Bande-Dessinée/Comics

[BD] Contro Natura

On reprend doucement les chroniques littérature avec la review d’une BD dévorée le Week-end dernier pour laquelle je n’ai pratiquement que des compliments parce que oui, il y a un tout petit mais (qui ne gâche en rien mon enthousiasme pour cette œuvre), cependant oui, je crois qu’on peut encore parler de chef d’œuvre ou de pépite. Décidément, Glénat Comics est coutumière du fait.

Contro Natura : Mirka Andolfo frappe fort avec un premier titre ambitieux

omnibus[1]

Contro Natura raconte l’histoire de Leslie à New Roark avant que la situation ne dégénère complètement à cause des lois en vigueur dans cette ville, notamment une qui contrarie particulièrement la jeune « femme ». A son vingt-cinquième anniversaire chaque personne célibataire de New Roark se voit dans l’obligation de rejoindre le programme d’état afin d’assurer la conservation de chaque espèce via la procréation. Une sorte de site de rencontres institutionalisé et autorisé qui ne laisse pas vraiment la place aux rencontres réelles et fortuites. Le Regard voit et contrôle tout et gare à celui qui ne se conforme à la loi… Pas vraiment étonnant que Leslie ne soit pas plus enjouée à l’idée d’avoir vingt-cinq ans, d’autant que depuis un mois environ il y a aussi ce rêve récurrent aussi érotique qu’angoissant qui n’arrange pas les choses et ne présage rien de bon…

Entre Zootopie et La Ferme des animaux

Comme vous pouvez le constater avec la couverture, Leslie est un animal anthropomorphe, un cochon plus précisément. Et c’est le cas de tous les personnages de cette BD, tout le monde est anthropomorphe et doit obéir à la loi précédemment citée. Ceux qui refusent de la suivre parce qu’ils aiment un animal d’une autre espèce que la leur ou bien font preuve d’homosexualité sont appelé des « Contre-Nature » (d’où le nom de la BD). Et les « Contre-Nature » sont visiblement sévèrement sanctionnés par l’Etat, dirigé par un cochon du nom de Napoléon… Ca ne vous rappelle rien ?…

Après ce petit spoil volontaire de ma part, je pense qu’il est nécessaire de parler des deux grandes influences qui ont fait naitre cette BD ; à ce propos, il y en a sûrement d’autres que j’ai peut-être loupé mais ce sont les deux plus flagrantes alors autant en parler. La première donc, c’est Zootopie pour plusieurs raisons : pas seulement pour l’anthropomorphisme.

  • Leslie ressemble beaucoup à Judy dans le sens où elle ne se sens pas à l’aise dans la société dans laquelle elle vit. Elle se sens différente et rêve d’autre chose comme destinée que celle qui lui semble promise.
  • Le méchant de l’histoire n’est pas forcément celui qu’on croit dans les deux cas, mais vous n’en saurez pas plus ; de même que les partenaires de l’une comme de l’autre leur font former deux couples des plus détonants !
  • Et puis bien sûr, il y a l’anthropomorphisme. Je ne vais détailler ce point : les deux œuvres parlent pour elles-mêmes !…

Néanmoins, à la lecture, ce qui vous sautera aux yeux j’espère, c’est que le scénario s’appuie beaucoup sur une des œuvres phare de George Orwell, la bien nommée Ferme des Animaux, désormais un classique de la littérature paru en 1981. Que ce soient des éléments structurel de l’histoire ou simplement des petits détails glissés à l’attention du lecteur attentif, tout laisse à penser que Mirka Andolfo s’est inspirée (en bien) de George Orwell pour créer son univers propre.

 Une première histoire prometteuse malgré de petites faiblesses scénaristiques

Ce qui m’amène à évoquer la BD d’un point de vue esthétique et scénaristique. D’ailleurs, je vais commencer par dire un mot sur le scénario très rapidement. Si, de manière générale, le scénario de cette histoire tient la route et offre un univers nouveau tout en reposant sur des éléments puisés dans d’autres œuvres, il reste néanmoins quelques lacunes qui affaiblissent un peu l’histoire qui aborde pourtant des thèmes importants et forts. Certains points complexes auraient mérités plus amples explications alors qu’ils donnent l’impression d’être juste survolés par l’auteur. Cela peut peut-être destabiliser le lecteur au point de le faire abandonner sa lecture pour les moins téméraires et c’est vraiment dommage de se dire qu’il y a potentiellement des points de blocages à ce niveau dans une BD de cette qualité.

Cependant pour moi, il y a trop de points positifs pour m’arrêter sur cela. Evidemment que j’accorde de l’importance à la cohérence du récit que l’on m’offre, que ce soit dans une BD, un livre ou un film. C’est primordial pour entrer dans un univers ; et malgré quelques points qui manquent d’explications, le scénario et l’histoire de Contro Natura tiennent la route. Premièrement parce qu’on sent que l’auteur y a mis toute son énergie et sa passion et je pense que les faiblesses scénaristiques proviennent de ça. Cela ne vous est jamais arrivé de créer quelque chose, une histoire, et d’être tellement absorbé dans votre univers que tout ce que vous racontez vous parait logique et cohérent alors qu’une personne extérieure, un lecteur par exemple, aura besoin de plus de détails et d’explications pour trouver les choses cohérentes ? C’est exactement le cas de Contro Natura.

Deuxièmement, les thématiques abordées sont fortes et font réfléchir et c’est assez inattendu pour une première BD. Personnellement, c’est quelque chose que j’adore ! Mais cela implique également une grosse prise de risque : avoir placé la barre trop haute et complètement rater les autres travaux. Mais c’est quand même vachement cool d’avoir de l’ambition pour aborder des sujets importants tels que la place de l’amour dans une société hyper contrôlée, l’homosexualité, parvenir à être soi-même et la place de l’autre… Et enfin et non des moindres : les dessins. Je suis amoureuse des dessins de cette histoire qui servent magnifiquement le scénario inventé par Andolfo. Par contre, autant être franche, cette BD s’adresse à un public averti : il y a (pas mal) de sang et bon nombre de dessins érotiques voire carrément explicites. Cependant, ce n’est jamais vulgaire ; les dessins sont toujours soignés avec un travail de dingue sur les couleurs, la lumière et les ombres. Atmosphères garanties au rendez-vous.

Conclusion

Des dessins splendides et travaillés dans le moindre détail au service d’un premier scénario ambitieux et prometteur de belles choses pour la suite. Mirka Andolfo, auteur/dessinatrice italienne est définitivement quelqu’un à suivre de très près. Je ne peux que vous conseiller sa première BD, Contro Natura, qui ne vous laissera pas indifférents, j’en suis certaine !

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