Focus

Focus sur… Neil Gaiman

Pour cette nouvelle année, j’ai eu envie d’innover un peu et de tenter un nouveau format. Comme de nombreux lecteurs je pense, j’ai « mes auteurs » – des auteurs que je suis avec plus ou moins de régularité mais que j’apprécie tout particulièrement en raison de la qualité des œuvres qu’ils ont écrites ; la notion de qualité étant bien entendu différente d’une personne à l’autre.

Et pour débuter en fanfare ce nouveau rendez-vous, j’ai choisi Neil Gaiman pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que je l’ai découvert (ou plutôt redécouvert pour être exacte) à Noël au travers d’une de ses œuvres les plus emblématiques, à savoir le premier tome de Sandman. Sandman est une œuvre conséquente (pour ne pas dire monstrueuse) dont je n’avais jamais entendu parler avant qu’on ne m’offre ledit tome mais malgré tout le nom de Neil Gaiman m’était vaguement familier sans que je sache trop pourquoi. Après de petites recherches dans la section bibliographie de sa page Wikipédia j’ai compris.

Bien que je n’ai jamais lu Coraline, j’avais vu l’adaptation cinématographique de ce dernier à sa sortie au cinéma en 2009 et c’est un film qui m’avait marqué à l’époque – à tel point que je me souviens encore de l’histoire des années après… eh bien en fait, c’est lui qui est à l’origine de cette petite histoire un peu glauque et un peu sordide. Et puis plus récemment, j’avais recroisé sa route lors de mon stage en médiathèque sans y prêter trop attention : Neil Gaiman a en effet écrit un plaidoyer en faveur de la lecture dans les lieux publics (comprenez les bibliothèques) ; je suis pratiquement sûre d’avoir lu ce texte mais il ne m’a laissé aucun souvenir et comme je n’en ai pas fait mention dans mon mémoire… Oui, oui ; vous ne rêvez pas, ceci est bel et bien un mea culpa déguisé !

Bref, pour vous la faire courte : ma culture littéraire va bien et est saine et sauve – je connaissais Neil Gaiman sans savoir qui c’était, ce qui arrive parfois même si c’est plutôt rare dans le monde de la littérature… Quoiqu’il en soit, l’erreur est désormais réparée et nous allons enfin pouvoir entrer dans le vif du sujet. Cet article (qui promet d’être démesurément long) s’articulera donc autour des ouvrages que j’ai lus et/ou abandonnés en cours de route et les ouvrages que je souhaite lire dans un futur plus ou moins proche. Pas de partie sur la biographie de l’auteur : Internet a déjà fait ça, et mieux que moi en plus…

Sandman, Tome 1 (2012)

Ce livre en tant qu’objet, est un monstre d’une épaisseur prodigieuse. A ma connaissance, il n’y a pas d’autres omnibus aussi énorme que celui-là… En tout cas, je n’en connais pas d’autres. C’est assez impressionnant d’ailleurs, et intimidant également… mais malgré tout, assez fascinant dans mon cas – ce livre m’a littéralement fasciné autant que l’histoire qui y est racontée dedans.

Néanmoins tout n’est pas tout rose non plus : j’ai dû m’y reprendre à trois fois avant de finir ce premier tome. Non pas parce que l’histoire ne m’intéressait pas, loin de là, mais surtout parce que c’est une lecture conséquente avec tout plein de détails à assimiler (bien que ces derniers ne soient pas d’une importance capitale pour la compréhension du récit), et aussi parce que la BD, de part sa taille et son poids, n’est de fait pas un ouvrage que l’on peut prendre pour lire au lit, malheureusement. Du coup, j’ai espacé mes sessions de lecture un peu malgré moi et à force de trop les espacer, j’ai fini par perdre le fil…

Pourtant moi qui suis une grande fan d’à peu près toutes les mythologies existantes, avec Sandman j’ai été servie ! Neil Gaiman a été puiser certains éléments de son récit dans la mythologie nordique mais également dans d’autres – je pense notamment à la mythologie grecque évidemment. Il y a également de multiples références à la culture des Comics ; c’est ainsi que lors de sa quête, le Sandman croise la route d’une autre légende du monde des Comics, j’ai nommé : John Constantine ! Ne vous emballez pas non plus, il n’apparait que pour un chapitre mais j’ai trouvé que c’était un très joli et touchant clin d’œil que d’inclure John Constantine dans son histoire.

De quoi ça cause Sandman ?

Maintenant que j’ai bien tourné autour du pot et de mon émerveillement pour ce Comics, il faut quand même que je vous dise de quoi ça parle Sandman… De mythologie(s) donc. Et dans le détail, ça donne ça :

1916, Angleterre. En quête d’immortalité, un mage du nom de Roderick Burgess emprisonne par erreur le jeune frère de la Mort, Morphée, l’un des sept Infinis incarnant les forces primordiales de l’Univers. Craignant pour sa vie, le sorcier garda le Maitre des Rêves captif durant sept décennies, perturbant le sommeil du reste de l’Humanité. Libéré, Morphée se mit en quête de ses attributs de pouvoir – un masque, un joyau et un sac de sable – afin de rétablir l’ordre universel et chasser du territoire des Rêves les démons, usurpateurs de ses pouvoirs. De son royaume onirique dévasté aux terres infernales de Lucifer, l’Infini croisera l’horreur sous toutes ses formes, qu’elle soit humaine, magique, démoniaque ou née des tourments causés par les membres de sa propre famille.

Neil Gaiman, Sandman vol. 1, Quatrième de couverture ; éd. Urban Comics, coll. Vertigo (2012)

Normalement si vous aimez les univers fantastique et surnaturel, rien qu’avec ce résumé, j’ai réussi à titiller votre curiosité. Concernant les dessins, il y a malheureusement plusieurs dessinateurs qui interviennent, ce qui est normal avec une œuvre de cette envergure. Ce n’est pas gênant outre mesure en fait, puisque les dessins et la palette de couleur utilisée rappellent les illustrations des comics des 70/80 ; rien d’étonnant à cela puisque la parution originale de la série date de 1988. Après, tout le monde n’aime ce genre graphique mais passer à côté d’une telle histoire à cause des dessins… je trouve cela terriblement dommage quand même.

Sandman[1]

La Mythologie Viking (2017)

Si vous suivez mes aventures littéraires depuis un moment, peut-être vous souvenez-vous de mon article sur les contes de Noël et de ma déception immense de ne pas avoir trouvé de contes celtes. Grâce à Neil Gaiman, j’ai enfin pu palier à cette déception qui me poursuivait depuis cette lecture catastrophique. Ce petit livre est d’ailleurs la raison de cet article puisque je me voyais mal le présenter dans un article à lui tout seul.

De quoi ça cause La Mythologie Viking ?

Comme son nom l’indique, ce livre est centré sur les contes et légendes qui forment la mythologie nordique. On y retrouve donc bien évidemment Odin, Thor, Loki et les autres mais on est bien loin de l’image d’Épinal relayée par les Studios Marvel dans ses films ou par Marvel dans les Comics. J’ai été ravie de découvrir ces personnages familiers sous un nouvel angle, un angle plus sombre. Thor y est dépeint beaucoup plus idiot et brutal qu’il ne l’est dans l’ensemble des films et Loki, beaucoup plus malicieux voir malfaisant par exemple.

J’ai également adoré retrouver des similitudes avec d’autres mythologies ou légendes. Elles ont d’ailleurs fournies un socle à des livres considérés comme des classiques aujourd’hui, je pense notamment au Seigneur des Anneaux pour ne citer qu’un exemple. Alors oui, je me doute que présenté comme cela c’est très vague mais c’est bien le cas. Vous vous en rendrez compte si d’aventure vous lisez La Mythologie Viking de Neil Gaiman…

La-mythologie[1]

De bons présages (2014), co-écrit avec Terry Pratchett

Voici le livre avec lequel j’ai terminé l’année 2019 et commencé 2020. C’est une lecture un peu déconcertante en fait ; j’ai voulu lire celui-ci à cause de la série Good Omens, diffusée sur Amazon Prime et puis comme je suis dans ma période « Neil Gaiman »… je me suis laissée tenter. Il en ressort que je suis assez partagée en fait, même s’il s’agit globalement d’un bon livre. Autant je suis rentrée dans l’histoire comme sur des roulettes, autant j’ai eu du mal à finir parce que j’ai trouvé qu’il y avait un problème au niveau du rythme dans le récit – le dernier tiers s’éternise pour peu de chose au final et j’avoue être un peu restée sur ma faim, surtout que j’ai trouvé l’idée de départ super bonne et super drôle !

De quoi ça cause De bons présages ?

Ce n’est ni plus ni moins qu’une réécriture de l’Apocalypse par deux auteurs géniaux, bien que je ne connaisse Terry Pratchett que de renommée ; je n’ai pas encore lu Les Annales du Disque-Monde et je ne sais pas si je vais me laisser tenter : c’est un sacré morceau de la littérature SF et j’ai peur que ce soit un peu trop complexe pour ma petite cervelle… Mais bref. Pour en revenir à l’Apocalypse selon Pratchett et Gaiman, ça donne ceci :

L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé! Ainsi en ont décidé, d’un commun accord, les forces du Bien et celles du Mal. L’Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, résidant sur Terre depuis l’époque de la première pomme. Mais voilà, suite à un coup du sort, l’enfant a été échangé à la maternité. Le véritable Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue de Londres. Et ça, ça change tout! Une course contre la montre commence alors pour l’ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort…

Pratchett; Gaiman, De bons présages, Quatrième de couverture ; éd. J’ai Lu (2014).

C’est très caustique et très drôle aussi. Une belle démonstration de l’absurde à quatre main. Cependant, comme je le disais plus haut, j’ai trouvé l’ensemble déséquilibré à cause du rythme qui s’essouffle sur la fin et c’est dommage parce que j’ai adoré l’idée de prendre cet épisode biblique ultra connu pour le tourner en dérision et en faire quelque chose d’aussi absurde.

D’autant que l’absurde n’empêche pas la critique et le moins que l’on puisse dire c’est que l’Amérique en prend pour son grade, que ce soit sur le plan religieux ou sociétal ; l’Angleterre s’en tire un peu mieux même si certains travers sont également épinglés. Malgré une légèreté apparente, les thèmes abordés via l’Apocalypse et ses conséquences sont toujours d’actualité et donnent au roman une dimension bien plus complexe que la simple réécriture parodique. J’ai grandement apprécié cet aspect du livre.

Le style d’écriture du roman m’a donné du fil à retordre par contre. J’ai eu un peu de mal au début avec cet enchainement ininterrompu de digressions toutes plus drôles les unes que les autres ; on notera ici que les notes de bas de pages n’en sont pas réellement puisqu’elles font partie intégrante de l’histoire. C’est un coup de main à prendre mais je conçois que ça puisse vite devenir chiant et insupportable pour certains lecteurs.

Mais en conclusion, De bons présages est (quand même) un livre qu’il faut lire !

De-bons-presages[1]

Je voudrais lire…

Le Tome 2 de Sandman – Après la révélation que fut le premier tome, je compte bien ne pas m’arrêter en si bon chemin même si c’est un pavé et que je mets 3 mois pour le finir. JE VEUX SAVOIR !!

Coraline – et pourquoi pas revoir l’adaptation cinématographique par la même occasion… Ca pourrait être sympa, pour une thématique liée à Halloween par exemple.

Marvel 1602 – Ca risque d’être compliqué… Je ne suis pas encore parvenue à l’emprunter à la bibliothèque et je crois bien que ce Comics n’est plus édité. Bien sûr, l’ouvrage est disponible à la vente en ligne mais à 75 euros l’unité… on va dire que cette lecture va rester un fantasme hein !

American Gods – Le résumé m’a également fait envie lors d’une de mes flâneries en librairie ; ça a l’air d’être un autre gros morceau de la bibliographie de Neil Gaiman et ce roman a également eu droit à son adaptation en série sur Amazon Prime.

L’océan au bout du chemin – En grande partie à cause du titre que je trouve poétique. La quatrième de couverture semble évoquer quelque chose de beaucoup plus sombre, et j’ai hâte de savoir de quoi il en retourne réellement. Lecture potentielle du mois de février puisque j’ai trouvé celui-ci sous le sapin 2019 !

Bande-Dessinée/Comics, Littérature

Spécial Noël #2

Pour cette deuxième édition de l’article Spécial Noël, j’ai décidé de vous présenter deux petites choses – la première un livre de Marianne Chaillan qui explore les plus grands classiques de Disney mais en adoptant une approche philosophique et la seconde est une bande dessinée Jeunesse signée David Boriau (scénario), Steven Dhondt (dessin) et Yoann Guillo (couleur).

Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux – Marianne Chaillan

Pour moi, Noël est un peu un synonyme de Disney et inversement. D’ailleurs, la télé ne s’y trompe pas puisque la rediffusion de quelques uns des dessins animés les plus célèbres de la firme aux grandes oreilles sur les chaines câblées à lieu en ce moment même. Je pense notamment à Aladdin dimanche dernier ou La Petite Sirène et Alice au Pays des Merveilles hier après-midi. De quoi replonger en enfance quasiment instantanément et je ne vais pas m’en plaindre, je les redécouvre avec un grand plaisir à chaque fois.

Ce qui nous amène à parler de Marianne Chaillan et de son livre Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux, dont j’avais entendu parlé à la télé et qui avait suscité ma curiosité parce qu’il se targuait d’analyser les célèbres dessins animés par le biais de grands principes philosophiques. Ce n’est pas nouveau, il y a plusieurs niveaux de lecture pour les Disney et pour les contes dont ils sont tirés et de plus, l’aspect philosophique de ces histoires n’est plus à démontrer : les contes ayant un but pédagogique pour l’auditeur.

Je n’avais pas spécialement d’attentes concernant ce petit livre, si ce n’est « réviser » ma philo et peut-être découvrir une ou deux choses sur mes Disney préférés. Il s’avère que cet ouvrage a été une petite déception de mon côté ; je n’ai d’ailleurs pas été au bout de ma lecture. Le principal reproche que je peux faire est en fait à double tranchant – d’un côté, nous avons des chapitres assez courts eux-mêmes organisés en de courts paragraphes mais d’un autre côté, cela ne permet d’approfondir suffisamment selon moi. Je m’attendais à quelque chose de plus poussé et malheureusement cela n’a pas été le cas.

Cependant, ce livre est parfait si vous n’avez jamais fait de philo et que vous adorez les Disney. C’est un très bon moyen de se familiariser avec certains concepts qui peuvent parfois être abstraits et très compliqués à comprendre avec un ouvrage de philosophie classique. L’ensemble est rythmé, concis et cohérent en plus d’être suffisamment varié que ce soit au niveau des Disney utilisés ou bien au niveau des différents courants philosophiques et des philosophes.

Conclusion

Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux est une parfaite introduction au monde parfois hermétique de la philosophie. Ce n’était pas ce que je recherchais mais ce petit livre bleu est rempli de qualités donc pas question de le descendre en flèche ; il ne me correspondait pas voilà tout. Cependant il invite à un beau voyage malgré tout, ce serait dommage de s’en priver…

Chaillan[1]

Obscurcia, série complète en 3 Tomes – Boriau, Dhont, Guillo

Voilà une série que j’ai beaucoup aimé. C’est en fait une trilogie qui rentre plus ou moins dans la catégorie Jeunesse, bien que certains thèmes soient très sombres pour des enfants. Obscurcia donc c’est l’histoire d’Alex, 12 ans et de sa petite sœur Nina. Leurs parents sont absents, au sens propre comme au figuré puisque la mère n’est pas au domicile familial et le père toujours en déplacement, donc Alex se fait un devoir de veiller sur sa petite sœur. C’est ce qu’il fait lorsqu’un drame familial de plus frappe de plein fouet la petite famille avec la mort accidentelle de Croquette, la petite minette de la maisonnée. Cependant, lorsque cette dernière revient et apparait à Alex pour l’informer de la disparition de sa sœur, Alex, du haut de ses 12 ans, n’a pas d’autres choix que de se rendre à Obscurcia, le monde des cauchemars et des doudous oubliés, pour espérer sauver sa petite sœur…

Couverture Obscurcia 2

A première vue, nous sommes en plein dans les thématiques de l’enfance : le héros a 12 ans et se montre très protecteur envers sa petite sœur, d’autant plus que la situation familiale est loin d’être idéale, il y est question d’un monde imaginaire des cauchemars (à la façon d’un Pays Imaginaire) et de doudous et autres jouets perdus. Néanmoins, la comparaison s’arrête là j’en ai bien peur : certains sujets abordés sont quand même assez sombres voire complexes à comprendre réellement. De plus, il y a quand même beaucoup d’hémoglobine avec des personnages gravement blesser parfois quand le dessin n’est pas carrément érotique… Donc à faire lire à des enfants, je ne sais pas trop, je ne suis pas convaincue mais des ados peuvent y aller sans problème je pense.

A mon sens d’ailleurs, la grande force de cette histoire ce sont les dessins de Steven Dhont et le travail sur la couleur de Yoann Guillo. Je ne dis pas que David Boriau n’a pas fait un bon travail sur cette histoire, c’est juste que j’ai plus été sensible aux dessins et aux couleurs utilisées. Beaucoup de pages sont d’ailleurs dépourvues de bulles sur l’ensemble des 3 tomes et cela n’enlève rien au rythme de l’histoire, bien au contraire. C’est même logique étant donné que toute l’histoire ou presque se déroule à Obscurcia, le mondes des cauchemars et des doudous abandonnés… L’ensemble est très bien construit, il est cohérent sur les 3 tomes et le scénario offre un retournement de situation brillant à la fin.

Conclusion

Obscurcia est une jolie petite pépite sans être un coup de cœur. C’est très plaisant à lire et à regarder également – on s’attarde facilement sur certaines pages ou double pages. Pour les amateurs de contes, vous y découvrirez des clins d’œil à d’autres contes, Hansel et Gretel et bien sûr Peter Pan en tête… Bref, Obscurcia c’est un conte moderne à lire et à relire, comme tout conte qui se respecte.

C’est sur cette note enchantée que je vous laisse et que je vous souhaite de passer un très bon Réveillon de Noël 🙂 !

Littérature

[Contemporain] Graine de sorcière – Margaret Atwood

Graine de sorcière, c’est la rencontre d’une grande dame des lettres canadiennes et un grand homme des lettres anglaises (si ce n’est le plus grand de son genre et de son époque). En effet, avec ce roman Margaret Atwood s’attaque à William Shakespeare lui-même en réécrivant une de ses pièces les plus célèbres, je veux bien sûr parler de La Tempête. Ce n’est pas un livre très long, il se lit très vite et j’ai adoré.

La magie de Margaret Atwood

Réécrire Shakespeare n’est pas donné à tout le monde ; l’art de la réécriture est complexe et compliqué. Il faut suivre la trame de l’œuvre tout en y incorporant son style et des éléments novateurs en veillant à ce qu’ils soient cohérents avec la trame de fond. Coordonner tous ces éléments ce n’est pas évident, et même s’ils y sont de manière rigoureuse, il arrive parfois que la réécriture ne fonctionne pas et qu’elle soit ratée. Ce n’est pas le cas ici. J’ai trouvé cette réécriture brillamment moderne, lumineuse et pleine d’espoir. Alors que pourtant, une des thématiques principale de ce roman c’est justement la vengeance et il n’y a rien de brillant ou de lumineux dans une telle entreprise… Mais c’est sûrement ça, la magie de Margaret Atwood : apporter de la lumière là où on pense de prime abord qu’il n’y en a pas.

« Injustement licencié de son poste de directeur du festival de Makeshiweg, au Canada, alors qu’il mettait en scène La Tempête de Shakespeare, Félix décide de disparaitre. Il change de nom et s’installe dans une maisonnette au cœur de la forêt pour y panser ses blessures, pleurer sa fille disparue. Et préparer sa vengeance.

Douze années passent et une chance de renaitre se présente à Félix lorsqu’on lui propose de donner des cours de théâtre dans une prison. Là, enfin, il pourra monter La Tempête avec sa troupe de détenus, et tendre un piège aux traitres qui l’ont détruit. Mais la chute de ses ennemis suffira-t-elle pour qu’il s’élève à nouveau ?

Le nouveau roman de Margaret Atwood, la grande dame des lettres canadiennes au succès phénoménal, est un hommage à Shakespeare à travers une prose sublime, déchirante et drôle à la fois »

Graine de sorcière, Margaret Atwood. Quatrième de couverture, éd. Robert Laffont/coll. Pavillons. avril 2019

Couverture Graine de sorcière

Les thématiques

C’est un livre extrêmement puissant et fort de part les thèmes et les sujets abordés. Ces thèmes sont d’ailleurs les mêmes dans la Tempête mais remis au goût du jour et modernisés, pour ne pas dire carrément dépoussiérés. Selon moi, c’est la grande force de cette histoire : les thématiques demeurent universelles et chacun peut s’y retrouver.

Comme annoncé dans la quatrième de couverture, on retrouve bien sûr la thématique de la vengeance (thème central de la pièce de théâtre) mais au fil de la lecture, on en découvre d’autres, toutes aussi importantes et universelles et qui changent radicalement le regard sur la pièce et les personnages de cette dernière. Ainsi Graine de sorcière aborde avec délicatesse la perte d’un être cher et le deuil plus ou moins long qui s’en suit, la folie qui peut survenir à la suite d’un choc ou d’un isolement prolongé ; la passion et l’utilité du théâtre (notamment dans les milieux dits « difficiles »), l’amour bien sûr et enfin le pardon et la quête de rédemption.

Tous ces thèmes ont toujours inspirés et William Shakespeare les a lui-même traités dans ses pièces les plus célèbres, qu’il s’agissent des tragédies ou des pièces historiques. Je pense que c’est d’ailleurs pour cette raison que cette réécriture fonctionne si bien : Margaret Atwood a repris exactement les mêmes thèmes sauf qu’au lieu d’en faire une copie, elle en approfondit certains plus que d’autres et de fait, elle livre sa propre version de La Tempête et devient donc metteuse en scène à son tour, comme Shakespeare avant elle.

Néanmoins l’auteur de la Servante Ecarlate n’en oublie pas un de ses thèmes de prédilection qu’est le féminisme en rapport à la domination masculine, consciente ou non. Ce n’est à mon avis pas si anodin si cette histoire se déroule dans un pénitencier et où les seules figures féminines se trouvent être des femmes avec des postes à responsabilités et/ou intouchables aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. Je me doute que ce n’est pas très clair et que ça ne vous évoque sans doute pas grand-chose mais si vous lisez ce livre, je pense que vous comprendrez où je veux en venir mais je ne vous en dis pas plus, au risque de vous dévoiler partiellement l’intrigue.

Conclusion

Coup de cœur inattendu pour cette réécriture dont je n’attendais rien en particulier. C’est un roman qui m’a donné envie de replonger dans l’univers Shakespearien, que ce soit en relisant certaines œuvres directement, en visionnant à nouveau des films que j’avais beaucoup à l’époque, comme Shakespeare in Love ou encore Anonymous ; je ne mets pas le film Romeo + Juliet de Baz Luhrmann (je l’ai revu il n’y a pas si longtemps) ; ou bien lire d’autres réécritures d’autres pièces de Shakespeare afin de pouvoir comparer, pourquoi pas… bref, si vous avez des pistes, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires et en attendant, je vous souhaite une agréable (re)découverte de La Tempête de William Shakespeare !

Bande-Dessinée/Comics

[BD] Il faut flinguer Ramirez, Acte I

 Ou la brillante démonstration qu’avoir le même nom que quelqu’un d’autre, c’est vraiment pas de bol… C’est même la poisse ; surtout lorsque vous êtes muet et que la personne avec qui vous partagez bon gré mal gré votre identité se trouve être un mafieux de premier ordre. Et si en plus, pour couronner le tout, vous êtes l’employé du mois tant vous êtes dévoué à votre travail… On frôle la catastrophe !

Vous l’aurez deviné sans doute, ces quelques lignes sont un résumé condensé de la situation invraisemblable dans laquelle se trouve Jacques Ramirez, héros de cette histoire et fugitif malgré lui. Les situations les plus loufoques font place à d’incroyables qui pro quo tout au long de l’histoire et personnellement, j’en redemande.

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Si vous êtes un minimum cinéphile et que vous aimez tout particulièrement les films ayant pour sujet la mafia ou les films de Quentin Tarantino, cette bande dessinée s’adresse à vous. Bien entendu, il s’agit d’un premier tome donc le scénario présente les personnages et l’intrigue globale tout en laissant des zones d’ombre qui servent à instaurer des pointes de suspense quand il est question de Jacques Ramirez. De plus, on sent vraiment l’influence du cinéma dans la conception de la BD, que ce soit dans le rythme des dialogues ou dans les quelques double pages qui mettent en lumière le décor dans lequel évolue les personnages. Enfin, Nicolas Petrimaux offre aux lecteurs un point de vue décalé et hilarant dans les médias de son histoire – on y retrouve pêle-mêle des publicités en tout genre, des articles de presse et des fake news. Jubilatoire !

Conclusion

Il faut flinguer Ramirez est auréolée de nombreux prix dont le Prix des libraires de Bandes dessinées 2018 et c’est amplement mérité. Avec des dessins soignés et un scénario maitrisé digne des plus grands films hollywoodien, cette BD est pour moi une petite pépite (sans aller jusqu’au coup de cœur) qu’il fait lire absolument, sous peine de rater quelque chose. Ou à relire sans modération en attendant la suite…

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Littérature

[Découverte] [Contemporain] Helena – Jérémy Fel

Gros coup de cœur de l’année 2019 pour cette lecture aussi déroutante que fascinante. Helena fait partie des romans que je ne peux que conseiller malgré son atmosphère dérangeante. Ne vous fiez pas à la connotation péjorative du « page-turner » ; ce livre en est un effectivement mais les arguments pour redonner ses lettres de noblesse à cette catégorie souvent mal-aimée sont bien là. Je vous emmène donc sur les traces d’Helena, faire l’autopsie d’un thriller très réussi !

 

The Sound of Silence

Helena ce sont les histoires mêlées de Tommy, Haley et Norma faites de rêves et d’espoir au milieu d’un Kansas isolé et désolé. Ces trois destins ont malgré tout quelque chose de commun qui les réuni : la solitude (qui entraine le silence). C’est un roman qui traite magnifiquement de la solitude et de la difficulté à sortir du silence. Et puis il y a les conséquences, souvent dévastatrices pour les personnages, de ces silences. Le tout admirablement décrit sous la plume de Jérémy Fel.

En réalité, il y a plusieurs solitudes. La première est géographique avec cet Etat du Kansas avec la petite ville d’Emporia où il ne se passe jamais grand-chose et où la jeunesse ne rêve que d’une chose : partir. Partir pour mieux revivre n’importe où ailleurs, à la poursuite de rêves plus ou moins inaccessibles. C’est dans ce contexte morbide que le lecteur suit les destins de Tommy, Hayley et Norma qui sont autant d’exemples de solitude.

La solitude des personnages est à la multiple et unique et c’est vraHelena_fel[1]iment le point central du roman. Chacun gère à sa façon cette solitude et les silences qui en découlent du mieux qu’il peut, avec les moyens du bord. Alors certes, des personnages qui souhaitent échappés au déterminisme ambiant dans un cadre isolé, on pourrait se rapprocher d’un cliché vu, revu et corrigé mais l’ambiance lourde et pesante qui se dessine au fil des pages parvient à faire oublier les quelques lieu-communs présents dans le roman ; je pense notamment à la panne de voiture qui oblige Hayley à rester sur le bord de la route. Un peu cliché mais la langue étant parfaitement maitrisée, cette panne devient autre chose qu’une simple panne de voiture.

Ce qui m’amène à évoquer la langue dans son ensemble. C’est le gros point fort de cette histoire selon moi. Tantôt crue et inquiétante, tantôt douce et lumineuse, cette maitrise de la langue sert des personnages énigmatiques et puissants que vous aimerez détester selon la situation. De plus, l’écriture est très fluide et cela facilite grandement la lecture de certains passages qui pourraient être difficile à lire parce que très crus, très bruts. C’est une écriture sans concessions mais également toute en nuances. Bref, une écriture qui vous fera passer par tous les états émotionnels, et pour ça : chapeau bas Monsieur Fel !

Conclusion

Helena fait incontestablement partie des livres qu’il faut lire absolument. La langue y est splendide et le style fluide ; les personnages pris dans des tourments qui paraissent insurmontables dans une atmosphère lourde et pesante comme un soir d’orage en plein été. 728 pages au compteur et autant de coups de poings et de nuances qui ne vous laisseront pas indifférents, que vous aimiez ou non l’ouvrage. Seul petit bémol me concernant : le traitement de certains personnages féminins qui n’est pas suffisamment approfondi et qui peut malheureusement donner une mauvaise ou une fausse image du personnage en question malgré de très fortes personnalités.

Une réussite signée Jérémy Fel, aux éditions Rivages poche.

Littérature

[Découverte] [Contemporain] Les cygnes de la Cinquième Avenue – Melanie Benjamin

Roman que j’ai acheté l’année dernière parce que la critique en faisait un livre intéressant, voire passionnant ; sans oublier la quatrième de couverture, savamment construite, qui laisse entrevoir le récit d’une amitié passionnée entre une icône de la mode, Babe Paley, et une icône du monde littéraire, Truman Capote.

Babe Paley est la plus en vue des « Cygnes de la Cinquième Avenue », ces femmes de la haute société new-yorkaise des années 1950. Son atout indéfinissable : son style. Elle incarne l’élégance, fait souvent la une de Vogue, mais ce que personne ne voit, c’est le sentiment de solitude qu’elle laisse dans son sillage, en dépit de sa fortune, de ses enfants, de son mari riche et puissant. Jusqu’au jour où Truman Capote surgit dans sa vie. Leur amitié est instantanée et fulgurante. Babe trouve chez l’écrivain prodige, aussi génial qu’extravagant, la passion qui manquait à son existence. Grâce à elle, Truman accède à cette élite qui le fascine tant. Et à ses secrets, ses rumeurs, ses scandales, y puisant son inspiration, au risque de trahir Babe.

Les cygnes de la Cinquième Avenue, Melanie Benjamin, Quatrième de couverture. Ed. Le livre de poche, 2018

Sensationnel selon Elle

Heureusement que je n’ai pas acheté ce livre sur ce seul critère parce que je n’ai rien trouvé dans ce roman qui justifie un tel qualificatif. Ni dans l’histoire, ni dans les personnages, ni dans le style l’auteur. Je suis peut-être passée à côté du propos mais pourtant je n’en ai pas l’impression puisque si je devais faire un autre résumé de l’ouvrage je dirais qu’il est question d’amitié certes profonde mais également profondément toxique entre deux personnes qui n’étaient pas censées se rencontrer. De plus, j’ai appris deux, trois choses sur une époque désormais révolue. Cependant, je ne crois pas que cela suffise pour recommandé un livre…couv67236070[1]

J’ai trouvé l’histoire intéressante, les personnages aussi. C’est vrai qu’il y a quelque chose de fascinant dans cette amitié presque morbide entre Truman et Babe mais à part cet élément central et moteur, force est de reconnaitre qu’il m’aura fallu 200 pages pour véritablement rentrer dans l’histoire et dévorer les 200 dernières… Pour un roman qui compte 470 pages (si l’on exclu la note de l’auteur), c’est quand même un sacré déséquilibre ! Remarquez, c’était peut-être cela le sensationnel dans l’histoire finalement ?… Ou peut-être que les romans qui traitent des apparences d’une manière ou d’une autre ne sont simplement pas fait pour moi.

Le style est plutôt simple et compréhensible tout en retranscrivant cette élégance des Cygnes dont parle Melanie Benjamin. Néanmoins, la structure m’a laissée perplexe plus d’une fois et c’est sûrement la raison pour laquelle je ne suis pas rentrée dans cette histoire pourtant non dénuée d’intérêt.

Conclusion

Ce n’est certainement pas un livre qui me laissera un souvenir impérissable. J’aurais aimé l’apprécier d’avantage, ne serait-ce que pour Barbara Paley, cette femme extrêmement tout mais surtout extrêmement fragile et seule derrière les apparences. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Je ne peux pas être totalement négative, je suis peut-être passée à côté de cette lecture-ci. A ce propos si vous l’avez lu, je serai curieuse de savoir ce que vous en avez pensé, ce que vous avez aimé ou non…

Bande-Dessinée/Comics

[BD] The Amazing Spider-Man : La chute de Parker

Comic acheté en même temps que celui sur Catwoman, il est cosigné Dan Slott, Christos Gage et Stuart Immonen et présente un Peter Parker qui n’est pas sous son meilleur jour. En effet, ce dernier est au plus mal après la faillite de son entreprise, la bien nommée Parker Industries. Le trentenaire tente de faire face tant bien que mal à l’opinion catastrophique que les gens ont de lui puisque beaucoup ont perdu soit leur emploi soit de l’argent dans cette affaire… Heureusement pour Peter, il peut compter sur ses amis et sur Spider-Man pour lui remonter le moral. Le tisseur continue de veiller sur New-York et de fait, il bénéficie toujours d’une grande popularité auprès des habitants, contrairement à l’homme derrière le masque…

Amazing-Spider-Man[2]

J’ai énormément apprécié le traitement du personnage de super-héros ici, comme s’il s’agissait de deux personnages dissociés – Peter Parker et ses déboires d’un côté et Spider-Man toujours fidèle à son poste de super-héros. Le scénario est peu commun bien que Marvel soit désormais coutumier de ce genre de situation ; les scénaristes contemporains ne prennent plus vraiment de gants avec ses êtres qui sortent de l’ordinaire et n’hésitent pas à les malmener un peu en les montrant au fond du trou comme c’est le cas ici, ou bien bel et bien morts – tant pis s’il s’agissait de votre chouchou, vous vous en remettrez ! En général, ce procédé rend les personnages plus humains et le phénomène d’identification n’en est que plus fort, surtout si le personnage en question arrive à rebondir…

Ce comics tourne autour de cette thématique c’est un bon point pour cet ouvrage. De plus, les dessins sont agréables à regarder je trouve, même s’ils ne sont pas saisissants il faut dire ce qui est. Les dessins sont corrects mais le scénario est vraiment bon ; mon ressenti concernant les dessins est sûrement au fait que ces derniers sont dessinés par au moins deux personnes différentes, chose qui me gêne habituellement beaucoup plus car cela entame l’unité de la BD ou du comics.

Cette fois-ci ça a été différent. En effet, plusieurs histoires ont été rassemblées dans cet album autour de la thématique « Peter Parker au fond du trou » ou du moins, c’est ainsi que je l’ai perçu et du coup, je n’ai pas trouvé cela dérangeant que plusieurs personnes interviennent au niveau du dessin (ou moins que d’habitude disons). J’ai eu l’impression d’avoir plus à lire mais je pense que cela relève plus d’une illusion que d’autre chose !

Cela étant dit, j’espère qu’il y aura un tome 2 (et le petit 1 en bas de la tranche le laisse entendre) parce que la fin de la dernière histoire est vraiment savoureuse. En même temps, il est question du Bouffon vert et de Carnage… Que du bonheur pour les fans des aventures de Spidey !…

Littérature

[SF] [Classique] Des Fleurs pour Algernon – Daniel Keyes

J’ai terminé il y a peu Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes. C’est la quatrième de couverture qui m’a poussée à acheter ce livre, parce que c’est un très bon résumé de l’histoire tout en suscitant la curiosité du lecteur. Une inconnue demeurait malgré tout : l’ouvrage classé Science-fiction, bien loin de mes lectures habituelles. L’occasion pour moi de sortir de ma zone de confort.

Des Fleurs pour Algernon, édition augmentée

Le roman

Pour autant que je me souvienne, la Science-fiction est longtemps restée un monde impénétrable pour moi, la faute sans doute à de trop nombreux a priori et à Aldous Huxley et son Meilleur des mondes… et puis l’année dernière grâce à des films d’anticipation (Seven Sisters et The Circle en tête), j’ai pu me rendre compte que la SF, c’était aussi pour moi à condition de trouver le bon angle d’approche.

Pour en revenir à Algernon, c’est apparemment un classique du genre ; enfin c’est l’annotation que j’ai retrouvé en marge d’un cours de philo de terminale. Je suppose que c’est le cas, même si je n’en avais jamais entendu parlé avant de mettre la main dessus. C’est l’histoire émouvante de Charlie Gordon et d’Algernon, une petite souris de laboratoire. Cette dernière a subi une opération qui décuple considérablement son intelligence et elle semble y survivre bien mieux que ses congénères du laboratoire. Forts de cette réussite, les docteurs Nemur et Strauss de mener l’expérience sur un humain. Le candidat retenu pour mener à bien cette nouvelle étape de l’expérience, et ainsi valider les recherches des deux scientifiques, s’appelle Charlie Gordon. Il a la particularité d’être simple d’esprit mais il possède une motivation hors norme : celle de devenir plus intelligent à tout prix. Dès lors son destin se retrouve lié à celui d’Algernon…

Couverture Des Fleurs pour Algernon

C’est un roman très émouvant. Très philosophique aussi. Néanmoins, il reste accessible et compréhensible par le plus grand nombre. J’ai beaucoup aimé faire de la philo sans en faire véritablement ; disons que certains concepts sont présent sans être stériles. La réflexion est très poussée et le vocabulaire relativement simple, malgré un ou deux passages un peu ardu… Ce n’est pas pour autant que je relirais Platon malgré tout.

Des Fleurs pour Algernon est une belle illustration de ce courant de pensée. La seule question qui subsiste à la fin de la lecture est celle-ci : le savoir et la connaissance nous rendent-ils plus heureux ?

L’édition augmentée

La deuxième partie de cet ouvrage présent un essai autobiographique de Daniel Keyes ainsi que la nouvelle originale, Des Fleurs pour Algernon. Je me suis d’avantage intéressée à l’essai de l’auteur dans lequel il revient sur les détails qui l’ont aidé à la rédaction Des Fleurs pour Algernon, qu’il s’agissent du roman ou de la nouvelle.

L’essai simplement mais joliment intitulé Algernon, Charlie et moi comporte 200 pages et se découpe en 4 parties. Les deux premières parties concernent l’élaboration du roman avec la « rencontre » de l’auteur avec Charlie et Algernon – il est important que tout ne s’est pas fait du jour au lendemain et qu’il s’agit d’un cheminement qui remonte aux années de fac de l’auteur. Daniel Keyes prend également le temps de revenir sur l’importance qu’à eu la psychanalyse dans sa vie et donc in fine, l’influence qu’elle a eu sur son œuvre. D’autant plus qu’il rend la chose assez drôle à lire. Les troisième et quatrième parties portent sur des considérations beaucoup plus littéraires. On y découvre les multiples tourments de l’auteur de l’écriture du premier jet et son combat de tous les instants afin que son histoire ne soit pas dénaturée par les éditeurs à qui il la proposait. Cela permet de voir une méthode d’écriture parmi tant d’autres. De quoi donner de l’espoir à tous les (futurs) écrivains en herbe…

Daniel Keyes revient également longuement sur le succès de son histoire, en allant de sa forme littéraire jusqu’à son application dans la vie réelle (si je puis dire) lorsqu’une souris de laboratoire a vu son intelligence augmentée artificiellement lors d’une expérience en 1999. Bien sûr, il y a eu nombre d’adaptations pour le cinéma et la télévision mais plus surprenant : une comédie musicale qui n’a pas rencontrée son public. L’inverse l’aurait été.

Conclusion

Peut-être que je lirai un jour la nouvelle originale mais pour l’heure et pour le bien de cet article, je vais m’en tenir à la forme romanesque de cette histoire. Il y a rarement des histoires qui me touchent et m’émeuvent à ce point. Bien que le propos soit différent, je n’hésite pas à classer le roman de Daniel Keyes dans la même catégorie que Dites-leur que je suis un homme d’Ernest J. Gaines. Il y a la même puissance dans ces deux ouvrages, tous les deux profondément remplis d’humanité, d’émotions et de bienveillance. Si vous ne l’avez encore jamais lu, Des Fleurs pour Algernon est un classique de la SF à lire d’urgence.

Bande-Dessinée/Comics

[BD] Selina Kyle : Catwoman, Tome 1

Il y a bien longtemps que je n’ai pas présenté de BD ou de Comics ici, malgré celles qui attendent sagement leur tour, et je compte bien rattraper cette méprise avec ce petit bijou, signé Joëlle Jones au scénario et aux dessins.

Un bijou à croquer à pleines dents

J’annonce la couleur tout de suite : j’ai adoré. D’une part, parce que j’adore le personnage de Catwoman (la version Selina Kyle) tantôt criminelle, tantôt justicière ; j’estime que c’est un des personnages les plus réussis de DC Comics grâce aux nuances dont est doté le personnage et c’est peut-être également un des plus complexes dans l’univers de Batman, avec le Chevalier Noir évidemment et le Joker.

D’autre part, il y a la plume et les dessins de Joëlle Jones qui ont fini de me convaincre. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une Origin story à proprement parler, même si l’auteur prend le temps de revenir sur l’enfance de Selina et sa sœur Maggie. Le scénario tient la route mais il s’agit d’un premier tome. Il faudra voir comment il évolue dans le temps. Concernant les dessins, si vous aimez les œuvres pop art de Roy Lichtenstein les dessins ont de grandes chances de vous plaire.

Couverture Catwoman T1

Conclusion

Ce premier tome mettant en scène la voleuse la plus féline et la plus célèbre du monde est une réussite et annonce une série prometteuse. Cependant, je vais me montrer prudente concernant les tomes à venir ; si celui-ci traite de sujets actuels, le scénario est presque convenu et prévisible. Donc j’espère que les tomes à venir arriveront à me surprendre, affaire à suivre… En attendant, les dessins sont très agréables et très féminins et les dessins de couverture une splendeur.

Littérature

[V.O] [Contemporain] Brooklyn – Colm Tóibín

Nous sommes au début des années cinquante, et c’est l’histoire d’Eilis Lacey, jeune fille irlandaise qui vit dans une petite maison avec sa mère et sa sœur ainée, Rose. La perspective d’un avenir heureux en Irlande pour Eilis est faible voire inexistant. C’est pourquoi, lorsque l’occasion se présente, Rose arrange pour sa sœur un allé simple pour New-York et c’est ainsi que la pauvre Eilis se retrouve bien malgré elle à faire un voyage qu’elle n’a pas choisi, pour le meilleur et pour le pire…

brooklyn[1]

Ce livre c’est en fait un peu de meilleur pour beaucoup de pire. Pour vous la faire courte une déception totale et complète, pratiquement du début à la fin. Heureusement que le livre ne comptait que 250 pages et qu’il était en version originale, sinon je l’aurais abandonné sans le moindre scrupule… mais comme je voulais absolument relire quelque chose en V.O, ça m’a permis de tenir le cap et de me rendre compte que cet auteur n’était pas du tout pour moi. Un style très descriptif avec trop de tournures de phrase en indirect libre, très peu pour moi en français mais alors en anglais c’est vite devenu un calvaire pour moi alors que j’ai un assez bon rythme de lecture, habituellement, même en anglais. Donc j’ai laissé Brooklyn trainé en longueur, malgré ses 250 pages…

Il faut dire qu’il ne s’y passe pas grand-chose et aussi que je m’attendais probablement à autre chose, ayant déjà lu quelques récits traitant du même sujet auparavant. J’ai trouvé l’atmosphère du livre globalement déprimante mais paradoxalement très irlandaise aussi. Une sorte de joie dans le désespoir, comme c’est souvent le cas dans la littérature irlandaise. C’aurait pu être une bonne chose, d’autant que le sujet de l’immigration s’y prête bien mais malheureusement le style de l’auteur m’a sorti du roman et je n’ai pas pu me remettre complètement dedans, malgré une troisième partie absolument réussie.

Conclusion

Brooklyn de Colm Tóibín n’est pas sans rappeler des auteurs tels que Frank McCourt ou encore Edna O’Brien, dont le Country Girls m’a donné bien des sueurs froides lors de mes deux premières années de Licence, et s’il est certain que l’on retrouve cette atmosphère si particulière des auteurs irlandais en général, on ne peut pas dire que je me sois passionnée pour cette traversée outre-Atlantique. Pour moi, ce livre n’a eu aucun intérêt et je suis même impatiente de commencer autre chose pour oublier ce désastre, alors que j’avais sélectionné ce livre pour sa longueur, son sujet et aussi à cause de l’adaptation cinématographique qui en a été faite, avec Saoirse Ronan dans le rôle titre. Autant vous dire que je ne suis pas du tout certaine de visionner le film tant cette lecture s’est apparentée au calvaire pour moi…