lecture soit au moins aussi enthousiasmante que celle du premier tome. Cependant, j’appréhende et j’attends Deborah Harkness au tournant…

Article rédigé le 09/06/2019 et la veille au brouillon.

Littérature

[Contemporain] [Découverte] Money Shot – Christa Faust

Tout au long de ma lecture, je me suis très souvent demandé si ce livre avait sa place sur mon blog, au point de retarder considérablement l’avancée de cette lecture. Cependant pas question de l’abandonner parce que je savais dans quoi je m’engageais rien qu’avec la couverture… La quatrième de couverture s’est juste chargée de confirmer et d’enfoncer le clou.

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Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne. J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit. Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher. Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissée tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole.

Money Shot, Christa Faust, Quatrième de couverture. Editions Gallmeister. 2018

Et j’aurais dû avoir peur d’instinct, et reposer bien gentiment le livre en rayon et passer mon chemin. Au lieu de quoi une sorte de fascination s’est emparée de moi et les éditions Gallmeister m’ont eue encore une fois. Je ne regrette absolument pas mon choix mais cela va sans dire : ce n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains.

Passé le sentiment de malaise lié au sujet du roman et au vocabulaire employé, superbement traduit par Christophe CUQ, il y a une sorte de fascination qui s’installe chez le lecteur ; croyez-moi vous mourrez d’envie de savoir comment et pourquoi Angel Dare s’est retrouvée ligotée dans un coffre de voiture… Alors bien sûr le livre évoque l’industrie des films X et ses dérives donc c’est forcément une lecture dérangeante, une lecture coup de poing. Le style y est cru et percutant et l’intrigue relativement simple au départ se complexifie lentement au fil des pages. Le tout est extrêmement bien construit et développé, preuve que Christa Faust maitrise son sujet sur le bout des doigts. En plus d’une intrigue complexe et palpitante, certains thèmes abordés valent le coup qu’on s’y attarde un moment.

Premièrement, l’auteur questionne le rapport au corps en fonction de l’âge, tout en gardant à l’esprit que cette perception est bien souvent déformée dans le porno un peu plus qu’ailleurs. C’est un aspect très intéressant du roman qui en profite pour tordre le cou à bon nombre d’idées reçues sur la question, en le faisant avec beaucoup d’humour et de dérision, parfois avec une pointe de cynisme. Cependant la moralité reste toujours la même : fais ce que tu veux de ton corps et ce, quel que soit ton âge.

Deuxièmement, Money Shot est un thriller féministe avec une héroïne forte, indépendante et qui décidément n’a pas froid aux yeux. Honnêtement avant de lire ce livre, je ne pensais pas qu’on pouvait associer Films X et Féminisme dans une même phrase mais visiblement, c’est tout à fait possible et j’en suis ravie. Cet aspect découle en réalité du point évoqué précédemment et là encore, le roman prend le temps de déconstruire quelques préjugés sur la gent féminine, du genre : une femme est fragile et a besoin d’un homme pour se défendre. Angel Dare prendra un malin plaisir à vous montrer que non ; et c’est ce qui fait que je me suis attachée à ce personnage. Pas nécessairement parce qu’elle était badass et qu’elle savait se servir d’un flingue correctement mais parce qu’elle avait des failles et des errances. Ce sont ces failles qui l’ont rendue plus forte, pas son habilité à manier une arme à feu. Conclusion : oui, une femme a le droit d’avoir peur et d’être terrorisée mais elle peut se débrouiller seule, sans le secours d’un homme. C’est très plaisant à lire même si le sujet est traité de façon absolument non-conventionnelle.

Conclusion

Nous sommes d’accord : se faire justice soi-même n’est absolument pas recommandé dans la vie réelle mais dans le cas de Money Shot, cela donne une vendetta explosive dans le cadre d’un thriller très sombre et haletant, mené tambour battant par une héroïne attachante et drôle. Bien entendu, je le répète : ce livre s’adresse à un public averti du fait de l’environnement dans lequel il se déroule, mais si vous n’avez pas froid aux yeux, que vous êtes curieux et que vous cherchez une lecture non-conventionnelle, Money Shot n’attend que vous ! Avec son style cru et percutant ainsi que son rythme effréné, ce livre ne vous laissera tout simplement pas indifférent.

En ce qui me concerne, c’est un sans faute de plus pour les éditions Gallmeister et je le recommande vivement !

 

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Wild – Cheryl Strayed

Pour bien démarrer la semaine, je vous emmène prendre un grand bol d’air frais aux Etats-Unis, avec cette lecture où l’on découvre une nature préservée, immense et où les gens que l’on croise ont de grandes chances d’être absolument admirables et fort sympathiques ; Cheryl Strayed, une journaliste américaine, se confie sans détour au travers de ce livre, très touchant. J’ai vraiment adoré ce moment de lecture hors du temps en sa compagnie.

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Ce livre, Wild, c’est un récit de vie à la limite de l’autobiographie. C’est un genre que j’aime bien généralement mais je peux facilement comprendre que ce genre littéraire rebute certaines personnes parce que c’est un genre qui peut ennuyer rapidement le lecteur pour diverses raisons (style, contenu…). C’était une crainte que j’avais à vrai dire, et c’est peut-être pour cela que j’ai mis si longtemps avant de lire cet ouvrage alors que je l’avais acheté il y a trois ans de ça. Rétrospectivement, je regrette d’avoir attendu si longtemps mais mieux vaut tard que jamais. Pour en revenir à mes craintes concernant ce livre, j’avais effectivement peur de m’ennuyer, le sujet du livre étant un retour d’expérience de l’auteur/narrateur sur un des chemins de randonnée les plus célèbres du monde. Donc à part marcher et bivouaquer, j’avais peur que le rythme soit très lent, notamment à cause de descriptions interminables et monotones. Rassurez-vous rien de tout cela !

J’ai beaucoup, beaucoup aimé. Adoré même. Au point que les pages se tournaient quasiment toutes seules. Je pense que l’on doit cet effet de page-turner à son auteur Cheryl Strayed. Elle parvient à rendre compte d’une réalité triviale et monotone (parfois déprimante) à la perfection tout en y apportant des émotions intenses. Cela rend le récit dynamique et captivant. D’autant plus qu’il y a une forte identification avec elle, peut-être parce que Cheryl Strayed a effectué cette randonnée à 28 ans et que j’en ai 26… ? Il y a aussi son histoire personnelle qui déclenche cette envie et ce besoin de se lancer dans cette aventure extraordinaire, au sens premier du terme.

Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junky, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n’a aucune réponse, mais un point de fuite : tout quitter pour une randonnée sur le « Chemin des crêtes du Pacifique ». Lancée au cœur d’une nature immense et sauvage, seule sous un sac à dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d’épuisement et d’effort, et réussir à atteindre le bout d’elle-même.

Wild, Cheryl Strayed. Quatrième de couverture, ed. 10/18. 2014 puis 2016

En fait, Cheryl ne vacille pas : je dirais plutôt qu’elle perd totalement pied. Son défi est à la hauteur de la perte de sens de son existence : complètement fou. Autant vous dire que ce n’est pas à la portée de tout le monde de faire ça et surtout d’aller jusqu’au bout. Il faut une sacrée dose d’inconscience et de courage ! Cela dit, même si Cheryl Strayed donne l’impression d’être la Terminator de la rando, elle est un être humain comme les autres : au cours de son périple, elle est souvent morte de peur et à ce propos, ses réflexion sur la peur justement forment quelques unes des plus belles pages de ce récit. J’en veux pour preuve cet extrait de la page 85 :

« C’était un pacte que j’avais conclu avec moi-même quelques mois plus tôt, la condition indispensable pour pouvoir partir ainsi, seule. Je savais que si je laissais la peur m’envahir, mon voyage était voué à l’échec. La peur est en grande partie due aux histoires qu’on se raconte, alors j’ai décidé de me raconter autre chose que ce qu’on répète aux femmes. J’avais décidé que je ne courais aucun danger. J’étais forte. Courageuse. Rien ne pourrait me vaincre. M’en tenir à cette histoire était une forme d’autopersuasion, mais, la plupart du temps, ça fonctionnait. Chaque fois que j’entendais un bruit d’origine inconnue ou que je sentais quelque chose d’horrible prendre forme dans mon imagination, je le repoussais. Je ne me laissais pas impressionner. La peur engendre la peur. La puissance engendre la puissance. Et il n’a pas fallu longtemps pour que je cesse réellement d’avoir peur. »

Wild, Cheryl Strayed, p.85, ed. 10/18 ; 2014 puis 2016

Puisqu’on évoque ce passage, l’autre aspect qui en ressort et qui m’a frappé tout au long de ma lecture, c’est la portée profondément féministe de cet ouvrage et cela s’explique facilement : l’auteur est une femme, qui randonne seule et qui se définit elle-même comme féministe. Cheryl Strayed le revendique, et en 1991 alors qu’elle se trouve dans un environnement majoritairement masculin (tout du moins pendant la première moitié de sa rando) c’est quelque chose d’assez fort à lire. Ca fait du bien de se rendre compte assez concrètement que les femmes en ont dans le pantalon (parfois plus que les hommes d’ailleurs…).

Le film

C’était presque obligé : cette histoire poignante de rédemption sur un chemin de randonnée a eu droit à son adaptation au cinéma, avec Reese Witherspoon dans le rôle titre. Je crois qu’elle fait aussi partie des producteurs du film.

Honnêtement, je n’ai pas (encore) vu ce film et je me demande sincèrement si je vais le faire. J’ai un peu fait le tour des quelques critiques et reviews que j’ai pu trouvé, et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est assez mitigé, pour ne pas dire mauvais. Et je n’ai pas envie de gâcher cette lecture qui m’a fait rêver et voyager ; je veux garder intact le souvenir d’une lecture superbe. Le film ternirait sans doute tout cela et je suis presque certaine d’être déçue par l’adaptation parce que je trouverais à redire à chaque scène.

Pour ceux que ça intéresse : Wild de Jean-Marc Vallée (2014) est disponible sur certaines plateforme de VOD comme iTunes par exemple.