Cinéma

De l’hypocrisie en Amérique

Je rassure tout le monde, je ne vais pas me lancer dans un essai ou une dissertation de philosophie de 3 heures sur le sujet, encore qu’il y ait des choses à dire sur le sujet… mais ce n’est pas mon propos ici. Je voulais juste partager avec vous mon dernier coup de cœur cinématographique dont le sujet de fond est justement l’hypocrisie ouvertement assumée par l’Amérique dans les années 1960.

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Green book : Sur les routes du Sud

Le film raconte l’histoire vraie (mais sûrement un peu arrangée pour les besoin du film), de Donald Shirley et Antony Vallelonga dit Tony Lip (traduit en français par Tony la Tchatche). Dans le détail, nous sommes à New York en 1962, Tony vit de magouilles et de débrouille suite à la fermeture temporaire du Copacabana, club de Jazz où il travaille en qualité de serveur/videur, jusqu’à ce que Donald « Docteur » Shirley, pianiste noir de génie l’engage pour qu’il devienne son chauffeur/garde du corps sur la prochaine tournée du pianiste qui se rend dans les Etats sudistes et ségrégationnistes. Un voyage à hauts risques pour le pianiste et pour Tony qui a besoin d’argent pour nourrir sa famille et qui devra mettre ses préjugés de côté…

Un petit bijou, comme à chaque fois avec Viggo Mortensen

Peter Farrelly signe un petit bijou. Bijou en lice pour le Meilleur film à la 91ème Cérémonie des Oscars et c’est mérité ; je ne sais pas s’il sera primé mais en tout cas, j’ai trouvé le film génial avec une belle histoire avec de la profondeur et je n’en attendais pas moins d’un film avec à l’affiche Viggo Mortensen et Mahershala Ali. C’est intelligent, bien raconté, joué à la perfection et avec justesse et les thèmes abordés résonnent encore de nos jours malheureusement…

J’ai adoré voir l’évolution et la progression du personnage de Viggo Mortensen qui blanc, d’origine italienne et vit dans cette communauté très soudée à New York. Il est également un peu ignare et beaucoup de choses sont des machins, des trucs et sa culture est populaire comme en témoigne ses goûts pour la musique de l’époque : le Jazz. Dernière chose, Tony est ce que je qualifierais de raciste par ignorance, du moins au début du film.

Docteur Shirley, lui, est l’exact opposé : noir, cultivé (Docteur en musique, en psychologie et en Arts lithurgiques et il parle plusieurs langues dont le russe et l’italien), pianiste de génie ; il subit de plein fouet la ségrégation dans les Etats du Sud en place à l’époque alors même que l’élite blanche de ces mêmes Etats se presse dans les lieux où le pianiste se produit. L’Amérique de l’époque était en pleine schizophrénie (c’est toujours le cas à propos) : les gens venaient voir le pianiste avec son trio, cependant une fois le concert terminé, il « redevenait » Donald Shirley, persécuté pour sa couleur de peau et devait se rendre dans les lieux autorisés pour lui. A cet effet, le Negro Motorist Green Book (le guide de l’automobiliste Nègre) recensait les lieux publics où les personnes de couleur ne risquaient rien et étaient autorisés, à l’époque des Lois Jim Crow (qui permettaient la ségrégation). Le Green Book a été publié entre 1936 et 1966.

page1-665px-The_Negro_Motorist_Green_Book_1940.pdf[2]

Conclusion

C’est un film fort et puissant de par les thèmes traités servi par deux acteurs extraordinaires, sans oublier une musique sublime et grandiose. Malheureusement, il y a une polémique qui est née sur le net à cause de certaines déclarations des membres de la famille Shirley qui accusent les scénaristes et le réalisateur (blancs) d’avoir trop romancé la vie du Docteur Shirley et d’avoir un point de vue blanc et donc condescendant sur les Noirs. En conséquence de quoi, ils ont appelé au boycott du film.

Pour avoir vu le film, je ne trouve pas que le film soit spécialement condescendant vis-à-vis d’une communauté ou d’une autre ; ce que je reconnais, c’est que la profondeur de la relation entre Tony Lip et le Docteur Shirley n’était probablement pas comme présentée dans le film mais c’est le travail Hollywood de raconter des jolies histoires, et elles sont d’autant plus jolies lorsque ces mêmes histoires sont joliment interprétées et n’épargnent personne. De mon point de vue, cette polémique n’a pas lieu d’être et la famille Shirley cherche juste à faire parler d’elle alors que le film et ses acteurs principaux sont dans la course pour les Oscars 2019.

2 réflexions au sujet de “De l’hypocrisie en Amérique”

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