[Contemporain] Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Couverture Et que le vaste monde

Rien que le titre devrait vous donner envie de le lire. C’est d’ailleurs la seule et unique raison qui m’a poussé à acheter ce livre quand je suis tombée par hasard dessus. Petite plaisanterie à part, il est quand même moins facile à lire que Les saisons de la nuit pour des raisons que je vais détailler plus bas. Mais dans l’ensemble, c’est un bon livre et j’ai passé un agréable moment de lecture.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

C’est d’abord l’histoire de gens qui se croisent sans forcément se connaître, dont les destins se croisent ou se croiseront au fil des pages, au fil des histoires. Encore une fois, Colum McCann s’arrête sur des personnages qu’il façonne dans le détail et avec précision et qui ne mériteraient sans doute pas toute cette attention si ce n’était pas cet auteur qui les décrivait. Pas de sans-abris cette fois, mais un funambule, des prostituées, un « moine » en plein doute de ses croyances, la guerre du Vietnam avec son lot de morts inutiles et les familles endeuillées qui continuent de vivre malgré le manque, malgré l’absence… Je pourrais encore allonger la liste de toutes ses histoires qui se croisent et se décroisent mais mon article n’aurait plus d’utilité.

L’auteur s’adapte à l’histoire qu’il raconte et c’est appréciable mais aussi très déstabilisant. Je n’ai pas trouvé que c’était un livre facile à lire dans le sens où je ne suis pas rentrée directement dans le roman ; les 80 premières pages ont été un calvaire pour moi et puis passé ce cap, tout est allé mieux et j’ai pu poursuivre ma lecture assez tranquillement. Cela dit, cette technique de changer de point de vue selon le chapitre rend le roman inégal et certains chapitres semblent interminables alors que d’autres aussi longs voire plus, se lisent tout seul. C’est un peu regrettable et j’ai dû lutter contre l’envie de lire certains chapitres en diagonale, une ou deux fois. Mais je ne l’ai pas fait parce que quoiqu’il en soit, Colum McCann arrive à rendre une situation anodine ou terrifiante, poétique et c’est une chose que j’adore chez cet auteur. A mon sens, c’est un livre qu’on lit aussi et surtout pour son atmosphère, en l’occurrence ici celle de New York.

« Il avait raté le spectacle et s’en mordait les doigts. Loupé de quelques minutes, voire de quelques secondes. Il avait pris le taxi jusqu’au Palais. Le chauffeur était noir, maussade, il faisait gueuler son autoradio, la voiture sentait la marijuana. Ca devenait écœurant à force, impossible de se véhiculer proprement dans cette ville. Une musique de rastafari sur le lecteur de cartouches. Un type l’avait déposé à l’arrière du bâtiment. Passant devant les bureaux du procureur, Soderberg s’était arrêté à la porte latérale, à cornières, réservée aux juges – seule concession qu’on leur ait faite, pour qu’ils ne se retrouvent pas mêlés aux gens ordinaires. »

Colum McCann, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, p.341, ed. 10/18. 2009

[Contemporain] Les saisons de la nuit

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour mon absence involontaire ces jours alors que j’avais prévu d’écrire un article sur cet ouvrage bien plus tôt mais je n’ai plus de connexion Internet au domicile familial alors j’ai quelque peu modifié mes plans en espérant que le problème soit assez vite résolu du côté de l’opérateur. Cependant, je ne suis pas revenue pour vous parler des aléas d’Internet dans le détail mais pour vous présenter le livre que j’ai terminé en tout début de mois (le 4 mai), Les saisons de la nuit de Colum McCann.

Couverture Les saisons de la nuit

Je tiens à préciser que c’est une relecture et que c’est un livre que j’avais beaucoup aimé mais que j’avais eu un peu de mal à finir à l’époque. Cette fois-ci ce fut plus rapide et j’ai eu moins de difficulté à plonger dans une des deux histoires, peut-être parce que je lisais deux chapitres par jour mais avec grand plaisir. Le livre compte 320 pages pour 14 chapitres pas toujours équivalents.

Les saisons de la nuit donc, écrit en 2007 et qui a révélé son auteur Colum McCann au grand public, suit en premier lieu deux personnages dans deux époques bien différentes avec pour fil conducteur le tunnel qui passe sous l’Hudson à New-York. La première histoire raconte la vie de Treefrog (rainette en français), un sans-abri qui tente de survivre à l’hiver glacial de 1991 et qui a trouvé refuge dans un renfoncement du tunnel. Le narrateur nous raconte les journées de cet homme, tombé plus bas que terre (au sens propre comme au sens figuré), son existence faite de petits rien qu’il partage avec plusieurs compagnons d’infortune.

Couverture Les saisons de la nuit 2

La deuxième histoire est beaucoup plus lumineuse sans être plus légère sur le fond. Elle retrace la fictive de Nathan Walker, ouvrier Noir sur le chantier du tunnel en construction. J’ai trouvé cette histoire plus intéressante à lire bien que les deux soient liées et finissent par se rejoindre à la toute fin du roman qui a pour toile de fond ce tunnel d’un bout à l’autre.

Le récit est un jeu d’ombres et de lumière très poétique et à la fois très cru. Les personnages sont tous des écorchés à vif avec leurs fêlures et leurs espoirs d’une vie meilleure. Cela dit, si le livre parait très sombre, il se finit sur une note optimiste qui se prête à l’interprétation de chaque lecteur. C’est un livre que j’avais découvert lors d’une édition des Assises Internationales du Roman organisée par la Villa Gillet à Lyon et j’avais pu voir l’auteur discuter de son œuvre littéraire et j’avais été très emballée, notamment par les thèmes abordés dans Les saisons de la nuit. Il faut savoir que Colum McCann est un auteur irlandais qui réside à New-York et de mon point de vue, ses livres sont en filiation directe avec Frank McCourt, un autre auteur irlandais aujourd’hui décédé.