Cinéma

‘Cause it’s a long way to go…

Il y a des films qui se méritent autant qu’ils s’apprécient. Il va sans dire que My Beautiful Boy de Felix van Groeningen avec Steve Carell et Timothée Chalamet dans les rôles principaux. Je voulais le voir parce que j’étais sûre de mon choix, sûre que j’allais adorer ce film. Le verbe adorer est un peu trop fort pour le coup, mais j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé. Mon instinct se trompe rarement : une petite pépite de perfection tout en émotions.

https___www.thewrap.com_wp-content_uploads_2018_09_Beautiful-Boy[1]

En réalité, j’ai ressenti ce film comme étant parfait à cause de la justesse des émotions qui le traverse. C’est vraiment un film qui m’a bouleversé et va me marquer pendant longtemps : je pense que je m’en souviendrai sans avoir besoin de relire cet article. Je savais d’avance que ce serait un film dur et poignant – c’est presque toujours le cas lorsqu’il est question de drogues, peu importe laquelle il est question, parce que c’est un sujet violent et dur à aborder et le plus dur, c’est de raconter une histoire en évitant les clichés.

Inutile de vous dire que le pari est tenu pour le réalisateur. Certes, je m’attendais à un film poignant mais je ne m’attendais à ce qu’il déborde de tendresse ; je m’attendais à de l’amour et à de la tendresse comme on en voit dans toute relation parents/enfant mais là, Steve Carell, qui interprète David Sheff, y est désarmant de tendresse et ça m’a bouleversée, et je me suis accrochée à cela tout au long du film. Timothée Chalamet n’est pas en reste d’ailleurs, aussi solaire dans son sourire que crépusculaire dans sa détresse de junkie paumé, il est flamboyant et irradie le film du début à la fin.

Et puis surtout il y a cette relation fusionnelle entre un père et son fils qui oscille entre les moments de joie intense et la désillusion et le désespoir que cause la drogue de part et d’autre ; cette relation et ce lien père/fils sont  un peu à l’image de la chanson qui donne son titre à ce film : Beautiful Boy, composée par John Lennon pour son fils Sean, à la fois rassurante et lancinante presque douloureuse.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé également le traitement de l’image et de la lumière, plus ou moins lumineux selon ce que cela traduisait des personnages sans qu’ils aient forcément besoin de l’exprimer. On comprend et c’est d’autant plus puissant à regarder. Les plans « saccadés » par exemple, expriment soit le bordel dans la tête et dans la vie de ce pauvre Nic Sheff ou bien le parallèle entre le père et le fils, qui sont à l’opposés l’un de l’autre. Pour des raisons évidentes, les gros plans ou les plans rapprochés sont également très utilisés afin de permettre au spectateur de se représenter l’étendue et la force de la relation entre David et Nic, si le spectateur avait besoin de plus d’explications…

Néanmoins petit bémol : j’ai trouvé la mère de Nic, Vickie, très en retrait et presque passive dans l’épreuve que traverse son fils mais c’est vrai qu’étant une histoire vraie et racontée du point de vue de père et fils, le rôle de la mère parait un peu anecdotique, d’autant que le personnage n’arrive physiquement qu’assez tardivement dans le déroulement du film. Sans oublier qu’en réalité, la mère de Nic a peut-être eu beaucoup de mal à accepter et à comprendre ce qui se passait. Ce sont des suppositions mais il faut bien reconnaitre que ce film n’a pas beaucoup de personnages féminins forts et avec du caractère – l’exception à cela est à trouver chez la deuxième épouse de David Sheff et même si ce n’est pas le sujet du film, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y a au moins une femme qui tient la route dans un film centré sur deux hommes (bien que le film soit tendre au possible).

Conclusion

My Beautiful Boy fait partie de ces pépites indépendantes qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie et qui marque le spectateur. L’histoire et le sujet abordé sont certes très sombres mais cette relation profonde père/fils le rend chaleureux et lumineux et c’est aussi un film très humain et optimiste d’une certaine façon pour cette raison précise. Steve Carell et Timothée Chalamet y sont simplement fantastiques et emportent le spectateur dans des émotions fortes, souvent contradictoires, mais ce n’est jamais larmoyant ou pathétique (dans le sens de pathos) : pas besoin de mouchoirs pendant ou à la sortie de la salle. Malgré tout, c’est un film à digérer… comme souvent les merveilles.

Cinéma

Un amour de Dragon

A défaut de My Beautiful Boy de Felix van Groeningen (sorti pourtant la semaine dernière mais déjà plus diffusé dans le ciné proche de chez moi ; je ne ferai aucun commentaire à ce sujet mais je n’en pense pas moins)… j’ai reporté mon choix sur Dragons 3 : le monde caché qui clôt avec justesse une aventure commencée il y a presque 10 ans. Et ma foi, pour un second choix c’était plutôt pas mal. Mais cela reste un second choix donc ne vous attendez pas à un article euphorique de ma part.

https___img.purch[1]

Nous retrouvons donc Harold et Krokmou (et le reste de leur amis) un an environ après les évènements du deuxième volet et dans lequel Harold tente de trouver sa place dans sa communauté en tant que chef du village de Beurk et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est évident… Heureusement dans cette tâche, il est aidé par sa mère, Valka, et secondé par sa fiancée, Astrid. Néanmoins lorsque la sécurité du village et celle des dragons sont menacées par les activités pourtant nobles de Harold, ce dernier est obligé de prendre des décisions radicales et prouver qu’il a l’étoffe d’un chef de clan, même si cela veut dire se séparer de ce qu’il aime le plus au monde…

C’est un bon film d’animation ; d’ailleurs l’animation est toujours aussi splendide à regarder : une vraie merveille à certains moments (notamment le monde caché justement) et c’est vrai qu’on en prend plein les yeux pendant toute la durée du film. Cependant, cet opus m’a un tout petit peu moins emballé ; pourtant il n’y a pas de faiblesse au niveau de l’histoire : on retrouve les principaux personnages et leurs caractéristiques ainsi que de légères pointes d’humour. Le tout tient la route mais je crois que j’aurais aimé un méchant avec un peu plus de profondeur et un peu plus coriace du coup… Je n’ai pas trouvé Grimmel le Grave très convaincant, moi qui m’attendait à une fin ou une confrontation en apothéose pour Harold et Krokmou. Dommage !

Sinon pour le reste j’ai beaucoup aimé voir Krokmou tomber amoureux et s’émanciper progressivement, tout en continuant d’être fidèle à son ami – après tout c’est la Saint Valentin aujourd’hui, il faut bien parler un peu d’amour, même chez les dragons ! Et puis mine de rien Harold aussi est touchant dans ses questionnements et ses tâtonnements en tant que chef de village, mais heureusement qu’il est entouré de femmes fortes sinon il n’irait pas bien loin le p’tit !

Voilà, c’est tout ce que je peux vous dire sur ce film sans vous en dévoiler d’avantage. J’ai passé un bon moment au ciné, devant un film dont les animations sont superbes et soignées mais qui m’a laissé sur ma faim quant au grand méchant que je n’ai pas trouvé d’envergure pour conclure une aventure comme celle-ci, qui finit pourtant sur une note d’émotion touchante mais un peu trop convenue à mon goût.

Littérature

[Jeunesse] [Découverte] Le Chant des ronces – Contes de minuit et autres magies sanglantes; Leigh Bardugo

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les contes (en témoigne ma désastreuse expérience lors de Noël dernier), qu’ils soient pour enfants ou pour adultes ; peut-être parce qu’ils reflètent la complexité de l’âme humaine tout en étant très simples, avec d’un côté les sentiments les plus nobles et de l’autre, les pires atrocités et les pires pulsions qui existent. En tout cas, il y a quelque chose de fascinant dans les contes. Cela vient probablement du fait que ces histoires sont d’abord faites pour être racontées avant d’être écrites et de ce fait, les contes font marcher l’imagination de l’auditeur à plein régime. Puis progressivement, le conte s’est figé dans une forme écrite, à la faveur de l’invention du livre et de l’imprimerie. Néanmoins, le recueil de contes occupe une place à part au milieu des autres ouvrages littéraires.

C’est justement un de ces ouvrages que je vous présente aujourd’hui : un recueil de contes écrits par Leigh Bardugo et superbement illustrés par Sara Kipin. En outre, rien que le livre (l’objet) en lui-même est une petite merveille : la couverture est solide et imite un genre de tissu brodé avec des dorures, les pages donnent l’impression d’être également reliées à la tranche par du tissu ; l’illusion d’avoir un livre ancien entre les mains est presque parfaite et conditionne déjà le lecteur – il s’apprête à lire quelque chose d’unique et son temps de lecture sera précieux. Personnellement, il ne m’en faut pas bien plus pour m’embarquer…

Couverture Le Chant des Ronces
Photo prise et retouchée par mes soins

Parfait pour rentrer dans l’univers de Leigh Bardugo

Je ne connaissais pas Leigh Bardugo avant de lire son recueil mais je sais qu’elle est l’auteur de la trilogie Grisha et de la duologie Six of Crows pour avoir aperçu les ouvrages en question en librairie. Les deux s’adressent à un public adolescent, à partir de 13 ans. Il en va de même pour le recueil de contes qui est indépendant du reste et cela constitue une belle porte d’entrée à  un énième univers de Fantasy qui semble être assez riche et très fouillé (de ce que j’ai pu lire pour préparer cet article), suffisamment en tout cas pour que Netflix s’y intéresse… Affaire à suivre donc.

Cependant, je ne pense pas lire le reste de ses travaux, à moins qu’ils ne soient disponibles à la médiathèque. Pour revenir au recueil de contes, j’ai adoré et c’est véritablement un coup de cœur inattendu, bien que je ne fasse pas partie du public cible.

Certains contes sont totalement inventés et d’autres sont inspirés par des contes bien connus, tels que Hansel & Gretel, Casse-noisette ou bien encore La Petite Sirène. Le point fort de tous ces contes, c’est qu’ils sont inattendus : aucun d’eux ne commence par la sempiternelle formule « Il était une fois » et aucun ne se termine par « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« , ce qui est plus qu’appréciable et donne parfois une atmosphère bien plus sombre et inquiétante à l’histoire. A ce propos, les princesses ne sont pas en détresse, les princes (quand il y en a) ne sont pas présentés sous leur meilleur jour et le méchant n’est souvent pas celui auquel on pense en premier… Sans oublier que ces contes sont magnifiquement illustrés par des illustrations qui se déclinent dans des camaïeux de bleu, de rouge et de rose ; elles suivent le cheminement des différentes histoires de façon tout à fait originale et cela apporte une autre dimension aux contes et renforce également leur côté merveilleux.

Conclusion

Le Chant des ronces – Contes de minuit et autres magies sanglantes a été une révélation pour moi, malgré son appartenance à la littérature Jeunesse. C’est incontestablement un de mes coups de cœur pour cette année 2019. Les six contes présentés sont rafraichissants et novateurs, tout en reprenant certains codes du conte présents depuis des millénaires. Par ailleurs, les histoires sont de qualité égale et il m’a été très difficile de choisir un favori parmi les six. Je n’ai qu’un conseil à vous donner : lisez le recueil et choisissez par vous même… Excellent moment garanti.

Cinéma

De l’hypocrisie en Amérique

Je rassure tout le monde, je ne vais pas me lancer dans un essai ou une dissertation de philosophie de 3 heures sur le sujet, encore qu’il y ait des choses à dire sur le sujet… mais ce n’est pas mon propos ici. Je voulais juste partager avec vous mon dernier coup de cœur cinématographique dont le sujet de fond est justement l’hypocrisie ouvertement assumée par l’Amérique dans les années 1960.

image3[1]

Green book : Sur les routes du Sud

Le film raconte l’histoire vraie (mais sûrement un peu arrangée pour les besoin du film), de Donald Shirley et Antony Vallelonga dit Tony Lip (traduit en français par Tony la Tchatche). Dans le détail, nous sommes à New York en 1962, Tony vit de magouilles et de débrouille suite à la fermeture temporaire du Copacabana, club de Jazz où il travaille en qualité de serveur/videur, jusqu’à ce que Donald « Docteur » Shirley, pianiste noir de génie l’engage pour qu’il devienne son chauffeur/garde du corps sur la prochaine tournée du pianiste qui se rend dans les Etats sudistes et ségrégationnistes. Un voyage à hauts risques pour le pianiste et pour Tony qui a besoin d’argent pour nourrir sa famille et qui devra mettre ses préjugés de côté…

Un petit bijou, comme à chaque fois avec Viggo Mortensen

Peter Farrelly signe un petit bijou. Bijou en lice pour le Meilleur film à la 91ème Cérémonie des Oscars et c’est mérité ; je ne sais pas s’il sera primé mais en tout cas, j’ai trouvé le film génial avec une belle histoire avec de la profondeur et je n’en attendais pas moins d’un film avec à l’affiche Viggo Mortensen et Mahershala Ali. C’est intelligent, bien raconté, joué à la perfection et avec justesse et les thèmes abordés résonnent encore de nos jours malheureusement…

J’ai adoré voir l’évolution et la progression du personnage de Viggo Mortensen qui blanc, d’origine italienne et vit dans cette communauté très soudée à New York. Il est également un peu ignare et beaucoup de choses sont des machins, des trucs et sa culture est populaire comme en témoigne ses goûts pour la musique de l’époque : le Jazz. Dernière chose, Tony est ce que je qualifierais de raciste par ignorance, du moins au début du film.

Docteur Shirley, lui, est l’exact opposé : noir, cultivé (Docteur en musique, en psychologie et en Arts lithurgiques et il parle plusieurs langues dont le russe et l’italien), pianiste de génie ; il subit de plein fouet la ségrégation dans les Etats du Sud en place à l’époque alors même que l’élite blanche de ces mêmes Etats se presse dans les lieux où le pianiste se produit. L’Amérique de l’époque était en pleine schizophrénie (c’est toujours le cas à propos) : les gens venaient voir le pianiste avec son trio, cependant une fois le concert terminé, il « redevenait » Donald Shirley, persécuté pour sa couleur de peau et devait se rendre dans les lieux autorisés pour lui. A cet effet, le Negro Motorist Green Book (le guide de l’automobiliste Nègre) recensait les lieux publics où les personnes de couleur ne risquaient rien et étaient autorisés, à l’époque des Lois Jim Crow (qui permettaient la ségrégation). Le Green Book a été publié entre 1936 et 1966.

page1-665px-The_Negro_Motorist_Green_Book_1940.pdf[2]

Conclusion

C’est un film fort et puissant de par les thèmes traités servi par deux acteurs extraordinaires, sans oublier une musique sublime et grandiose. Malheureusement, il y a une polémique qui est née sur le net à cause de certaines déclarations des membres de la famille Shirley qui accusent les scénaristes et le réalisateur (blancs) d’avoir trop romancé la vie du Docteur Shirley et d’avoir un point de vue blanc et donc condescendant sur les Noirs. En conséquence de quoi, ils ont appelé au boycott du film.

Pour avoir vu le film, je ne trouve pas que le film soit spécialement condescendant vis-à-vis d’une communauté ou d’une autre ; ce que je reconnais, c’est que la profondeur de la relation entre Tony Lip et le Docteur Shirley n’était probablement pas comme présentée dans le film mais c’est le travail Hollywood de raconter des jolies histoires, et elles sont d’autant plus jolies lorsque ces mêmes histoires sont joliment interprétées et n’épargnent personne. De mon point de vue, cette polémique n’a pas lieu d’être et la famille Shirley cherche juste à faire parler d’elle alors que le film et ses acteurs principaux sont dans la course pour les Oscars 2019.

Cinéma, Littérature

[Découverte] [Contemporain] Parfaite (You) Caroline Kepnes

Au risque de vous gaver avec un article supplémentaire sur le sujet, je m’en vais vous parler du phénomène Parfaite (You en anglais) de Caroline Kepnes. Je parle bien de phénomène puisque le livre a été publié en 2012 et était passé un peu inaperçu à l’époque… mais cela, c’était avant. Avant 2018 et Netflix ! Jackpot pour Caroline… Et on n’oublie pas de remercier la plateforme pour le petit coup de pouce sur les ventes du livre surtout !…

Ma rencontre avec Parfaite, le livre

Si je suis légèrement amère c’est parce que Parfaite est typiquement le livre qui rentre dans deux catégories (exclusive l’une de l’autre) : l’achat hasard – qui peut potentiellement débouché sur un truc, que l’expérience de lecture soit bonne, excellente ou au contraire simplement horrible… mais c’est le jeu lorsqu’on achète ses livres au hasard (comme il m’arrive de le faire parfois) – ou l’autre catégorie qui s’offre à vous c’est celle du non-achat – ces livres qui sont là mais que vous n’achèterez pas pour tout un tas de raisons.

Parfaite rentre dans cette seconde catégorie : rien ne me prédestinait à cet achat. Ni la couverture (très moyenne et pas du tout vendeuse selon moi) ni le résumé en quatrième de couverture (d’une médiocrité alarmante, genre : « il faut bien mettre quelque chose et cela fera l’affaire »). Bref, je suis passée à deux doigts d’ignorer complètement ce livre et son auteur et ma vie aurait continué comme si de rien n’était, dans une jungle littéraire luxuriante… C’était sans compter Joe Goldberg qui avait une histoire à raconter, la sienne et à qui Netflix a fait le plus beau cadeau qui soit : un corps, une incarnation afin qu’il devienne le nouveau porte-étendard du catalogue 2018-2019. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a fonctionné ; peut-être même au-delà des espérances de Caroline Kepnes… Mais ce qui compte au fond, c’est bien que j’ai fini par faire la connaissance de Joe, personnage trouble et complexe comme j’en croise rarement et à qui l’on parvient à s’attacher malgré tout. Pour autant, je ne qualifierai pas cette lecture d’agréable ; il est quand même question d’un psychopathe qui épie le moindre fait et geste d’une fille pour qui il a eu le coup de foudre, sous couvert de recherche du Grand Amour… Et comme il est également narrateur de cette histoire, Hashtag NoFilter, eh bien être dans la tête d’un psychopathe n’est pas spécialement agréable. Cela dit, la lecture n’en reste pas moins fascinante, sans être totalement dérangeante non plus, auquel cas vous comme moi lâcherions le livre en cours de route. Ce n’est pas le cas – Parfaite n’est pas un livre qu’on lâche.

http___www.images-chapitre.com_ima3_original_948_65464948_13499377[1]

Il s’agit presque d’un tour de force de la part de Caroline Kepnes, pour ne pas dire un tour de magie. Elle arrive à rendre un psychopathe (la dernière personne que vous souhaiteriez croiser dans toute votre vie) abordable voire même sympathique à certains égards : Joe est un libraire charismatique, un peu taciturne et complètement déphasé avec son époque (il n’est sur aucun réseau social, bien qu’il sache s’en servir à la perfection afin de trouver ce qui l’intéresse)… Un peu old school mais pas trop, charmant, un peu de désuétude dans le vocabulaire, une culture littéraire et cinématographique dont je rêve mais surtout une intelligence stupéfiante et d’une logique aussi imparable que diabolique ; voilà comment définir notre protagoniste narrateur. Inutile de vous dire comment tout cela se termine parce que de toute façon, on sent dès le départ que cette histoire « d’amour » va mal finir… Vous connaissez la chanson, n’est-ce pas ? Eh bien Parfaite c’est tout-à-fait cela : une histoire d’amour non-conventionnelle qui ne finit pas bien. Néanmoins il est probable que vous restiez sur votre faim/fin à la dernière page du roman ; il se peut que vous ayez l’impression de sauter du train en marche… mais non, il n’y a rien de plus pour nous pauvres lecteurs déboussolés. Les joies des fins ouvertes !

You, la série : Adaptation fidèle et réussie ?

Comme mentionné plus haut dans l’article, j’ai fait la connaissance de Joe et Beck par l’intermédiaire de Netflix et heureusement que cela est arrivé dans ce sens et pas l’inverse. Rien que la bande-annonce vaut le coup d’œil : elle est très bien réalisée, très soignée et intrigue tout de suite le spectateur. En même temps c’est un peu le but de l’existence des bandes annonces, non ? Le problème c’est que ce n’est pas toujours une réussite mais c’est un autre sujet. Quoiqu’il en soit cette série a passé ce premier test de la bande-annonce haut la main, et c’est un bon début. Ensuite, les choses se corsent un peu pour Joe, Beck et les autres…

http___freakingeek.com_wp-content_uploads_2018_12_You-Banniere-800x445[1]

J’aimerais vraiment être ultra positive quant à cette adaptation mais il y a quelque chose qui me gêne pour apprécier pleinement cette série. J’ai souvent entendu dire que pour qu’une adaptation cinématographique soit réussie, il fallait qu’elle reste fidèle à l’œuvre d’origine, tout en s’en éloignant un peu pour permettre quelques libertés d’interprétations, mais pas trop : question de dosage encore une fois. En cela, pas de soucis, les scénaristes de la série ont suivi cette règle à la lettre (au bénéfice de Joe et du spectateur d’ailleurs). J’en veux pour preuve l’ajout de certains personnages comme par exemple le petit Paco, voisin de notre gentleman psychotique. Paco, une dizaine d’années au compteur, c’est la caution humanité de Joe Goldberg qui s’occupe de lui comme le ferait n’importe quel grand-frère ou oncle sain d’esprit et je trouve que c’est une bonne chose. Le retrait de certains autres aussi parce que cela permet de ne pas surcharger la série avec des informations potentiellement inutiles.

Cependant, j’ai quand même beaucoup de mal avec cette tendance qu’a la série à faire des raccourcis à tord et à travers (par rapport au livre) ; limite et contrainte de temps pour chaque épisode ? J’entends et je comprends bien… Seulement ce procédé laisse des trous dans le scénario et la trame principale de l’intrigue et vous êtes bien obligés de les combler ces trous, si vous voulez que l’ensemble tienne la route, quitte à trop s’éloigner de l’œuvre d’origine. Et j’ai précisément des doutes sur comment « reboucher les trous ». Le pire pour cette série qui a pourtant de belles qualités, ce serait que les scénaristes fassent exactement cela dans le but de plaire à une plus large audience. Il faut un retour sur investissement oui, mais à quel prix ?…

Bien sûr je n’ai pas la prétention de répondre à cette question ici, dans cet article, et chacun se fera sa propre opinion mais c’est parfois dommage de gâcher les choses qui avaient pourtant bien commencées et qui sont parfois jolies.

https___www.tvqc.com_wp-content_uploads_2018_12_Parfaite-1[1]

Parce que oui, esthétiquement parlant, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose dans le traitement de l’image et de la lumière. Je n’irai pas jusqu’à qualifier l’ensemble de beau ou de splendide mais You possède sa propre identité à ce niveau : il se dégage une atmosphère à la fois charmante et rassurante (à l’image de Beck) et son exact opposé l’instant d’après ou l’épisode suivant. Cette dualité nous plonge en immersion totale dans la tête de Joe. L’image et la lumière ne sont évidemment pas le seul accès à l’esprit tourmenté de Joe puisque c’est sa voix en off qui nous guide d’épisode en épisode, exactement comme dans le livre.

Concernant les acteurs, je n’ai pas grand-chose à en dire puisque je ne les connaissais pas, sauf Shay Mitchell que j’avais vu dans Pretty Little Liars à l’époque. J’ai donc pu découvrir Penn Badgley (oui, oui je sais Gossip Girl mais non je n’ai pas regardé cette série et je ne m’en porte pas plus mal) et Elizabeth Lail (que j’aurais pu découvrir dans Once Upon a Time mais ce n’est pas de ma faute si j’ai décroché au bout de trois saisons – elle arrive dans la quatrième saison). J’imagine que le casting a été le bon étant donné que l’on rentre assez bien dans l’histoire et aisément dans la tête de ce cher Joe.

Alors, livre ou série ?

L’adage veut que le diable soit dans les détails, et malgré des différences de l’ordre du détail parfois, pour une fois je vais pencher du côté de la série, chose plutôt rare me concernant. Ce choix se justifie avec toutes les raisons précédemment évoquée ; ce qui ne m’empêche d’être dans l’expectative quant à la suite qu’ils vont lui donner, en espérant que cela ne dégénère en foire où l’on retrouverait vaguement les personnages (ceux qui sont toujours de ce monde) et l’intrigue voulue par l’auteur elle-même.

Pour le livre, il est intéressant à lire, mais il vaut mieux commencer par la série : Joe y apparait un tout petit peu plus doux par rapport à son jumeau de papier. D’une manière plus générale, Parfaite n’a sans doute pas l’intrigue parfaite mais néanmoins, Caroline Kepnes a réalisé un de mes vieux rêves littéraires : le méchant gagne à la fin… et rétrospectivement, je ne sais pas si c’est une bonne chose qu’elle ait mis un terme à ce vieux fantasme, de cette façon.

A noter qu’il existe bien une suite sur le plan littéraire : le livre en question a pour titre Hidden Bodies et a été publié en 2016. Il n’existe pas de traduction française à ce jour (à ma connaissance)