Littérature

[Contemporain] Possession

Je viens de finir Possession (My Head Is Full of Ghosts en anglais) de Paul Tremblay et que vous dire à part que j’ai passé un super moment de lecture ; j’en suis ravie et la première surprise d’ailleurs. On ne peut pas dire que je suis une adepte du genre en général. En écrivant cette phrase, je me rends compte qu’elle est fausse, du moins pour le genre littéraire : je n’avais jamais rien lu de ce genre-là donc, on ne peut pas vraiment parler d’adepte et rien ne me destinait à lire ce livre. Mais la bibliothèque et ma curiosité naturelle sont passées par là. Petit tour d’horizon à Beverly, Massachussetts chez les Barrett, des gens biens sous tout rapport…

Couverture Possession

Possession, un roman à vous faire Tremblay de peur.

Voilà, il fallait que je la fasse, je l’ai faite, elle est casée, passons à autre chose s’il vous plait. Surtout qu’en plus, ce n’est pas un roman qui fait si peur que ça – et je ne dis pas ça parce que la lecture est derrière moi. C’est vraiment mon ressenti. Du coup, je me dis qu’il faudrait peut-être retenter l’expérience en lisant le soir, dans le noir à la lumière d’une lampe de bureau ou une lampe de poche… Je ne sais pas, je me demande comment Stephen King a procédé ? Parce que oui, la couverture annonce la couleur :

« Possession m’a vraiment fait trembler de peur. Et sachez que pour me faire peur, il faut se lever de bonne heure. » Stephen King

Ouais. Bon… C’est un argument de vente comme un autre mais ce n’est pas trop convaincant de mon point de vue ; j’ai appris à me méfier des critiques et des avis qui encensent de manière exagérée une œuvre, peu importe le support d’ailleurs. J’étais assez septique et la quatrième de couverture n’était guère mieux, qualifiant le roman de « nouveau classique de l’horreur » après Rosemary’s baby et l’Exorciste, excusez du peu. Et pourtant, cela a fonctionné, très bien fonctionné même, puisque je l’ai lu en DEUX jours ! On s’approche d’un record, je pense. En fait, ce qui a fait basculé mon envie de lire ce livre en particulier, c’est la lecture de plusieurs articles (de WordPress) sur le sujet. Moralité : faites un blog, c’est utile !

Blague à part, j’ai beaucoup aimé cette histoire, vraiment beaucoup. Je ne peux quand même pas dire que j’ai adoré au point d’en faire le livre de l’année mais pas loin, parce que, et c’est la force de ce livre : il y a un vrai fond, ce n’est pas juste une histoire banale de possession démoniaque d’une jeune fille (que l’on suppose pure et innocente) comme veut bien nous le faire croire la quatrième de couverture qui présente ce qui suit :

« La famille Barrett mène une vie ordinaire à Beverly, une banlieue tranquille de Boston, Massachusetts, jusqu’au jour où leur fille de quatorze ans, Marjorie, commence à manifester les symptômes d’une étrange schizophrénie. Alors que des évènements de plus en plus angoissants se produisent, les Barrett décident de faire appel à un prêtre qui ne voit qu’une solution : l’exorcisme. A court d’argent, la famille accepte l’offre généreuse d’une chaine de télévision qui propose de suivre les évènements en direct. L’émission connait un succès sans précédent. Pourtant, du jour au lendemain, elle est interrompue sans explication. Que s’est-il passé dans la maison des Barrett ? »

Possession, Paul Tremblay, Quatrième de couverture ; Ed. Sonatine 2015, 2018 pour la présente traduction.

Je meure d’envie de vous le dire, ce qui est arrivé dans cette maison… mais disons juste que la pirouette de la fin n’a rien à voir avec ce qu’on imagine. Tout ce que je peux faire éventuellement, c’est me permettre d’insister sur certains points qui ont leur importance et qui ne révèlent rien de l’intrigue, évidemment.

Premier point : cette histoire un peu glauque certes, est racontée du point de vue de Merry, une enfant de huit ans qui ne comprend pas ce qui se passe autour d’elle ou du moins, elle comprend ce qui se passe à hauteur d’yeux d’enfant. Ce qui fait qu’en tant que lecteur, nous sommes autant paumés et effrayés que la pauvre Merry, qui se retrouve embarquée dans un truc qui la dépasse complètement. A huit ans, Merry aspire juste à vivre heureuse au milieu d’une famille aimante et d’un cocon protecteur comme toutes les petites filles de son âge.

Deuxième point : toujours dans cette histoire un peu glauque mêlant télé-réalité et exorcisme, vient se greffer une bloggeuse du nom de Karen Brissette et qui se fait connaitre sur la toile grâce à ses articles sur le paranormal et la culture populaire autour des films d’horreur. Ces éléments et ce personnage apportent une réelle profondeur au roman ; profondeur que je n’attendais pas le moins du monde à propos et je crois que cela a vraiment fait pencher la balance du bon côté me concernant.

En résumé, ce livre est diablement bien construit (pardon mais c’est vrai) : c’est fin, c’est intelligent et l’histoire sert un propos et une réflexion sur un sujet d’actualité – la place de la télé-réalité dans notre société contemporaine, sans oublier bien sûr la place prépondérante de son homologue qu’est Internet. Et en plus de tout cela, on ne s’ennuie pas une seconde à cause de l’agitation causée par le comportement étrange de la jeune Marjorie.

Possession, maintenant un livre, ensuite un film ?

Oui et honnêtement entre nous, Hollywood aurait tord de se priver d’une rentrée d’argent potentiellement colossale : Hollywood ADORE les films d’horreur. Je m’en serai bien passé mais au fond, je ne suis pas contre. Le livre est très bien donc sur papier, oui pourquoi ne pas en faire une adaptation cinématographique… Oui mais… A condition que cela soit bien fait. La seule information dont je dispose à l’heure actuelle c’est que c’est la Team Downey qui va produire ce film ; c’est un peu maigre comme information et j’espère vraiment que Robert Downey Jr. et son épouse n’en feront pas n’importe quoi puisque l’horreur n’est clairement pas le seul sujet de ce livre que j’ai trouvé passionnant, vous l’aurez compris. Affaire à suivre donc…

Littérature

[Contemporain] Killeuse

La littérature, cette science inexacte. C’est toujours étonnant de voir l’effet d’un même livre sur deux personnes différentes. Les avis peuvent être concordants ou à l’inverse complètement divergents et pourtant, il s’agit bien du même livre écrit par le même auteur. Dans ce cas là, il est bien difficile d’expliquer pourquoi le livre a plu à l’une des personnes et pas à l’autre. Toute la beauté et la complexité de la littérature en somme.

J’ai tenté de lire le dernier roman de Jonathan Kellerman, Killeuse, sans succès. Pourtant sur le papier, cela s’engageait bien et paraissait prometteur : couverture attrayante, la quatrième de couverture proposait un résumé rempli de suspens et paraissait tenir la route niveau intrigue, mais le moins que l’on puisse dire c’est que la sauce n’a pas pris de mon côté. Pourtant j’étais enthousiaste et j’avais envie de lire ce livre, vraiment.

Couverture Killeuse

Killeuse raconte l’histoire du Dr Grace Blades, psychologue qui est très impliquée dans sa carrière et dans la réussite du traitement de ses patients quitte à passer à côté de tout le reste au niveau vie sociale. Grace est une professionnelle brillante et reconnue et il n’est pas rare que certaines personnes fassent des kilomètres et traversent des Etats entiers pour bénéficier de son expertise. Cependant, bien qu’elle soit brillante Grace à la particularité (je ne sais pas comment le dire autrement), de lever des hommes dans des bars ou autres lieux publics. Je vous laisse imaginer la suite… bref, la psychologue suit sa petite routine jusqu’au jour où sa proie d’un soir se trouve être son patient du lendemain et un cadavre le surlendemain. A partir de là, tout se complique un peu pour le Dr Blades et sa réputation irréprochable.

Honnêtement, je ne sais pas comment vous le vendre mieux sans être péjorative et influencer votre envie ou non de lire cet ouvrage. D’ailleurs, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un mauvais roman policier parce qu’une personne de mon entourage l’a lu à la même période que moi et est rentrée tout de suite dans le roman.

Je ne suis pas entrée dans le roman, ce sont des choses qui arrivent de temps en temps et si je devais tenter d’expliquer pourquoi, je pense que c’est parce que je m’attendais à autre chose ; peut-être quelque chose d’avantage centrer sur un nombre de personnages plus restreint, ou un autre déroulement d’intrigue. De plus, j’ai trouvé le rythme du roman assez inégal : il y a des passages entiers du livre que j’ai dévoré sans me poser de question et d’autres segments où je n’avais qu’une envie : poser le livre et passer à autre chose. Ce que j’ai fini par faire sans être allée au bout des 56 chapitres et 500 pages et quelque du roman. C’est une décision d’autant plus décevante que j’ai quand même lu 40 chapitres avant de me rendre à l’évidence que je ne pourrais pas aller plus loin.

En tout cas, j’espère que ce petit article vous incitera à jeter un œil curieux à cet ouvrage et j’espère que également qu’il vous donnera envie de le lire, dans un futur plus ou moins proche. A ce propos, si par le plus grand des hasards vous avez lu ce livre de Jonathan Kellerman, j’aimerai beaucoup savoir ce que vous en avez pensé, histoire de voir si le blocage vient de moi.

 

Littérature

[Contemporain] Paul Watson – Sea Shepherd, le combat d’une vie.

En un an et demi d’existence sur la blogosphère, c’est sans aucun doute le livre le plus polémique que j’ai lu jusqu’à présent. Ce livre est polémique parce que le sujet, Paul Watson et par extension l’association de défense des océans qu’il a crée -Sea Shepherd-, fait polémique. Pour faire court et sans doute un peu caricaturer la chose : on aime ou on n’aime pas Paul Watson et les actions qu’il mène pour la défense des océans. Au départ d’ailleurs, je n’étais même pas certaine de vouloir rédiger sur le sujet, ne voulant pas que mon blog devienne un espace politisé à outrance… Seulement voilà : ce livre est un des plus intéressant qu’il m’est été donné de lire dernièrement et je trouvais sincèrement dommage de ne pas en parler ici. Après tout, ce blog est avant tout un espace de découvertes et de partages.

9782344025109-L[1]

Pourquoi j’ai lu ce livre

La première raison qui me vient à l’esprit, c’est la curiosité. Je connaissais Sea Shepherd (et son fondateur) seulement de nom, comme beaucoup de monde je pense. Je savais que cette association était renommée pour ses actions spectaculaires en faveur de la faune marine. D’ailleurs je n’avais pas vraiment d’avis sur c’est bien/pas bien de faire ce qu’ils font et de la manière dont il le font mais au moins je n’avais a priori négatif sur la question. J’avais vu cet ouvrage à la bibliothèque, mis en avant sur un présentoir pour cause de nouveauté mais pas de quoi susciter mon envie de sauter le pas…

… jusqu’à cette deuxième raison (qui a renforcer d’avantage ma curiosité vis-à-vis de Sea Shepherd) : la tristement médiatisée « affaire des phoques du Touquet ». Petit rappel pour ceux qui n’auraient pas suivi : début mai, 3 cadavres de phoques ont été retrouvés sur la plage et Sea Shepherd a fait savoir qu’elle offrirait 10 000 euros à quiconque aurait des informations sur l’auteur de ces atrocités barbares. Cette nouvelle m’a profondément écœurée, d’autant que je jour-même j’ai croisé un chien battu sur le trottoir en rentrant chez moi.  J’aime profondément les animaux et la maltraitance animale, quelle que soit sa forme et quelle que soit l’espèce touchée, cela me révulse au plus haut point et c’est réellement quelque chose que je ne conçois pas.

Pourquoi vous devriez le lire aussi

Je ne cherche pas à faire du prosélytisme mais ce livre est réellement très intéressant et plutôt bien écrit. Sans compter qu’il se lit rapidement. J’ai appris des choses et des pratiques dont j’ignorais l’existence et je connais un peu mieux Paul Watson et Sea Shepherd grâce au travail fourni par Lamya Essemlali, auteur du livre et directrice de Sea Shepherd France. Evidemment, il s’agit d’une version des faits et d’une vision spécifique des choses et je pense qu’il faut quand même rester prudent et ne pas tomber dans un excès d’adoration ou de détestation (si on n’est pas d’accord avec les propos tenus dans le livre) suite à la lecture de ce livre. Cela dit, je trouve que c’est une bonne chose que Sea Shepherd existe et s’investisse autant dans la protection et la conservation des espèces marines parce que je ne suis pas sûre que d’autres en ferait autant pour ces animaux.

Enfin, pour terminer Paul Watson livre quelques conseils afin de résister au stress et à ces conséquences – pages que j’ai lu avec une attention particulière étant moi-même une habituée des épisodes de stress. Reste à voir si j’arriverai à appliquer ses conseils… mais je me suis dit que ce serait une bonne idée de partager sa philosophie sur cette question avec vous, si jamais vous êtes aussi confronter au stress.

« Le message de mon propos est le suivant : ne laissez pas le stress ruiner votre santé, votre amour ou votre vie. N’ayez pas de crainte et vivez l’aventure, cette aventure qu’est la vie. Et c’est probablement la seule vie que vous n’aurez jamais. Même si vous croyez dans la vie après la mort (oh ! ne stressez pas à ce sujet), le fait est que vous n’en serez jamais certain, donc ne gâchez pas l’unique vie que vous êtes sûr d’avoir. » – Paul Watson

Paul Watson Sea Sheherd, le combat d’une vie. Lamya Essemlali, p. 278 ; éd. Glénat, coll. Hommes et océans. 2017

Article commencé le 24/05/18

Littérature

[Contemporain] La Bibliothèque noire

Un des avantages de faire son stage en médiathèque, c’est de pouvoir lire des ouvrages en relation avec le mémoire de stage et la problématique de ce dernier. C’est pour cette raison que j’ai suivi les recommandations de ma collègue et que j’ai emprunté (et lu) La Bibliothèque noire de Cyrille Martinez, un livre que je n’aurais jamais lu autrement et dont j’aurais probablement ignoré l’existence. Et pour cause…

La Bibliothèque noire, un roman ?

Pas si sûr… Laissez-moi vous expliquer. Certes, ce petit livre est rangé dans la catégorie « Roman » mais au fil des pages, je me suis aperçue que je ne considérais pas ce livre comme un roman mais plutôt comme un hybride entre une sorte d’essai retraçant l’histoire de la lecture publique, de la science-fiction et un plaidoyer en faveur des livres et de la lecture.

Cette lecture m’a intéressée mais ce n’est pas un livre dont je me souviendrais je pense. D’une part, parce qu’il n’y a pas vraiment histoire, bien qu’à un moment il y ait une vague histoire de disparition suspecte mais cette piste pourtant intéressante n’est pas exploitée plus que ça… en fait, un des problèmes je pense, c’est que toutes les pistes sont exploitées et le récit à tendance à partir dans tous les sens sans but précis. Le livre par dans tous les sens et la lectrice que je suis à fini par se perdre et je me suis demander plus d’une fois où l’auteur voulait en venir. Puis j’ai fini par comprendre et j’en suis venue à la conclusion qu’il avait une drôle de façon d’atteindre son but : défendre la lecture et les livres mais bon, après tout pourquoi pas.

9782283031155-94717[1]

Le livre m’a autant amusée que gênée. Sûrement parce que l’auteur décrit des vérités que je retrouve dans mon quotidien du fait de mon stage mais il y a quelque chose qui me gêne un petit peu – l’auteur semble privilégier et accorder ses faveurs seulement à  certains types de lecteurs et certains types de livres… comment dire ? A titre personnel, je suis très contente de voir les personnes dont il se moque plus ou moins gentiment dans son livre à la médiathèque. Ces personnes participent à la vie d’une bibliothèque, qu’elles lisent ou non ! Et ce fantasme du tout-numérique qui supplanterait le support papier… Mouais. Non. D’ailleurs, toujours dans cet aspect de science-fiction, cet ouvrage m’a rappelé un autre ouvrage de science-fiction : La Maison enragée de Richard Matherson, ouvrage dans lequel tous les objets de la maison finissent par prendre vie. Même phénomène dans La Bibliothèque Noire : les livres mènent leurs petites vies et c’est un peu troublant au départ, ça finit par être amusant.

« Que se passe-t-il dans les bibliothèques la nuit, derrière les portes closes et les banques de prêt désertes ? Les lecteurs choisissent-ils leurs livres, ou est-ce plutôt l’inverse ? Vient-on en bibliothèque pour travailler, voyager, ouvrir ses mails ou avoir chaud ? Et si la bibliophilie était un sport de combat ?

Partant de l’univers policé de la Grande Bibliothèque et retraçant l’histoire de la lecture publique, ce roman nous mène jusqu’aux forêts urbaines où s’échafaude l’utopie d’une bibliothèque noire, sauvage, avec la liberté de lire et d’écrire pour unique mot d’ordre.

On a planté une forêt au milieu de la Bibliothèque. Drôle d’idée. Si j’avais eu mon mot à dire, j’aurais fait l’inverse : une bibliothèque au cœur d’une forêt.  »

La Bibliothèque noire, Cyrille Martinez, Quatrième de couverture, Ed. Buchet-Chastel, coll. Qui Vive; 2018.

Littérature

[Contemporain] Meurtres à Willow Pond

Couverture Meurtres à Willow Pond

A l’occasion de Quai du Polar, qui s’est tenu à Lyon début Avril (les 6 et 7 Avril je crois), j’ai eu une requête bien particulière : puisque ma mère se rendait sur place pour faire le plein de romans policiers, je lui ai demandé si elle pouvait me trouver un livre en particulier : Meurtres à Willow Pond de Ned Crabb dont j’avais lu le Prologue sur le site de l’éditeur et cette lecture a éveillé mon intérêt autant que ma curiosité.

Une fois le roman en ma possession, je n’ai pas résisté bien longtemps à l’appel des sirènes ; j’ai dû tenir un jour à tout casser et puis j’ai fini par mordre à l’hameçon (le jeu de mots est intentionnel), et je n’ai quasiment pas lâcher l’ouvrage. Au diable mes lectures en cours – de toute façon, il faudra que je reprenne La servante depuis le début parce que ma lecture s’est exagérément étendue dans le temps… Je ne sais pas si c’est navrant ou indécent de faire trainer une lecture autant… ? Mais bref, ce n’est pas le sujet de cet article ici présent.

Je vais plutôt vous parler de Meurtres à Willow Pond, livre devant lequel je suis quasiment en admiration que c’en serait presque ridicule si le livre n’était pas aussi captivant d’un bout à l’autre, autrement dit sur 405 pages.

« Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible jusqu’au jour où ils partent en week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer. Agée de soixante-dix-sept ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vielle dame a justement convoqué ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle s’apprête à modifier son testament. Au lodge, l’atmosphère devient électrique. Tandis qu’un orage se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtres »

Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb, Quatrième de couverture. Ed. Gallmeister ; 2014.

Il aura fallu attendre 2016 pour la traduction et 2018 pour la présente édition, que je trouve très soignée avec une superbe illustration qui colle aux propos et intrigue (ce qui donne envie d’en savoir plus). C’est seulement le deuxième roman de Ned Crabb, et son dernier aussi : il est mort l’année dernière, à l’âge de 78 ans.

 Six et Alicia Godwin donc, sont tous les deux professeurs d’université à la retraite et coulent des jours paisibles à Winsokett Pond dans le Maine, profitant d’un cadre de vie idyllique en bord de lac. Tous les deux s’adonnent à leur activité favorite : la pêche. D’ailleurs, qui a dit que la pêche était un loisir ou un sport relaxant ? C’est ce que je pensais avant d’avoir fait la connaissance de la famille Seldon mais… si vous lisez ce livre, vous verrez bien que la pêche, ce n’est pas si tranquille et reposant que ça en à l’air – surtout quand il est question d’un héritage colossal (plusieurs millions de dollars en question) dans une famille où les membres se détestent à s’étriper. Digne d’un Agatha Christie, avec quelque chose en plus !

Comme je vous le disais plus haut, j’ai littéralement dévoré ce livre. Je l’ai fini hier au soir, assez tard d’ailleurs, et il ne m’aura fallu que 8 jours pour le lire. C’est très bien écrit et très bien traduit pour le coup (enfin, ce n’est qu’une supposition mais au vu du nombre important d’insultes et autres passages assez explicites, je pense que la traduction française vaut le texte original), le rythme est suffisamment rapide pour que le lecteur ne s’ennuie pas mais suffisamment lent par moment pour suivre les réflexions et les pensées des personnages. De plus, tout ne tourne pas autour des meurtres et c’est appréciable. Il est beaucoup question de sexe et d’amour ; ces thèmes dérangeront peut-être certains d’entre vous mais ils apportent du relief à ce roman. C’est une des choses qui m’a le plus plu dans ce livre, sans parler de la nature évidemment.

La nature est omniprésente dans ce roman et Ned Crabb s’en amuse de la meilleure des façon. Le cadre de bien des atrocités est souvent enchanteur et bucolique. Cela dit, l’auteur prend également un malin plaisir à nous rappeler qu’en fin de compte, nous sommes bien peu de choses face à la puissance de Dame Nature.

Pour résumer et pour finir, ce livre est pétillant, rempli d’humour et d’amour, avec des scènes d’actions dignes des plus grands scénarios hollywoodiens. C’est également une ode à la tranquillité et aux bienfaits de la vie au grand air, mais vous en saurez plus si vous osez plonger dans les eaux troubles de Willow Pond…

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Dans la forêt

Après une pause de plus de deux mois concernant mes lectures, j’ai repris doucement mon rythme avec la lecture en deux semaines de Dans la forêt (Into The Forest en anglais) de Jean Hegland. Il a fallu attendre vingt ans pour que ce roman écrit publié en 1997 aux Etats-Unis paraisse en France aux Editions Gallmeister, spécialisée dans la littérature américaine qui met l’accent sur la nature et les grands espaces. Le premier roman de Jean Hegland n’y a que toute sa place.

Couverture Dans la forêt

Dans la forêt

Ce livre raconte la vie de deux sœurs, Eva et Pénélope « Nell » (Nellie parfois), après la mort tragique de leurs parents et comment les deux adolescentes tentent de survivre dans leur maison, perdue au milieu de la forêt californienne dans un monde progressivement dépourvu du confort que nous connaissons – plus d’essence, plus d’électricité et tout ce qui en découle.

Ecrit il y a vingt ans, ce livre pourrait avoir été écrit hier, tellement certains aspects de ce dernier font écho au monde de 2018. On finit par se dire que ce qui se passe dans ce roman pourrait bien arrivé dans la vie réelle – bien qu’on ne sache pas exactement quel évènement dramatique est à l’origine de ces pénuries successives. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre je crois, cet aspect profondément contemporain et moderne pour son temps.

Cela dit, comme beaucoup de roman d’anticipation, malgré ce côté plaisant et attrayant de cette modernité, le roman n’en demeure pas moins glauque, sombre voire effrayant – exactement comme les deux facettes d’une forêt ou d’un bois. C’est une lecture quelque peu dérangeante, déconcertante par moment. A ce propos, je suis plutôt mitigée en ce qui concerne l’avis final que j’ai sur cette histoire et j’ai beaucoup de mal à avoir un avis définitif et tranché sur ce livre. Je peux cependant vous expliquer pourquoi.

Des livres qui racontent des histoires glauques, des histoires sombres et dérangeantes, j’en lirai d’autres. Ce n’est pas cela le problème, ce n’est pas non plus le fait que ce soit un roman d’anticipation. Bizarrement c’est une petite phrase, une toute petite phrase, au milieu d’un roman de 300 pages qui a plombé mon enthousiasme et bien évidemment, je ne vais pas vous dire de quoi il s’agit par peur de vous gâcher votre envie de lecture mais on m’a toujours dit que tout ce qui se passait dans un roman devait servir l’histoire et être utile à l’évolution du ou des personnages à un moment ou à un autre. Or, dans ce cas précis il ne se passe rien. L’évènement découle du précédent mais ce n’est pas logique et de mon point de vue, cela n’enrichi en rien l’histoire d’une manière ou d’une autre. Je n’ai peut-être pas tout compris mais j’ai eu l’impression que l’auteur couchait sur le papier un de ses fantasmes et reprenait ensuite le cours de son récit où elle l’avait stoppé.

Hors mis ce petit détail que certains jugeront sans importance, j’ai beaucoup aimé le style d’écriture, d’une précision quasiment chirurgicale mais néanmoins très fluide, d’autant que le roman n’est pas très épais. J’ai réellement eu l’impression d’être entourée de séquoias par moment ou de me sentir menacée dans cette étendue immense d’arbres. Au final, je dirais que ce livre représente d’avantage une ode à la nature (imposante mais fragile) qu’un message d’espoir et qu’il faut le lire pour cette raison-là puisqu’en fin de compte nous sommes peu de chose à côté d’un arbre millénaire.

« Quelle que soit la façon dont nous mourrons, nous mourrons ici. Seules. Il n’y aura pas d’inscription à Harvard, pas de début avec le San Francisco Ballet. Il n’y aura pas de voyages, pas de diplômes, pas de rappels. Il n’y aura plus d’amants, pas de maris, pas d’enfants. Personne ne lira jamais ce journal sauf si ces fichues poules apprennent à lire.

 Bien sûr ce genre de choses arrive tout le temps. J’ai suffisamment étudié l’histoire pour le comprendre. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et refugiés, luttant pour trouver à manger, pour se défendre de la famine et des maladies et des maraudeurs tandis que les herbes folles poussent à travers les planchers des palais et que les temples tombent en ruine. Regardez Rome, Babylone, la Crète, l’Egypte, regardez les Incas ou les Indiens d’Amérique.

Et même si ce n’est pas une autre civilisation vieille de deux mille ans qui arrive à sa fin, regardez toutes les petites dévastations – les guerres et les révolutions, les ouragans et les volcans et les sécheresses et les inondations et les famines et les épidémies qui remplissaient les pages lisses des magazines que nous lisions autrefois. Pensez aux photos des survivants blottis les uns contre les autres au milieu des décombres. Pensez à l’Amérique du Sud, à l’Afrique du Sud, à l’Asie centrale, à l’Europe de l’Est, et demandez-vous comment nous avons pu être aussi suffisants. »

Jean Hegland, Dans la forêt, pp. 188-189. Ed. Gallmeister (2017)

Note : Pour ceux d’entre vous que ça intéresse, sachez qu’une adaptation cinématographique existe : Into the Forest réalisé par Patricia Rozema avec Ellen Page et Evan Rachel Wood dans les rôles titres. Le film est sorti en 2015.

 

Littérature

[Contemporain] Les Derniers jours de Rabbit Hayes

J’aurais peut-être dû choisir un autre livre pour le dernier article littéraire de l’année… Cela dit, je n’avais qu’à m’en tenir à ma liste et ne pas prendre le retard que j’ai accumulé ces derniers mois. Au moins, quand j’ai acheté ce livre, je savais à quoi m’attendre : tout était dans le titre et dans le résumé en quatrième de couverture, donc à partir de là, aucun moyen de se plaindre et de geindre que l’on est floués sur la marchandise. Dans ces cas-là il ne reste qu’une chose à faire en tant que lecteur ou dans mon cas lectrice, et c’est de lire le livre. Ce que j’ai fait en 8 jours.

Les Derniers jours de Rabbit Hayes, un premier roman en demi-teinte pour Anna McPartlin

J’avais beau savoir dans les grandes lignes de quoi il en retournait, mon ressenti sur ce livre est en fait très changeant et je ne sais pas si c’est une bonne chose lorsque l’on doit rédiger un article derrière. En fait mon ressenti va de paire avec l’achat du livre et je me souviens comment ça s’est passé et peut-être que l’achat lui-même aurait dû me mettre la puce à l’oreille, j’en sais rien. Toujours est-il que la première fois que j’ai aperçu ce livre dans ma librairie fétiche, il était mis en avant et j’ai immédiatement flashé sur cette adorable couverture fleurie très flashy. Mais vous connaissez le proverbe aussi bien que moi, non ? Celui sur la couverture… donc j’ai lu consciencieusement le résumé en quatrième de couverture et on aurait dit que je m’étais brulée ou quelque chose comme ça, tellement j’ai reposé l’ouvrage à sa place précipitamment. Je ne me souviens plus si je suis ressortie de la librairie avec des livres sous le bras ce jour-là mais en tout cas, il n’en faisait définitivement pas partie. Et puis je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais quelques temps plus tard, j’y suis retournée dans ma librairie et ce roman était toujours-là, à me faire de l’œil avec sa couverture pimpante. J’ai donc relu le résumé et cette fois, je suis passée à la caisse le livre, sous le bras (sans doute avec d’autres d’ailleurs, j’achète rarement un seul livre). Qu’est-ce que je risquais ? Au mieux, ce serait une agréable surprise qui vaudrait un article assez dithyrambique ici et au pire, je rejoindrais la liste des gens qui achètent leurs livres sur un critère : la couverture, et sont déçus parce qu’il ne s’attendaient pas à ça avec en prime l’article qui va avec. Mais dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça…

Couverture Les Derniers jours de Rabbit Hayes

J’ai fini ma lecture il y a peut-être une demie heure (il est 21h au moment où j’écris ces quelques lignes), ou peut-être plus… et je suis perplexe : je suis tellement partagée sur ce livre que je ne sais absolument pas par quoi commencer : les points positifs ou les points négatifs ?… Je sais bien que quoi qu’il en soit, mon article influencera votre envie ou non de lire ce livre. Néanmoins, je ne voudrais pas donner une teinte trop négative à cet article au risque de vous faire fuir, ni être trop positive car ce ne serait pas cohérent avec mon ressenti et avec l’histoire qui est une histoire triste, rappelons-le encore une fois. Je crois que je vais improviser, sans trop essayer de lister les arguments positifs ou négatifs ; après tout, ce roman est fait de beaucoup choses qu’elles soient positives ou négatives et puis chaque ressenti est unique. Je vous livre le mien, ensuite ce sera à vous de vous faire votre idée si ce roman vous intrigue suffisamment.

« Neuf jours. C’est ce qu’il reste à vivre à Mia Hayes, surnommée affectueusement ‘Rabbit’. Neuf jours, après plusieurs mois de combat – parce que Rabbit est une battante, une Irlandaise bien trempée. A son chevet, famille et proches se relaient en un joyeux ballet de souvenirs. Entre silences, gaffes et fous rires, toutes la vie de Rabbit ressurgit alors : l’enfance, l’adolescence, Johnny son grand amour, et Juliet sa fille de 12 ans – une certaine idée du bonheur… Au fil des jours tous s’interrogent sur leur vie et accompagnent Rabbit dans un voyage émotionnel d’une grande intensité. Quel meilleur bagage pour partir vers la lumière ? »

Anna McPartlin, Les Derniers jours de Rabbit Hayes, Quatrième de couverture. Ed. Pocket.

Je reconnais que l’histoire se tient, notamment grâce à la temporalité et aux nombres de personnages réduits, ce qui permet de ne pas perdre le fil. Seulement la narration à la troisième personne m’a un peu dérangée dans le sens où je crois qu’en tant que lectrice, j’aurais préféré un point de vue interne pour chaque personnage et pas une narration à la troisième personne centrée sur chacun des personnages tour à tour. La narration à la troisième personne amène toujours une distance entre le récit et le lecteur je trouve, et j’ai le sentiment que l’histoire perd en intensité et en émotion.

Ensuite, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à certains personnages. Je pense à Molly, la mère de Rabbit. Pourtant elle est décrite avec des qualificatifs qui me plaisent beaucoup d’habitude : un peu excentrique, aimante, entière et j’en passe mais je n’ai vraiment pas accroché et c’est dommage parce que c’est un des personnages centraux, étant donné son rôle dans l’histoire. Heureusement que des personnages comme le frère ou la meilleure amie de Rabbit sont plus accessibles et rendent la lecture un petit peu plus drôle et plus agréable. Cela dit à ma décharge et heureusement : je n’ai jamais été confrontée au cancer directement. Je ne peux pas savoir comment je réagirais face à cela – je ne veux pas le savoir d’ailleurs mais peut-être que je réagirais de la même façon que l’un ou l’autre des personnages. Donc je pense pouvoir affirmer que les personnages dépeints dans ce roman sont plutôt réalistes malgré tout.

Enfin les situations s’enchainent logiquement et le rythme est bon, on ne s’ennuie pas et il n’y a pas de flottements (si l’on exclu l’envie que l’on a de secouer certains personnages par moments). Et chose non négligeable, le livre se lit rapidement et aucune page n’est superflue, le tout sans être larmoyant et plombant. Si jamais vous voulez lire ce livre, notez bien que les 15 dernières pages sont absolument magnifiques et bouleversantes, ce qui contribue à la fois au déséquilibre du récit, autant qu’à rattraper une histoire assez moyenne et qui ne restera pas dans les mémoires. Mais ces 15 dernières pages font partie des meilleures pages que j’ai jamais lu.

Article rédigé le 28/12/17

Littérature

[Contemporain] Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Couverture Et que le vaste monde

Rien que le titre devrait vous donner envie de le lire. C’est d’ailleurs la seule et unique raison qui m’a poussé à acheter ce livre quand je suis tombée par hasard dessus. Petite plaisanterie à part, il est quand même moins facile à lire que Les saisons de la nuit pour des raisons que je vais détailler plus bas. Mais dans l’ensemble, c’est un bon livre et j’ai passé un agréable moment de lecture.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

C’est d’abord l’histoire de gens qui se croisent sans forcément se connaître, dont les destins se croisent ou se croiseront au fil des pages, au fil des histoires. Encore une fois, Colum McCann s’arrête sur des personnages qu’il façonne dans le détail et avec précision et qui ne mériteraient sans doute pas toute cette attention si ce n’était pas cet auteur qui les décrivait. Pas de sans-abris cette fois, mais un funambule, des prostituées, un « moine » en plein doute de ses croyances, la guerre du Vietnam avec son lot de morts inutiles et les familles endeuillées qui continuent de vivre malgré le manque, malgré l’absence… Je pourrais encore allonger la liste de toutes ses histoires qui se croisent et se décroisent mais mon article n’aurait plus d’utilité.

L’auteur s’adapte à l’histoire qu’il raconte et c’est appréciable mais aussi très déstabilisant. Je n’ai pas trouvé que c’était un livre facile à lire dans le sens où je ne suis pas rentrée directement dans le roman ; les 80 premières pages ont été un calvaire pour moi et puis passé ce cap, tout est allé mieux et j’ai pu poursuivre ma lecture assez tranquillement. Cela dit, cette technique de changer de point de vue selon le chapitre rend le roman inégal et certains chapitres semblent interminables alors que d’autres aussi longs voire plus, se lisent tout seul. C’est un peu regrettable et j’ai dû lutter contre l’envie de lire certains chapitres en diagonale, une ou deux fois. Mais je ne l’ai pas fait parce que quoiqu’il en soit, Colum McCann arrive à rendre une situation anodine ou terrifiante, poétique et c’est une chose que j’adore chez cet auteur. A mon sens, c’est un livre qu’on lit aussi et surtout pour son atmosphère, en l’occurrence ici celle de New York.

« Il avait raté le spectacle et s’en mordait les doigts. Loupé de quelques minutes, voire de quelques secondes. Il avait pris le taxi jusqu’au Palais. Le chauffeur était noir, maussade, il faisait gueuler son autoradio, la voiture sentait la marijuana. Ca devenait écœurant à force, impossible de se véhiculer proprement dans cette ville. Une musique de rastafari sur le lecteur de cartouches. Un type l’avait déposé à l’arrière du bâtiment. Passant devant les bureaux du procureur, Soderberg s’était arrêté à la porte latérale, à cornières, réservée aux juges – seule concession qu’on leur ait faite, pour qu’ils ne se retrouvent pas mêlés aux gens ordinaires. »

Colum McCann, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, p.341, ed. 10/18. 2009

Littérature

[Contemporain] 13 raisons

Vous avez sûrement entendu parler de ce livre ou si vous êtes un assidu de Netflix, de l’adaptation en série. J’ai décidé de comparer les deux en soulignant à mon sens, les points forts et les points faibles (s’il y en a) de chacun pour savoir si l’un l’emporte sur l’autre et pourquoi.

13 raisons, le livre.

Couverture 13 raisons

Autant être clair dès le début : c’est un livre que je n’ai pas lâché du début à la fin. J’ai lu les 276 pages du roman en 2 jours la semaine dernière. Dans l’ensemble l’intrigue se tient et est malheureusement tout à fait réaliste concernant certaines choses, pour d’autres c’est plus discutable mais je vais y revenir.

Pour moi, le point fort principal du livre réside essentiellement dans son intrigue. Le quotidien de Clay Jensen vole en éclat lorsque qu’il trouve une boite à chaussures contenant 7 cassettes audio (toutes numérotées de 1 à 13) quand il rentre du lycée. D’abord curieux, il ouvre le paquet et cherche comment écouter les cassettes puis c’est le coup de tonnerre quand il se rend compte que c’est sa camarade de classe Hannah Baker (qui s’est suicidée) qui les a enregistrées ; elle y mentionne 13 raisons qui ont de près ou de loin influencé son geste… Clay retrace alors avec elle les derniers mois de sa vie en se laissant porter par cette voix parfois heureuse, parfois triste mais souvent blessée et souvent résignée.

C’est un point fort parce que l’intrigue est construite comme un thriller ou un roman policier : au fur et à mesure que l’on avance, on a envie de savoir quelles sont ces 13 raisons et pourquoi elles figurent sur ces cassettes. De ce point de vue, le livre est très réussi et tient ses promesses. L’autre point fort, ce sont les thèmes abordés par Jay Asher qui sont malheureusement d’actualité, notamment chez les jeunes, public visé en premier lieu par l’ouvrage. Le suicide bien sûr, mais aussi et surtout le harcèlement moral et physique que subissent certaines personnes au lycée ou en dehors avec un focus sur les filles puisque le personnage principal de l’histoire est une ado de 17 ans, poussée à bout à cause de tout un tas de facteurs différents.

Malheureusement pour le livre de Jay Asher, il y a quelques points faibles qui découlent de ces points forts. Le premier étant bien sûr que ce n’est pas un livre tout public et qu’il faut absolument que le lecteur soit un lecteur averti. Il faut avoir du recul et un sens critique développé pour ne pas se retrouver « coincé » et submergé par ses émotions. Cependant, ce n’est pas vraiment un point faible puisqu’il suffit d’en être conscient et de ne pas lire n’importe quoi à n’importe quel âge. L’autre point faible du roman qui est cette fois plus problématique, c’est qu’il s’agit d’un huis clos entre adolescents qui se déroule sur une fin de journée/nuit. Cela m’a vraiment choquée parce que les problèmes et les thèmes abordés sont vraiment trop importants pour que les adultes soient mis de côté et n’interviennent pas plus… Après, qu’ils comprennent ou pas ce qu’il se trame c’est autre chose mais dans le livre en tout cas, les adultes sont quasiment inexistants et cela enlève grandement au réalisme selon moi, même si je comprends que le narrateur soit un ado avec ses problèmes. On a le point de vue équivalent mais normalement, ce n’est pas comme ça dans la réalité.

13 Reasons Why: la série.

Et la série dans tout ça ? Pour sûr un coup de maitre de Netflix. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, j’en suis la moitié ou peut-être un petit peu plus. Voilà donc mon ressenti sur la série, tout en ayant lu le livre avant.

arton7953[1]

Premièrement et j’insiste dessus, ce n’est pas une série « Tout Public » et les scénaristes, producteurs et acteurs le soulignent également. Les thèmes abordés sont exactement les mêmes que dans le livres à la différence près que les mots sont remplacés par des images et que les images, par définition, retiennent plus l’attention que les mots, aussi violents soient-ils. Donc si vous vous sentez fragile psychologiquement, cette série n’est pas recommandée. De plus, je pense sincèrement que cette série n’est pas adaptée pour le « Binge watching » (phénomène qui consiste à regarder une saison ou plus en un minimum de temps) parce qu’il faut prendre le temps d’assimiler ce qu’il s’y passe pour en parler à quelqu’un si besoin. Personnellement, je n’en ai pas besoin et comme je suis loin d’être une adepte du « Binge watching », je crois que je ne crains rien.

Paradoxalement c’est un des points forts de la série : parvenir à aborder ces sujets, habituellement tabous en les rendant authentiques et sans tomber dans d’abominables clichés ou raccourcis qui enlèverait de sa puissance à la série. L’équipe s’est entourée de spécialistes afin de retranscrire le plus fidèlement possibles les différentes situations jusqu’à créer parfois un sentiment de malaise chez le spectateur. Cela se ressent mais encore une fois, le livre comme la série s’adresse à un public averti.

Autre point fort : les personnages. Bien entendu, on retrouve les mêmes que dans le livres, voire d’avantage puisque les parents de certains protagonistes sont clairement présents et remarquables. A ce propos, on retiendra la performance de Kate Walsh qui joue Olivia Baker, la mère d’Hannah. S’ils sont plus nombreux, ils sont aussi plus étoffés et c’est appréciable, même si on avait une vague idée du caractère de chacun dans le livre, tout devient plus net avec la série. Je ne peux pas trop me prononcer sur le physique des personnages puisque dans le livre, la description des différents protagonistes est très succincte voire inexistante à l’exception de deux ou trois traits de caractères ; ce n’est pas le but du livre de toute façon.

Le dernier point fort, c’est la cohérence temporelle. Dans le livre Clay Jensen arrive à écouter les 13 cassettes en une nuit, le tout en se baladant dans différents coin de la ville pour se rendre dans des lieux stratégiques de l’intrigue. Pas très cohérent tout ça mais à vrai dire, cela ne m’a dérangé lors de la lecture ; c’est seulement lorsque j’ai commencé la série que je me suis rendue compte du problème. Les scénaristes ont rétabli une temporalité cohérente avec l’action et c’est bien mieux comme ça. D’ailleurs pour les plus curieux, la série fait référence à cela avec beaucoup d’autodérision dans l’épisode 3.

Sinon évidemment, même avec des points forts, toute série a des points faibles. On peut d’abord considérer ou non, le fait que la série s’adresse à un public averti comme un point faible. J’ai lu quelques articles sur le sujet mais à vrai dire, je ne vois pas en quoi cela représente un point faible puisque les scénaristes, les producteurs (Selena Gomez en tête) et les acteurs ont bien précisés que la série ne s’adressait pas à n’importe qui et il me semble qu’il est important d’aborder certains de ces sujets pour faire réagir. Je reconnais malgré tout que je suis à cent lieues d’imaginer ce qui se passe dans la tête d’une victime de harcèlement mais je suppose que c’est déjà bien de pouvoir aborder le sujet d’un moyen ou d’un autre.

Un autre point faible c’est que la série, malgré les points forts cités ci-dessus, a du mal à démarrer et le spectateur n’embarque malheureusement qu’au bout de plusieurs épisodes. Personnellement, j’ai oublié de regarder l’heure au bout du 5ème épisode.

Dernier point que je range dans les points faibles pour le moment mais j’espère que l’avenir me contredira : le nombre de saison. Je n’ai pas encore fini la saison 1 mais je sais que Netflix a reconduit la série pour une saison et ça me fait peur… parce que je n’ai pas envie que la série soit dénaturée d’une manière ou d’une autre. D’autant que comme je le disais plus haut, c’est un huis clos entre adolescents un peu comme sur le mode de Pretty Little Liars qui est aussi une série visant un public adolescent. Série qui dure encore je crois, bien qu’elle arrive à sa fin. Je fais le parallèle entre les deux, justement parce que j’ai décroché de Pretty Little Liars parce que trop longue et trop répétitive (à mon goût) et je crains que 13 Reasons Why ne suive malheureusement le même chemin. Donc j’espère sincèrement que les scénaristes sauront s’arrêter au bon moment avec une fin adéquate et optimiste, et que les fans de la série quant à eux, sauront se montrer raisonnables.

Alors : livre ou série ?

Bien entendu, le livre et la série sont deux choses complémentaires et j’aime bien les séries en plus de la lecture mais pour cette fois, je vais rester avec l’œuvre de départ : le livre donc. Pas parce que l’adaptation est mal faite ou quoi que ce soit de négatif, c’est même plutôt le contraire. Je suis facilement impressionnable donc je pense pouvoir dire que la série n’est pas pour moi. A tel point que je ne suis pas sûre d’aller au bout de la première saison, et je ne veux pas m’infliger des cauchemars inutilement.

L’avantage avec le livre, c’est que même si l’on comprend l’atrocité des évènements qu’a vécu Hannah, cela reste très vague et ouvert à une interprétation plus ou moins trash des choses alors que justement, la série met en image ce vague et ce sentiment de flottement, ce qui peut accentuer le malaise du spectateur mais c’est le but des images dans une série comme celle-ci.

Et vous plutôt livre, plutôt série ?

Littérature

[Contemporain] Les saisons de la nuit

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour mon absence involontaire ces jours alors que j’avais prévu d’écrire un article sur cet ouvrage bien plus tôt mais je n’ai plus de connexion Internet au domicile familial alors j’ai quelque peu modifié mes plans en espérant que le problème soit assez vite résolu du côté de l’opérateur. Cependant, je ne suis pas revenue pour vous parler des aléas d’Internet dans le détail mais pour vous présenter le livre que j’ai terminé en tout début de mois (le 4 mai), Les saisons de la nuit de Colum McCann.

Couverture Les saisons de la nuit

Je tiens à préciser que c’est une relecture et que c’est un livre que j’avais beaucoup aimé mais que j’avais eu un peu de mal à finir à l’époque. Cette fois-ci ce fut plus rapide et j’ai eu moins de difficulté à plonger dans une des deux histoires, peut-être parce que je lisais deux chapitres par jour mais avec grand plaisir. Le livre compte 320 pages pour 14 chapitres pas toujours équivalents.

Les saisons de la nuit donc, écrit en 2007 et qui a révélé son auteur Colum McCann au grand public, suit en premier lieu deux personnages dans deux époques bien différentes avec pour fil conducteur le tunnel qui passe sous l’Hudson à New-York. La première histoire raconte la vie de Treefrog (rainette en français), un sans-abri qui tente de survivre à l’hiver glacial de 1991 et qui a trouvé refuge dans un renfoncement du tunnel. Le narrateur nous raconte les journées de cet homme, tombé plus bas que terre (au sens propre comme au sens figuré), son existence faite de petits rien qu’il partage avec plusieurs compagnons d’infortune.

Couverture Les saisons de la nuit 2

La deuxième histoire est beaucoup plus lumineuse sans être plus légère sur le fond. Elle retrace la fictive de Nathan Walker, ouvrier Noir sur le chantier du tunnel en construction. J’ai trouvé cette histoire plus intéressante à lire bien que les deux soient liées et finissent par se rejoindre à la toute fin du roman qui a pour toile de fond ce tunnel d’un bout à l’autre.

Le récit est un jeu d’ombres et de lumière très poétique et à la fois très cru. Les personnages sont tous des écorchés à vif avec leurs fêlures et leurs espoirs d’une vie meilleure. Cela dit, si le livre parait très sombre, il se finit sur une note optimiste qui se prête à l’interprétation de chaque lecteur. C’est un livre que j’avais découvert lors d’une édition des Assises Internationales du Roman organisée par la Villa Gillet à Lyon et j’avais pu voir l’auteur discuter de son œuvre littéraire et j’avais été très emballée, notamment par les thèmes abordés dans Les saisons de la nuit. Il faut savoir que Colum McCann est un auteur irlandais qui réside à New-York et de mon point de vue, ses livres sont en filiation directe avec Frank McCourt, un autre auteur irlandais aujourd’hui décédé.