Cinéma

Les hommes & les femmes en noir

Dernier film sur ma liste de films « A voir peut-être », Men in Black : International de F. Gary Gray. Un reboot assez sympathique qui remplit sa mission première de divertissement sans pour autant être à la hauteur du tout premier Men in Black réalisé par Barry Sonnenfeld en 1997. Même si le scénario est efficace (dans le sens où il modernise un temps soit peu la franchise), il n’en reste pas moins prévisible quasiment de bout en bout.

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Néanmoins, rendons à César ce qui lui appartient : les scénaristes ont tout de même évité au spectateur la presque traditionnelle romance insipide et inutile entre l’agent H et l’agent M, autrement dit les protagonistes principaux incarnés par Chris Hemsworth et Tessa Thompson. Et c’est tant mieux ! Un cliché de moins sur lequel râler.

D’ailleurs puisqu’on parle des personnages, j’ai également apprécié la construction des agents M et H ; ils ont chacun leurs motivations, leurs blessures et le tout est plutôt bien amené et exploité, même si bien sûr il aurait été possible de faire encore mieux je pense… Par contre, je crois qu’il faut arrêter avec Liam Neeson – enfin, je veux dire… c’est un bon acteur mais j’ai toujours l’impression de le voir plus ou moins dans le même registre ou du moins, j’ai l’impression qu’il incarne toujours le même type de personnage. Résultat : l’intrigue devient prévisible et c’est couru d’avance ; personnellement, j’avais dénoué le nœud de l’histoire bien avant les deux héros.

Comme je le disais plus haut, le film est prévisible mais pas décevant dans son ensemble. Cela étant dit, il y a cependant deux choses que j’ai trouvé grandement décevantes ; premièrement l’humour. Il y a bien un ou deux moments marrants dans le film mais rien de bien transcendant à mon goût, mais c’est un avis totalement subjectif. En comparaison j’avais le souvenir d’un film à littéralement mourir de rire avec le duo Will Smith/Tommy Lee Jones… Mais je connais la chanson : reboot = franchise/film connu MAIS nouvelle histoire avec de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. Je ne m’en plains pas, cependant un peu plus d’humour n’aurait certainement pas nuit au film à mon sens. Un mot aussi concernant la musique du film qui ne marquera pas les esprits, j’en suis navrée. Danny Elfman que j’adore pourtant, nous a servi une bande son tout à fait oubliable et sans saveur… La musique basique d’un film d’action en somme.

Conclusion

Film à voir au cinéma si vous avez un abonnement illimité ou encore mieux : chez vous, à la télé devant un plateau repas. C’est sûrement un jugement un peu dur dit comme ça mais c’est ce que vaut ce film à mes yeux. Heureusement pour lui, le film ne cherche pas à jouer sur l’effet nostalgie du premier MIB mais il reste construit sur un scénario prévisible qui cherche un peu maladroitement à moderniser la franchise, notamment avec un nouveau duo d’agents qui fonctionne très bien grâce sans doute à la complicité entre Tessa Thompson et Chris Hemsworth.

Cinéma

Pop Extravaganza !

Afin de rattraper la catastrophe que fut Dark Phoenix, je suis allée voir Rocketman de Dexter Fletcher, avec Taron Egerton dans le rôle titre. Le moins que l’on puisse dire c’est que les films musicaux ont la côte en ce moment à Hollywood entre Bohemian Rhapsody, ce film-ci et Yesterday qui sortira au mois de Juillet. Peut-être qu’il y a un léger surdosage mais pour l’instant, ce n’est pas pour me déplaire et à mon avis, Rocketman va suivre le même chemin que Bohemian Rhapsody

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Enfin, je dis ça mais je n’en sais strictement rien en fait. Je lui souhaite de tout cœur d’avoir le même succès retentissant parce que Taron Egerton, Jamie Bell (Bernie Taupin), Matthew Illesley et Kit Connor (respectivement Elton John enfant et Elton John adolescent) y sont brillants.

Tous les acteurs chantent réellement et certaines chorégraphies sont juste grandioses, le tout réhaussé des magnifiques chansons de l’artiste. Puisqu’on parle des chansons, celles présentes dans le film sont très justement incorporées dans le film et dans la trame de l’histoire. Par contre, je ne pense pas qu’elles aient toutes été écrites au moment correspondant à la vie réelle d’Elton John. Il n’en reste pas moins que l’on ressent tout le soin apporté à la sélection et au placement des chansons tout au long du film.

Pour être franche, je ne connaissais pas du tout la vie du chanteur ; seulement ses tenues extravagantes et l’aura qu’il possède désormais dans le monde entier, et Rocketman constitue la porte d’entrée idéale pour en apprendre d’avantage sur Elton John. Ce qui m’a le plus surprise et frappé c’est de constater à quel point il avait été malheureux dans sa jeunesse… Heureusement qu’il avait sa grand-mère (jouée par Gemma Jones) pour l’aimer, le soutenir et l’encourager à apprendre le piano et la musique parce que sinon je pense qu’Elton John n’aurait jamais existé… Les parents de ce dernier auraient mérités d’être flingués autant l’un que l’autre. John Reid également. D’ailleurs, si je ne dis pas de bêtise, Freddie Mercury a eu le même manager… enfin je crois.

Concernant les chansons, je les connaissais toutes évidemment. Cependant là où j’ai eu un peu honte de moi, c’est que je connaissais surtout les reprises faites par d’autres artistes et pas les originales, mais comme je ne me considère pas comme une fan d’Elton John, on va dire que cela m’évitera de grands moments de solitude dans les conversations à venir sur le sujet.

Ah, et je vous ai dit que je trouvais Taron Egerton génial et pas seulement dans ce film ? J’imagine combien la performance a dû lui coûter en énergie et en heures de travail mais franchement le résultat est au rendez-vous, plus que réussi. Et puis j’imagine que la complicité entre les deux hommes a aidé ; il y a une sorte d’accomplissement aussi et un sentiment de satisfaction lorsqu’on se rend compte qu’Elton John a joué son propre rôle dans Kingsman : le Cercle d’or et que Taron Egerton, héros dans Kingsman, joue Elton John dans le biopic qui lui est consacré… On peut dire que la boucle est bouclée !

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Voilà. Je n’ai pas grand-chose à dire de plus sur ce film, j’ai vraiment passé un très bon moment tout en couleurs et en chansons. Bon moment joyeux et assez émouvant garanti !

Sur ce, je vous souhaite de bonnes séances ! A très vite…

Cinéma

Quand le phénix ne s’envole pas

J’aime énormément les X-Men, peut-être pas autant que les Avengers mais quand même, et puis généralement ce sont plutôt de bons films – à grand spectacle certes mais c’est la raison majeure pour laquelle les gens se déplacent en nombre d’habitude, à condition que le scénario et les émotions soient au rendez-vous… ce qui n’est pas le cas ici. Attention, accrochez vos ceinture pour une critique négative avec quelques spoilers à la clé.

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Vous l’aurez compris, je n’ai particulièrement aimé ce film et donc, une fois n’est pas coutume, commençons par les points négatifs puisqu’il n’y a que ça quasiment. Tous ces points négatifs découlent d’un point central et très mauvais selon moi : le scénario.

Je ne sais pas vraiment si c’est moi qui suis en train de faire une overdose de super-héros depuis Avengers Endgame ou si le scénario est véritablement mauvais mais je n’ai pris aucun plaisir à regarder l’histoire qui m’était racontée ou si peu ; l’équipe du film n’a pas réussi à faire que je me sente émotionnellement investie dans ce film. L’effet nostalgie n’a absolument pas fonctionné et du coup le film tombe à l’eau.

Le problème majeur des X-Men c’est qu’aucun des personnages, hors mis Wolverine, Charles Xavier et Magnéto, n’a d’intérêt à lui tout seul ; c’est pour cette raison le plus souvent que l’origin story du personnage en question est mélangé à la trame plus globale de l’histoire, avec le développement dudit héros au sein du groupe des X-Men. De ce fait, on se retrouve souvent dans un entre deux et cela se vérifie pour Jean Grey et Dark Phoenix.

Concrètement le film est censé tourner autour d’elle mais se retrouve bien vite à expliquer les problèmes de la vision du Professeur Charles Xavier pour les mutants et des conséquences (catastrophiques pour Jean) que cela entraine pour les résidents du pensionnat quel que soit l’âge de ces derniers. L’autre problème du scénario c’est qu’il est incroyablement vide et simpliste par moments. Honnêtement, je ne sais pas à quoi pensait le scénariste (qui se trouve être le réalisateur du film) à l’écriture mais le camp adverse des X-Men est en carton-pâte et la menace du Phénix lui-même… je préfère ne pas en parler.

J’ai eu mal au cœur pour les acteurs très franchement. Ils ont fait ce qu’ils ont pu avec pas grand-chose. Il n’y a aucune recherche, c’est le niveau 0 du film de super-héros : la menace est extraterrestre et attise la peur des uns et la convoitise des autres. Le schéma est classique, soit et pourquoi pas ! Mais dans ce cas cher M. le scénariste, expliquez-moi l’origine de la menace de façon un minimum élaborée et pas seulement avec un vulgaire : c’est le Big Bang qui l’a créée. C’est vraiment la réponse basique qui démontre que le scénariste n’a pas réellement réfléchi à la question et le pire dans tout ça c’est que cela donne l’impression que l’équipe du film prend les spectateurs pour des imbéciles. Vous pensiez vraiment qu’on ne s’en rendrait pas compte ?

De plus le traitement déplorable de certains personnages (pour ne pas dire tous) empêche le spectateur de s’investir dans l’histoire racontée. Charles Xavier est devenu une pâle copie mégalomane de lui-même, Raven meurt d’une manière pitoyable (c’en est risible), Magnéto est devenu une sorte de guide spirituel pour mutants en détresse sur une île coupée du monde, Quicksilver a perdu son côté décalé que j’adorais, Diablo s’occupe de la logistique… bref, il n’y a pas grand monde qui tient la route là-dedans et c’est franchement regrettable. Il faut ajouter à cela que si le scénariste espérait capitaliser sur l’effet nostalgie du film, c’est indiscutablement raté. Pourtant, je ne demandais pas un Endgame bis avec ses multiples références à 10 ans de films plus ou moins réussis, juste des efforts : une musique décalée et/ou rythmée pour Quicksilver, les paroles exactes du Professeur Xavier lorsqu’il se souvient de sa première rencontre avec Raven.

Mais j’ai bien compris que ce n’était pas la peine de se plaindre du manque d’investissement flagrant du scénariste.

A partir de là, comment voulez-vous que les acteurs s’investissent émotionnellement dans cette chose et dans leurs rôles ? Après, je peux comprendre que James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence pour ne citer qu’eux, veuillent raccrocher et passer à autre chose mais il aurait fallu que les choses soient bien faites… et encore une fois, je pense que ce n’est pas de leurs fautes : ils ont tous prouvé qu’ils étaient de très bons acteurs et actrices, sauf que cette fois le scénario ne suit pas.

Conclusion

Pour moi, X-Men : Dark phoenix est l’équivalent de la saison 8 de GoT – beaucoup d’attentes pour pas grand-chose. Sophie Turner sauve ce qu’elle peut des meubles et heureusement puisqu’elle porte plus ou moins le film toute seule. Si X-Men : Apocalypse et Logan étaient spectaculaires, ce dernier opus est à classer parmi les films oubliables. Dommage !

Littérature

[Contemporain] [Découverte] Le Livre perdu des sortilèges – Deborah Harkgness

Ne jamais faire de promesses inutiles que l’on pense tenir. Les deux promesses que je m’étais faite se résumaient à peu de choses près à cela : 1- Ne plus lire de séries littéraires, faute de place et parce que je trouve que c’est une contrainte en soi (les premiers tomes de la série étant généralement les meilleurs de la saga). 2- Ne plus rien lire qui fasse mention de vampires depuis le canon imposé par Stephenie Meyer et de ce fait, tous les buveurs de sang modernes se ressemblent tous plus ou moins, in fine.

Promesses non tenues. Quoique la première promesse plus vite à cause de Stephanie Garber et sa flamboyante série Caraval. La seconde promesse aura tenue un peu plus longtemps, avant que Deborah Harkness ne réduise tout à néant, sans me demander mon avis évidemment.

Je voudrais également rendre hommage au vendeur de chez Decitre qui a parfaitement su que j’allais engloutir ce pavé en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Un conseil : ne mettez jamais en doute les conseils d’un vendeur qui vous a repérez et qui connait vos goûts en matière de littérature. Le sourire en coin d’un vendeur qui parle en connaissance de cause est redoutable : Oh… Lisez-le. On en reparle volontiers quand vous repasserez au magasin, si je travaille, le fameux sourire. Et le mal était fait.

Ceci dit, une fois acheté (en format poche) le livre ne m’a pas séduite immédiatement et est resté un petit http___4.bp.blogspot.com_-vNfGwKtFnBA_T3nN-VleJHI_AAAAAAAAAUE_fIJgg967KOs_s1600_le-livre-perdu-des-sortileges[1]moment de côté, le temps que je me décide que c’était le bon moment. Le bon est arrivé plus vite que prévu, lundi 3 juin 2019, en fin d’après-midi par curiosité et également un peu par défi ; pas à cause de ses 832 pages et 43 chapitres (j’ai lu bien d’autres pavés avant celui-ci, avec un enthousiasme différent à chaque fois). Pour le coup, je crois qu’il était plus question d’orgueil et d’amour propre avec un soupçon de curiosité : je voulais montrer au vendeur et à moi-même que ce n’était pas parce que j’avais lu la trilogie du Seigneur des Anneaux et les deux premiers tomes de Caraval en un temps record que j’allais forcément apprécier cette nouvelle saga littéraire. EPIC FAIL, GAME OVER. Moralité : Ne soyez jamais trop sûrs de vous.

Voilà pour le côté « anecdote » sur comment cet ouvrage est arrivé entre mes mains. Nous sommes le samedi 8 juin 2019, je viens de terminer ma lecture depuis quelques heures et à l’heure où j’écris ces lignes, la question que je me pose le plus concernant ce livre c’est : Qu’est-ce qui m’a tellement plu dans ce livre, pour que je n’ai que cela en tête depuis ces derniers jours ?…

Le Livre perdu des sortilèges, chronique d’un amour interdit

La réponse la plus spontanée et aussi la plus honnête est celle-ci : à peu près tout. C’est pourtant une histoire assez classique d’un amour interdit entre deux êtres que normalement tout oppose. Bref, un schéma vu, revu et corrigé depuis des siècles, depuis Roméo & Juliette… Et comme dans tout livre mettant en scène des créatures issues de la mythologie ou de l’univers fantastique, il y a des poncifs et quelques lieux communs dans celui-ci aussi, et je comprends parfaitement que cela agace et dégoute le lecteur. Après tout, les deux personnages principaux sont clairement stéréotypés puisque lui est grand, brun, taillé dans un corps d’Adonis et elle, est plutôt petite, blonde avec de grands yeux bleus et farouchement indépendante. De plus, le lecteur se doute assez rapidement de comment va évoluer la relation entre les deux ; c’est attendu sans vraiment l’être en même temps et clairement, c’est un des meilleurs livres traitant de fantastique que j’ai lu récemment, malgré tous les stéréotypes et toutes les caractéristiques que l’on retrouve d’un livre à l’autre.

Les lieux et les ambiances qui en découlent sont décrits à la perfection, les personnages sont extraordinaires, au sens premier du terme, et complexes avec une réelle profondeur psychologique qui dépasse le stade de : il/elle m’est interdit et du coup il/elle me fascine et je finis par en tomber amoureux/euse, même si ce schéma est bien présent attention ! J’ai dit qu’il y avait des poncifs dans ce livre.

Néanmoins malgré ces poncifs et autres stéréotypes qui caractérisent les personnages, ils évoluent dans un univers aussi simple que complexe : simple parce qu’on part de notre réalité et complexe parce qu’il y est question de créatures surnaturelles, d’alchimie, de légendes, le tout mêlé avec des recherches scientifiques bien réelles sur les origines de l’humanité et son évolution. Je crois justement que mon enthousiasme débordant concernant ce roman est dû à son intrigue époustouflante remplie de rebondissements, qui, bien qu’ils soient plutôt classiques, ne donnent pas l’impression d’être attendus. Il faut ajouter que cette complexité dans l’intrigue tient au fait que Deborah Harkness est professeur d’université en Californie du sud et que son domaine de recherches comprend l’histoire des sciences et de la magie en Europe du XVI au XVIII siècle, et le moins que l’on puisse dire c’est que cela imprègne véritablement son roman sans en faire une thèse académique universitaire. Mais ses recherches servent grandement son œuvre : tout y est calculé, réfléchi, logique même alors que l’alchimie et la magie sont au cœur de ce roman. Personnellement, j’appelle cela un coup de maitre.

L’autre aspect intéressant de ce roman fantastique est lié aux personnages eux-mêmes et aux différentes thématiques qu’ils permettent d’aborder et qui sont malheureusement encore d’actualité. Je trouve que c’est bien fait et cela permet de faire passer un message bien précis sous couvert d’une œuvre fantastique. Ainsi sont traités pêle-mêle l’homosexualité et le droit d’aimer la personne que l’on désire, la relation entre science et « spiritualité », le rejet de l’autre pour sa différence etc, etc…

Conclusion

Deborah Harkness signe un premier roman envoûtant que j’ai eu bien du mal à lâcher. C’est un savant mélange de réalisme et de fantastique ; assez étrangement, on en deviendrait presque convaincus que l’alchimie et la sorcellerie sont des sciences à part entières, grâce au travail titanesque de l’auteur sur le sujet. Les thématiques abordées participent aussi à la richesse de cette œuvre bien trop complexe pour être résumée sans tomber dans des clichés sans saveurs. Une chose est sûre : si vous aimez ce genre de littérature, allez-y les yeux bandés, vous ne regretterez pas le voyage. Je vous le garantis ! En ce qui me concerne, j’attends de commencer le Tome 2, L’école de la nuit, dans l’espoir que ma lecture soit au moins aussi enthousiasmante que celle du premier tome. Cependant, j’appréhende et j’attends Deborah Harkness au tournant…

Article rédigé le 09/06/2019 et la veille au brouillon.

Littérature

[Contemporain] [Découverte] Money Shot – Christa Faust

Tout au long de ma lecture, je me suis très souvent demandé si ce livre avait sa place sur mon blog, au point de retarder considérablement l’avancée de cette lecture. Cependant pas question de l’abandonner parce que je savais dans quoi je m’engageais rien qu’avec la couverture… La quatrième de couverture s’est juste chargée de confirmer et d’enfoncer le clou.

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Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne. J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit. Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher. Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissée tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole.

Money Shot, Christa Faust, Quatrième de couverture. Editions Gallmeister. 2018

Et j’aurais dû avoir peur d’instinct, et reposer bien gentiment le livre en rayon et passer mon chemin. Au lieu de quoi une sorte de fascination s’est emparée de moi et les éditions Gallmeister m’ont eue encore une fois. Je ne regrette absolument pas mon choix mais cela va sans dire : ce n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains.

Passé le sentiment de malaise lié au sujet du roman et au vocabulaire employé, superbement traduit par Christophe CUQ, il y a une sorte de fascination qui s’installe chez le lecteur ; croyez-moi vous mourrez d’envie de savoir comment et pourquoi Angel Dare s’est retrouvée ligotée dans un coffre de voiture… Alors bien sûr le livre évoque l’industrie des films X et ses dérives donc c’est forcément une lecture dérangeante, une lecture coup de poing. Le style y est cru et percutant et l’intrigue relativement simple au départ se complexifie lentement au fil des pages. Le tout est extrêmement bien construit et développé, preuve que Christa Faust maitrise son sujet sur le bout des doigts. En plus d’une intrigue complexe et palpitante, certains thèmes abordés valent le coup qu’on s’y attarde un moment.

Premièrement, l’auteur questionne le rapport au corps en fonction de l’âge, tout en gardant à l’esprit que cette perception est bien souvent déformée dans le porno un peu plus qu’ailleurs. C’est un aspect très intéressant du roman qui en profite pour tordre le cou à bon nombre d’idées reçues sur la question, en le faisant avec beaucoup d’humour et de dérision, parfois avec une pointe de cynisme. Cependant la moralité reste toujours la même : fais ce que tu veux de ton corps et ce, quel que soit ton âge.

Deuxièmement, Money Shot est un thriller féministe avec une héroïne forte, indépendante et qui décidément n’a pas froid aux yeux. Honnêtement avant de lire ce livre, je ne pensais pas qu’on pouvait associer Films X et Féminisme dans une même phrase mais visiblement, c’est tout à fait possible et j’en suis ravie. Cet aspect découle en réalité du point évoqué précédemment et là encore, le roman prend le temps de déconstruire quelques préjugés sur la gent féminine, du genre : une femme est fragile et a besoin d’un homme pour se défendre. Angel Dare prendra un malin plaisir à vous montrer que non ; et c’est ce qui fait que je me suis attachée à ce personnage. Pas nécessairement parce qu’elle était badass et qu’elle savait se servir d’un flingue correctement mais parce qu’elle avait des failles et des errances. Ce sont ces failles qui l’ont rendue plus forte, pas son habilité à manier une arme à feu. Conclusion : oui, une femme a le droit d’avoir peur et d’être terrorisée mais elle peut se débrouiller seule, sans le secours d’un homme. C’est très plaisant à lire même si le sujet est traité de façon absolument non-conventionnelle.

Conclusion

Nous sommes d’accord : se faire justice soi-même n’est absolument pas recommandé dans la vie réelle mais dans le cas de Money Shot, cela donne une vendetta explosive dans le cadre d’un thriller très sombre et haletant, mené tambour battant par une héroïne attachante et drôle. Bien entendu, je le répète : ce livre s’adresse à un public averti du fait de l’environnement dans lequel il se déroule, mais si vous n’avez pas froid aux yeux, que vous êtes curieux et que vous cherchez une lecture non-conventionnelle, Money Shot n’attend que vous ! Avec son style cru et percutant ainsi que son rythme effréné, ce livre ne vous laissera tout simplement pas indifférent.

En ce qui me concerne, c’est un sans faute de plus pour les éditions Gallmeister et je le recommande vivement !