Cinéma

Duel de Reines

Mardi, et toujours dans le cadre du printemps du cinéma, j’ai été voir le film Marie Stuart, Reine d’Ecosse magnifiquement porté par Saoirse Ronan et Margot Robbie, deux actrices qui n’en finissent pas de surprendre par leurs choix. A vrai dire, pour moi ce film frôle la perfection, à tel point que ma réaction à chaud a été : « j’ai adoré ». Cependant avec le recul, et une analyse plus construite, adorer me parait un petit peu fort pour un film dont je n’attendais pas forcément grand-chose, si ce n’est du divertissement. Disons que j’ai beaucoup, beaucoup aimé ; cela sera plus juste.

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En ma fin est mon commencement – telle est la devise de Marie Stuart, Reine d’Ecosse qui est passée à la postérité pour avoir prononcé cette phrase quelques heures avant de se faire exécuter sur ordre de la Reine Elizabeth I, cousine et grande rivale de Marie. L’histoire retiendra également des anecdotes plus ou moins gores et sanglantes concernant cette exécution, mais ce n’est pas le sujet de cet article et encore moins du film.

Entre passions et raisons d’Etat

On ne saura jamais si la Reine d’Angleterre accordât du crédit au rôle qu’aurait joué sa cousine et plus proche parente dans un complot qui visait la Reine Vierge. Quoiqu’il en soit, l’ordre fut donné et l’arrêt signé de la main de la Reine et ainsi, plus que la parente c’est une rivale au trône d’Angleterre qui est écartée définitivement. C’est un point essentiel pour comprendre Marie Stuart, Reine d’Ecosse ; à ce propos et je pense que c’est précisément la raison pour laquelle j’ai tant aimé ce film, c’est que c’est extrêmement documenté, d’un point de vue historique même si bien sûr le film s’arrange sans doute avec un deux détails de la réalité, mais j’y reviendrai.

En tout cas les historiens semblent accorder sur un point primordial : Elizabeth I et Marie Stuart s’estimaient beaucoup et se respectaient, malgré leur point de vue divergeant sur bien des questions, notamment religieuses pour ne citer que ça. Je crois que cela peut facilement se comprendre : en plus d’être parentes, il ne faut pas oublier que se sont deux Reines aux tempéraments hors du commun dans un monde d’hommes et plus généralement dans une époque d’hommes. Le film illustre très bien ce combat commun de ces deux femmes pour s’imposer face aux hommes pour ce qu’elles sont réellement, à savoir des femmes d’Etat.

La place des femmes et le sexe

Selon moi c’est véritablement tout l’intérêt du film : montrer ce qui oppose fondamentalement ces deux femmes, tout en veillant à ne pas les opposées trop frontalement afin de ne pas noircir de trop un tableau déjà peu réjouissant pour une femme, à l’époque… D’un côté comme de l’autre, on pousse ces dames à se marier ou se remarier au plus vite ; enfin « on »… messieurs les conseillers devrais-je dire – c’est bien connu, ce qui intéresse les hommes, c’est le vagin et l’utérus d’une femme. Mais dans un cas comme dans l’autre, le sexe et son « utilisation » devient une véritable arme que Marie Stuart et Elizabeth I n’hésitent pas à utiliser pour parvenir à leurs fins et ainsi prendre l’avantage sur l’autre.

Pour Elizabeth, son arme se résume à l’absence de sexe ou du moins, l’absence officielle de sexe dans sa vie : son refus du mariage et donc de maternité lui vaut bien des critiques ou des remarques de son entourage, que ce soit ses conseillers, l’Eglise ou plus surprenant ses dames de compagnie. La souveraine justifie son choix en disant que c’est bien le trône qui l’a rendue comme cela. Ainsi elle déclare à son plus proche conseiller se sentir plus homme depuis qu’elle exerce le pouvoir, et un homme n’enfante pas. Fin de la discussion. Je dois dire que j’ai adoré les choix scénaristiques fait et l’interprétation de Margot Robbie. Ici, la Reine d’Angleterre n’est pas présentée comme intransigeante ou sans cœur : le film sous-entend que ce refus de maternité est peut-être un fardeau pour la jeune femme mais pour la souveraine, c’est une obligation, une nécessité ; et le fait de ne pas se marier à la fois un moyen de s’éloigner de son père Henry VIII (qui a fait exécuter deux de ses épouses, dont Anne Boleyn, la mère d’Elizabeth) et aussi un moyen de tenir les hommes et leur soif de pouvoir, à bonne distance.

Marie Stuart quant à elle, a pris le contrepied de sa cousine assumant pleinement cette maternité qui fait défaut à sa rivale. Cette naissance d’un héritier mâle (James I) lui assurera une avance indéniable sur sa cousine en matière politique mais ce n’est pas pour autant qu’elle s’en sort mieux qu’Elizabeth, même si les choses sont présentées différemment. D’abord on notera qu’elle se fait violer puis de nombreux hommes la trompent et se jouent de sa crédulité. Néanmoins c’est aussi une femme de conviction, qui pense d’abord au bien de son pays et refuse avec obstination d’accorder le moindre bout de pouvoir aux hommes qui l’entourent. Ce n’est pas qu’elle est naïve mais Marie Stuart est persuadée de pouvoir gouverner avec l’aide son mari, qu’elle considère comme son égal. Sauf que les hommes qu’elle a épousé ne cherche qu’une chose : l’obéissance pleine et entière de l’épouse, et donc le pouvoir ; qu’il soit domestique ou politique afin de devenir Roi à la place de la Reine.

Le Pouvoir et la Religion

Vous l’aurez compris je pense, dans ce film la question du pouvoir est centrale. On peut le détenir directement, comme Elizabeth I et Marie Stuart, ou indirectement et dans ce cas-là ce n’est pas le pouvoir qui intéresse mais la personne qui le détient en faisant usage de son influence autour d’elle. L’occasion pour moi de parler de religion et du rôle clé du prêtre John Knox, campé par l’excellentissime David Tennant dans le film.

Il n’y a pas pire abomination qu’une femme, catholique qui plus est, à la tête d’un Etat ; ce n’est pas moi qui le dit, c’est John Knox… Et comme c’est un excellent orateur qui sait de quoi il parle puisqu’il a participé à l’écriture de The Book Common order qui fonde plus ou moins l’Eglise Ecossaise, eh bien les gens l’écoutent. De plus la situation politique est tendue à l’époque : les guerres civiles entre catholiques et protestants commencent à devenir une habitude et la Reine voudrait bien que tout le monde puisse pratiquer le culte de son choix sans avoir peur de son voisin. C’est beau mais c’est un vœu pieu.

Si avoir le pouvoir se résume a l’influence que l’on exerce sur d’autres gens, alors la religion et ceux qui prêchent ont le pouvoir sur ceux qui les écoutent. C’est incroyablement bien montrer dans le film, et le personnage de John Knox est absolument terrifiant. La religion c’est un excellent moyen de pression sur les deux jeunes femmes (qui sont malgré elles des représentantes du Pêché originel) et c’est assez touchant de les voir se débattre sans pouvoir faire grand-chose, bien qu’elles détiennent toutes deux le pouvoir également. En fait, la seule échappatoire pour les deux Reines c’est la mort : Elizabeth « meure » et devient ce personnage fardé à outrance, mariée à l’Angleterre tandis que Marie Stuart décide de faire de sa mort un évènement dont tout le monde se souviendra. L’acte de rébellion ultime.

Conclusion

Marie Stuart, Reine d’Ecosse présente le destin de deux femmes d’exception qui étaient en avance sur leur temps. C’est un film lumineux à voir absolument bien qu’il n’y ait aucune surprise à attendre au niveau de l’histoire. Il faut y aller pour la performances des actrices (et des acteurs) qui sont splendides. Je n’ai pas parler des points négatifs parce qu’il n’y en a pas vraiment ; juste une chose qui m’a amusée : je doute que l’ambassadeur d’Angleterre en Ecosse ait été noir ou que David Rizzio fut homosexuel (quoique ça j’en sais rien) ; après je comprends que ces choix ont été fait pour que tout le monde se sente représenté. Cependant dépeindre la seule figure homosexuelle en « folle », c’est un peu maladroit et un peu lourd même si cela fait sourire et que c’était sans aucun doute l’effet recherché.

 

Sinon, voilà l’article fort intéressant sur le même sujet chez Panda Laveur.

Cinéma, Musique

Toute la musique que j’aime

Mais pas celle de Johnny, non. Celle de Queen. J’ai été voir Bohemian Rhapsody jeudi après-midi et globalement je l’ai trouvé très bon et j’ai passé un très bon moment. Cela valait vraiment le coup d’attendre et d’aller ce voir film en salle après si longtemps loin des salles obscures (le dernier remonte à Mamma Mia 2, sur lequel je n’ai pas fait d’article parce qu’il n’y avait pas grand-chose à dire si ce n’est qu’il était plutôt sympa, mais sans plus.). Pour en revenir à Bohemian Rhapsody, c’est un peu le film évènement du moment alors difficile de passer à côté… de plus, sans être une fan absolue du groupe, je reconnais volontiers que j’y suis allée pour la bande-son.

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Des petits « défauts » éclipsés par la prestation époustouflante de Rami Malek

Quand je parle de défauts, ce sont plus des partis pris que j’ai trouvé bizarres ou qui m’ont laissé assez perplexes mais c’est un peu le genre qui veut ça puisque le biopic n’est pas et ne sera jamais la réalité vécue par les membres du groupe mais une interprétation la plus fidèle possible de ladite réalité. Je préfère commencer par là parce que ces petites choses n’empêchent d’apprécier le film mais je ne voudrais pas une critique dithyrambique au prétexte d’aimer les chansons du groupe parce qu’elle n’aurait plus aucune valeur. Et puis je pense qu’il est important de mentionner ces petits « défauts » : le film n’est pas parfait, ce n’est pas un chef-d’œuvre même s’il s’en approche.

Bien entendu, Queen ce n’est pas mon époque, je n’étais pas née à cette période mais j’ai trouvé un peu dommage que le film insiste sur le fait que Freddie Mercury sans Queen ne s’en sortirait pas, mais bon encore une fois, c’est une décision de l’équipe du film et le sujet étant l’histoire du groupe, il est un peu normal que Queen soit mis en avant, sinon l’intérêt du biopic tombe à l’eau… Barcelona est quand même une chanson magnifique, dommage qu’elle n’y ait pas ça place. Après, il est certain que la carrière solo de Freddie Mercury n’a pas eu le même retentissement qu’avec celle qu’il avait avec Queen mais un disque d’or pour le premier et un disque d’argent (platine en Suisse) pour le deuxième, ce n’est pas rien quand même ! Et la séquence en question dans le film minimise un peu tout ça. Dommage…

La seconde chose qui m’a un petit peu dérangée c’est une scène du film bien précise et je ne vais pas expliquer laquelle pour éviter de spoiler le film à ceux d’entre vous qui ne l’aurait pas encore vu mais pour résumer, le film a frôlé le mélo pour finir par tomber dans le cliché (un peu pathétique à mon goût) mais fort heureusement, ce n’est que l’affaire d’une séquence, qui peut tout à fait se défendre mais qui pour moi, transpirait le cliché. Le film se rattrape vite et on oublie vite ces deux ou trois scènes bateau pour basculer dans la démesure et la grandeur de Queen.

Et le premier point positif (en dehors de la performance des acteurs et des costumes mais je vais y revenir), c’est qu’il n’y a pas d’apitoiement sur cette maladie qu’est le Sida, juste de la dignité et c’est admirable. Pas de jugement non plus sur la sexualité de Freddie Mercury, ou du moins pas de la part des membres du groupe ou l’entourage proche du chanteur parce que les médias, c’est une autre histoire bien sûr… C’est d’ailleurs plutôt bien montré dans le film et je trouve que c’est une bonne chose. Pour en revenir au Sida, la dignité réside aussi dans les choix qui ont été faits : finir le film en apothéose avec les 20 minutes de concert du groupe pour l’évènement Live Aids, ça a du sens et cela renforce cette dignité.

Evidemment, l’autre point positif (et non des moindres), c’est bien sûr la performance des acteurs qui incarnent véritablement les quatre membres de Queen. Rami Malek bien entendu mais il ne faut surtout pas oublier Gwilym Lee, Joseph Mazzello et Ben Hardy, respectivement Brian May, John Deacon et Roger Taylor. Certes, les costumes et le maquillage font beaucoup mais cela reste une performance bluffante. Deux mentions spéciales : les dialogues avec beaucoup de réparties et des phrases bien senties et puis la reconstitution du fameux concert historique à Wembley.

Conclusion

Une fin en apothéose pour un film à 100 à l’heure, résolument rock que ce soit dans sa musique (évidemment), dans ses excès mais qui malgré tout trouve le ton juste pour aborder des sujets graves ou des sujets de société. Reste à voir maintenant si l’aura de Freddie et ses copains propulsera la carrière des acteurs qui les ont incarnés ou bien si au contraire le star power de Queen et le Bohemian Rhapsody de Bryan Singer, enterrera prématurément ces carrières pourtant prometteuses…