Littérature

[Contemporain] La belle n’a pas sommeil

A vrai dire, je ne sais pas trop par où commencer avec ce livre. Malgré de bons éléments, j’ai failli l’abandonner sur le bord de la route. Pour autant, je ne me suis pas fait violence pour le reprendre après deux jours de pause dans ma lecture et je crois que c’est assez emblématique de l’ambivalence de mes sentiments vis-à-vis de cet ouvrage. Pas tout à fait déçue mais pas satisfaite pour autant.

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Au moins, cette lecture aura eu pour effet une chose que je soupçonnais déjà : quiconque vous parlera bien d’un livre ou de son auteur vous donnera envie de le lire et c’est précisément ce qui s’est passé ici. De plus, cela a permis de satisfaire ma curiosité parce que pour moi Eric Holder s’apparentait plus au mythe qu’à une personne en chair et en os (la faute à Vincent Delerm) jusqu’à ce que je ne le vois à La Grande Librairie, où il était invité pour parler de son nouveau roman La Belle n’a pas sommeil, donc. Et comme les différents invités en parlaient avec bienveillance sans être grandiloquents ou dithyrambiques, je me suis laissée convaincre assez facilement et ce roman promettait de me sortir des lectures dont j’avais l’habitude.

Et ce livre tient ses promesses. Effectivement, ce n’est pas du tout ce que j’ai l’habitude de lire mais… pour pleins de raisons, je n’ai pas accroché tant que ça au récit, à l’histoire d’amour entre Antoine, ermite et bouquiniste, et Lorraine, conteuse professionnelle toujours par monts et par vaux, là où le vent veut bien la porter. C’est beaucoup trop minimaliste pour moi ; j’aurais aimé qu’il se passe plus de choses dans cette vie simple et malgré tout attendrissante que mène Antoine. Cependant, la langue est absolument sublime, un peu désuète il est vrai mais ça convient parfaitement au cadre. Je me suis d’ailleurs fait la réflexion en lisant que j’aurais presque préféré avoir un roman construit autour de descriptions de paysage plutôt que cette histoire d’amour bancale dont je cherche encore l’intérêt. Habituellement, les pages descriptives sur des paysages m’ennuient même si elles ont un rôle ; ici c’est l’inverse, j’ai trouvé la langue tellement belle, tellement poétique que j’avais une succession de tableaux impressionnistes ou romantiques sous les yeux, c’est selon.

 » […] Je retourne dans la forêt, en reconnaissant des endroits où nous étions passés. Elle franchit avec moi des clairières, des troncs abattus, des courbes tapissées de fougères. Je peux entendre son souffle, ou bien des écorces craquer sous ses pieds. Ma peau, par mille poils invisibles et dressés, réclame d’être apaisée par la sienne.

Le soleil large, abondant, éclaire à travers les pins son visage posé sur une branche, ou flottant au milieu du sentier. J’ai l’impression que sa bouche ou sa main sont toujours à la portée des miennes. Je constate a posteriori que je n’ai plus peur de la forêt. »

La Belle n’a pas sommeil, Eric Holder, p.126. Editions du Seuil ; 2018

En fait, je crois qu’il faut lire ce livre pour ce qu’il est : une ode à la littérature qu’elle soit écrite ou orale, ainsi qu’une ode aux lecteurs, peu importe l’histoire racontée. Néanmoins, je regrette ne n’être pas plus enthousiaste en dehors de la beauté du texte… et pour le coup c’était mon premier Eric Holder… mais également mon dernier.

 

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