Bande-Dessinée/Comics

[BD] La mort vivante

Scénario : Olivier VATINE

Dessin : Alberto VARANDA

Couleurs : Oliver VATINE & Isabelle RABADOT

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L’avantage avec les bandes dessinées, c’est que l’on découvre des mondes insoupçonnés que l’on ignoreraient totalement s’ils nous étaient présentés sous une autre forme. C’est le cas de cette œuvre en un seul tome, signée Olivier Vatine pour le scénario et la colorisation sur un dessin sublime d’Alberto Varanda. Cette bande dessinée est en fait une adaptation du roman de science-fiction éponyme de l’écrivain français Stefan Wul.

Habituellement je n’aime pas trop le genre SF, tout du moins sous forme littéraire ; j’ai beaucoup de mal à m’imprégner de l’histoire et rentrer dedans sauf quelques très rares exceptions. J’ai plus de facilité lorsque je suis confrontée au genre sous sa forme cinématographique ou BD. Je pense que la SF est un genre d’avantage fait pour être vu que lu et pour en revenir à La Mort vivante, c’est un peu comme si j’avais été au ciné. De plus, cette BD m’aura permis de rencontrer Stefan Wul, aujourd’hui décédé et jusque-là illustre inconnu. La couverture m’a interpellée parce que je l’ai trouvée magnifique, très soignée et également très glauque. Le titre aussi a eu son petit effet et a parfaitement rempli son rôle : évocateur tout en étant un brin mystérieux…

Couverture La Mort Vivante

La Mort vivante se déroule dans un monde post-apocalyptique et franchement dystopique dans lequel les Humains ont abandonnés la Terre, rendue inhabitable du fait d’un accident ou d’une guerre qui a entrainé une radioactivité trop importante et trop intense ; les survivants sont allés s’établir sur Mars (coucou Elon Musk). Autre point primordial de l’intrigue : la science du 21ème siècle est perçue de la même façon que la sorcellerie au Moyen-Age. Cela donne une idée assez précise de l’atmosphère de la BD en même temps que cela rentre en résonnance avec notre époque et j’ai trouvé cet élément fascinant parce que Stefan Wul a fait publié son roman en 1956, si je ne me trompe pas. Bref, là-dessus est greffé un personnage du nom de Joachim Bostrom, jugé devant une sorte de Grande Inquisition pour avoir consulté des ouvrages de science interdits par cette même instance parce que les dits ouvrages proviennent de l’ancienne planète, la Terre. De plus, Joachim semble avoir mené des expérimentations un peu clandestines peu recommandables mais le juge se montre clément et une fois jugé, notre ami scientifique adepte des bonnes vieilles méthodes se retrouve contraint et forcé de mettre son savoir au service d’une mystérieuse femme, accablée par le chagrin et la perte de sa fille, Lise, dans des circonstances tragiques des années plus tôt. Le professeur Bostrom est chargé de ressusciter la petite Lise mais jouer avec la Mort n’est pas sans conséquence, même dans un futur post-apocalyptique…

Vous l’aurez compris, La Mort vivante est une réécriture du célèbre Frankenstein de Mary Shelley. C’est d’ailleurs le principal atout de cette bande dessinée, avec les dessins : le lecteur est plongé dans une atmosphère gothique mêlée de romantisme, le tout sublimé par le traitement des couleurs. Les dessins comme dit plus haut, sont très agréables à regarder. Le récit se lit malheureusement trop vite et c’est le reproche que l’on peut faire à l’ouvrage. A mon sens, certains passages auraient mérités d’être traités plus en détails. On a parfois le sentiment d’un travail bâclé, fini « à la va-vite », en tant que lecteur nous restons un peu sur notre faim de lecture et c’est vraiment dommage. Cela dit, la bande dessinée étant une adaptation, il est fort possible que le scénariste ait dû faire des choix ou alors le roman était construit de cette façon et la trame a été scrupuleusement respectée, je ne saurais pas le dire. Je n’ai pas lu le roman. Je suppose que c’est toute la beauté des fins ouvertes !

En conclusion, sans être un coup de cœur c’est une œuvre qui mérite un coup d’œil et qui vous plaira à coup sûr si vous aimez les ambiances bien définies avec un penchant prononcé pour le courant gothique. De quoi vous donner envie de relire certains classiques de la littérature anglaise. Une bonne idée à l’approche du mois d’Octobre…

Bande-Dessinée/Comics, Littérature

Spécial Chats

Cela faisait assez longtemps que je voulais faire un article consacré aux chats dans la littérature parce que d’une part nous en possédons pas moins de 6 à la maison et que d’autre part le félin miniature semble inspirer bon nombre d’auteurs. De plus, le chat est l’animal de compagnie privilégié lorsqu’on écrit ou que l’on s’intéresse un minimum au monde culturel. Pour cet article, je vais donc vous parler de trois ouvrages : Demain les chats de Bernard Werber, Chat Noir de Nathalie Semenuik et enfin j’évoquerai brièvement la bande dessinée Simon’s Cat de Simon Tofield et je crois qu’on aura fait une première fois le tour du sujet, parce qu’il y aura toujours à dire sur ce sujet que sont les chats.

 

Demain les chats de Bernard Werber

Commençons donc par Demain les chats que j’ai lu fin août, plus précisément du 28 au 30 août. C’est un roman de 306 pages et si vous vous en référez à la vitesse à laquelle je l’ai lu, vous pouvez facilement en déduire que j’ai beaucoup aimé. Effectivement c’est un livre qui m’a passionné du début à la fin. Demain les chats m’a permis de découvrir son auteur que je connaissais juste de nom pour avoir écrit (notamment) tout un cycle sur les fourmis.

C’est un livre plus complexe qu’il n’y parait et d’ailleurs son titre ne semble pas achevé. On a presque envie de rajouter « domineront le monde/sauveront le monde » (rayez la mention inutile) et il y a un peu de ça mais pas que. On suit l’histoire de Bastet et de sa servante Nathalie, au travers justement des yeux de Bastet et c’est quelque chose d’inattendu et de très bien retranscrit tout en restant le plus naturel possible. Puis tout bascule le jour Bastet (qui possède déjà une conscience accrue de son être et du monde qui l’entoure) rencontre le chat de voisine Pythagore, un chat savant au sens propre du terme. En effet, ce chat a été doté par sa servante Sophie, d’un appareil qui ressemble à l’embout d’une clé USB et cela lui permet d’avoir un accès direct au monde humain, au savoir humain. Je vous l’accorde, dit comme ça, c’est carrément bizarre et carrément tiré par les cheveux (que Bernard Werber n’a plus) et on se dit qu’il a peut-être avaler des champignons à l’écriture de son livre sur les chats.

Passé ce stade de « non mais c’est vraiment n’importe quoi », on se recentre sur le récit et on découvre qu’il y a plus derrière, qu’un simple fantasme irréalisable. Sans vous révéler toute l’intrigue, il faut savoir que l’on assiste peu à peu à l’effondrement de la société humaine qui tombe peu à peu dans une spirale de destruction systématique de certains humains et de guerre civile. On comprend assez vite que Bastet et Pythagore sont les derniers représentants d’une sagesse et d’un savoir éduqué et philosophe bien qu’ils soient des chats, ce qui peut paraitre paradoxal. C’est vraiment l’intérêt du livre en fait, qui critique en biais la société actuelle et ses dérives progressives et c’est cela qui rend ce roman si passionnant à mon sens. Bien entendu, on retrouve au travers de Pythagore, l’histoire de l’évolution des chats et des hommes sur Terre et ce n’est pas non plus un hasard si l’héroïne du roman s’appelle Bastet mais je ne veux pas tout dévoiler… De toute façon, je n’y arriverai pas parce qu’il est question de chats, d’évolution et de domination des espèces par rapport à d’autres, de philo et de science, de religions et de terrorisme (entre autres choses). Mais c’était réellement passionnant et je vous le conseille fortement (que vous ayez un chat comme compagnon ou non) parce que c’est un livre qui ne vous laissera pas indifférent !

Couverture Demain les chats

Chat Noir de Nathalie Semenuik

Revenons à présent à quelque chose de plus terre à terre. Encore que… pas tout à fait puisque l’ouvrage s’attache à retracer l’histoire du chat et plus particulièrement le chat noir comme le titre l’indique. Vous y trouverez également de très belles photos de chats avec un focus sur les légendes et les mythes qui entourent le chat noir, qu’il soit symbole de chance ou au contraire, de malheurs à venir. Enfin, vous pourrez (re)découvrir la place qu’occupait les chats noirs dans les Arts (littérature, peinture et cinéma) ainsi que dans l’Histoire, qu’elle lui soit favorable ou non au gré des époques.

Couverture Chat noir

Simon’s  Cat

Et enfin, pour terminer cet article consacré aux chats de tout poil, j’aimerais beaucoup vous parler d’une bande dessinée que vous connaissez peut-être déjà : Simon’s Cat. A l’origine, des petites scénettes animées diffusée sur YouTube qui ont fait le succès de son auteur (et de son compagnon à quatre pattes), il existe depuis au moins une bande dessinée et un ou deux jeux vidéo pour mobile. C’est facile à lire puisqu’il n’y a rien à lire ! Il suffit juste de regarder la succession de petits dessins pour passer un moment agréable et sympathique. Il est vrai que certaines situation ne peuvent être comprises que par les possesseurs de félins miniatures mais cela reste quand même bien drôle.

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Et puis parce que je ne résiste pas, voici la bouille de l’un des miens : Nimbus.

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Bande-Dessinée/Comics

[BD] The Killing Joke

Avec la rédaction de mon mémoire de stage derrière moi, j’ai pu reprendre la lecture. Et bizarrement, j’ai eu du mal à m’y remettre. C’est pourquoi j’ai opté pour une BD qui était en attente depuis un bout de temps : The Killing Joke, avec au scénario Alan Moore et au dessin et à la colorisation Brian Bolland. C’est encore une BD sur l’univers de Batman et c’est assez réussi avec quelques points négatifs tout de même.

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L’histoire en elle-même est assez courte mais très efficace. Et puis elle prend le contrepied du schéma classique avec Batman vs. Joker puisque cette fois, c’est le Joker qui occupe les projecteurs tout en étant toujours la némésis du héros chauve-souris. C’est en fait une réédition de la bande dessinée du même nom sortie en 1988 je crois et c’est très captivant parce que les auteurs donne enfin une identité et une histoire au Joker avant qu’il ne devienne ce personnage complètement barré et haut en couleur. On aurait presque de la sympathie pour lui s’il n’était pas si monstrueux…

Le Joker s’est à nouveau échappé de l’asile d’Arkham. Relancé dans sa course effrénée au crime, c’est à travers le commissaire Gordon et sa fille -Barbara- qu’il cherche cette fois à atteindre personnellement son frère ennemi, Batman

The Killing Joke, Quatrième de couverture, Urban Comics pour la version française, 2016.

The Killing Joke a également eu droit à une adaptation en film d’animation de Sam Liu, la même année, qui reprend l’histoire de la bande dessinée avec un petit peu plus de personnages et donc potentiellement une intrigue un peu plus dense. Je ne l’ai pas vu mais je pense que je vais peut-être y remédier : les dessins me replongent en enfance et en version originale, le Joker est doublé par Mark Hamil, excusez du peu.

Lecture agréable et rapide malgré une atmosphère glauque et nettement plus malsaine que The Dark Prince Charming, qui demeure bien au-dessus en termes d’illustrations. A ce propos, les illustrations de The Killing Joke sont très inégales et c’est un peu dérangeant : autant le Joker est toujours soigné, autant Batman et sa Batmobile… C’est un peu dommage parce que c’est le genre de choses qui laisse une impression en demi-teinte à la fin de la lecture.

Bande-Dessinée/Comics

[BD] Bug – Livre 1

Je me rends compte que je lis beaucoup en ce moment et j’espère que vous me pardonnerez de vous envahir comme ça !

Aujourd’hui je vais donc vous parler de la bande dessinée que j’ai terminée hier et qui m’a tenue en haleine un peu plus d’une heure dans l’après-midi. Il s’agit de Bug – Livre 1 d’Enki Bilal. Je me souviens que cette petite BD a fait sensation lors de sa sortie en fin d’année dernière : les émissions littéraires à la télé et à la radio en parlait beaucoup, pareil sur le net que ce soit YouTube ou certains sites et blogs consultés au hasard de mes errances numériques… Errances numériques, l’expression me plait bien mais passons, je divague. Revenons-en à Bug et son auteur, Enki Bilal.

Je connaissais juste de nom d’ailleurs. Je n’avais jamais rien lu de son travail mais je saurais reconnaitre un dessin d’Enki Bilal entre mille, parce qu’il a une façon de dessiner et un univers qui lui sont propres et du coup, on connait sans connaitre. Je sais, on appelle cela la célébrité. Il n’empêche que pour certains, Enki Bilal est devenu une icône de la culture populaire et je me suis dit que si je voulais entrer dans cet univers particulier, autant le faire avec sa dernière œuvre : Bug donc. Un pari un peu risqué mais qui se tente. Cela dit, c’est le meilleur moyen de se faire sa propre opinion lorsqu’on connait très mal un auteur (ou un artiste).

Couverture Bug - Livre 1

Le terme « bug » est évocateur par lui-même et a deux définitions qui résument à elles seules l’histoire de la BD et le pourquoi de son écriture.

En français, se dit d’un défaut affectant un programme informatique.

En anglais, se dit d’un insecte, d’une bestiole ou d’un virus entre autres choses.

Et c’est le point de départ de notre histoire, ou plutôt le nœud du problème des différents protagonistes. Nous sommes en 2041 et l’humanité toute entière a régressée tant elle est devenue accro au numérique sous toutes ses formes, à tel point que plus personne ne sait faire fonctionner une voiture ou tenir un stylo, et de toute façon « à quoi ça sert un stylo ? » Vous la sentez la critique de la société moderne par Enki Bilal ? Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes (coucou Huxley) jusqu’à l’apparition inexpliquée d’un bug informatique d’une ampleur inégalée : tous les serveurs plantent les uns après les autres rendant l’utilisation des objets numériques impossible et les sauvegardes, les sauvegardes de sauvegardes disparaissent comme si rien de cela n’avait jamais existé. Bien entendu un vent de panique généralisé souffle sur Terre et cette panne gigantesque a des conséquences aussi dramatiques qu’absurdes que je ne développerai pas ici mais qui font tout le sel de l’histoire.

Au milieu de ce chaos planétaire, nous suivons la famille Obb dont le père Kameron est astronaute pour le compte de l’I.S.S (une organisation à peu près équivalente à la NASA qui n’existe plus) et qui n’a qu’une envie : celle rentrer sur Terre afin de retrouver sa fille Gemma au plus vite. D’autant que sa mission ne s’est pas passée exactement comme prévu : Kameron Obb est le seul survivant de l’expédition. De plus il semble être le seul humain à se souvenir des codes d’accès de tout et n’importe quoi et il sait faire fonctionner les objets que le reste de l’humanité a relégué au rang de vieilleries obsolète avant l’air du tout numérique. De quoi attiser les convoitises…

Oui, l’humanité en arrive là en 2041 et je préfère vous dire que ça fait peur et que c’est angoissant parce qu’on se dit que quand même, une telle absurdité n’est pas possible parce qu’on est plus intelligents que ça. Mais… Enki Bilal tend à nous montrer le contraire en restant dans la finesse du propos. En tout cas la force de cette histoire, c’est qu’elle pousse le lecteur a se remettre en question et à l’ère du numérique et d’une société hyper-individualisée, on en a grandement besoin même si ça fait tout drôle.

L’histoire est bien pensée dans le sens où l’auteur à imaginer un monde nouveau sans passer par une autre planète ; c’est bien de la Terre dont on parle mais la géopolitique a changé et les rapports de forces sont bouleversés : si les Etats-Unis sont toujours dans la course au leadership, ils ne sont plus leaders et une alliance turco-russo-islamiste prend doucement le dessus, les califats se sont multipliés, le Monde est devenu le Monde Today et c’est savoureux bien que cela fasse mal aux yeux, et l’Elysée s’effondre doucement sur lui-même. Néanmoins, il y a des touches optimistes très bien placées qui aident le lecteur à souffler un peu et lui permettent de voir le bout du tunnel dans la morosité anxiogène ambiante.

Le seul bémol qu’on peut souligner ce sont les quelques incohérences de dates qui heureusement, ne gâche rien du récit mais qui sont facilement repérables.

02-01[1]
Ce dessin n’a rien à voir avec l’histoire de Bug, il est juste cool.

Enki Bilal livre un petit bijou tout en finesse : on peut y voir une critique de la société actuelle sur fond de réécriture d’Alien (le premier) avec des accents du Cinquième élément ou Lucy de Luc Besson. Le récit est captivant et intense, les dessins sublimes comme toujours chez Enki Bilal et on a qu’une envie, c’est de lire la suite. En conclusion et pour faire court : A lire de toute urgence !